La mort en Noire : Hamida, le dernier de la Veuve

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Hamida est un homme brisé.

Pourtant lorsqu’il y a quelques années il a débarqué en France de sa Tunisie natale, c’était un jeune homme paré pour la réussite, pour la conquête. Un travail de manutentionnaire trouvé dans les premiers jours de son arrivée lui permit de s’intégrer rapidement. Il grimpe doucement les échelons, mais trois ans plus tard le sort va le frapper de plein fouet. Sa jambe se prend dans la chenille d’un tracteur, une seule solution possible : l’amputation.

Durant son hospitalisation il croise la route d’une jeune femme, Élisabeth Bousquet, une gamine de tout juste 18 ans qui tombe sous le charme d’Hamida. Elle devient sa compagne, mais la belle histoire d’amour ne dure guère longtemps.

Hamida va brutalement changer, touché dans son corps, meurtri dans sa virilité, il devient violent, voir cruel. S’il ne peut plus travailler à la pépinière à cause de son handicap, il va décider d’embrasser une autre carrière, celle de proxénète, le pain de fesses va devenir le moyen de gagner sa vie…

Une des premières à se retrouver à faire le trottoir, c’est la pauvre Élisabeth, dont le conte de fée n’aura pas duré. La voici obligé de faire des passes pour celui qu’elle aime.

Mais un soir de 1973, ce n’est pas un client qu’Hamida ramène à sa compagne, mais huit d’un coup, huit ensemble… Élisabeth refuse, se rebelle, ne veut pas de ce genre de « plan », mais sous les coups et la menace elle se voit dans l’obligation de céder, de se laisser faire, de devenir leur chose.

Seulement le lendemain elle va porter plainte pour proxénétisme, elle est écoutée, sa plainte est reçue, et surtout Hamida est condamné — pas grand-chose — juste quelques mois, le temps de lui mettre du plomb dans la cervelle et que sa compagne oublie, qu’elle essaie de refaire sa vie. Mais juste avant son incarcération, il jure à Élisabeth qu’il se vengera…

Il sort de taule à la naissance de l’été, et là, il ne laisse pas beaucoup de temps s’écouler avant de mettre la menace faite à exécution. Dans la nuit du 3 au 4 juillet 1974 l’homme kidnappe son ancienne compagne sous la menace d’une arme. Élisabeth est morte de terreur, mais elle ne sait pas encore le calvaire qui l’attend. Quand Hamida arrive à son domicile il commence à la frapper à coups de bâton, elle tombe sans connaissance, il continue en la fouettant à l’aide de sa ceinture, il veut lui faire passer l’envie de « balancer ».

Hamida va ensuite la violer, elle est sa « pute ». Puis le sadisme va faire son apparition, d’une rouste il passe au actes de barbaries, il va commencer à l’aide de sa cigarette incandescente à lui brûler les mamelons, la vulve et le clitoris. On pratique comme cela, il sait, il a vu faire des caïds du milieu. L’agonie de la pauvre fille qui a repris connaissance n’en finit pas, son bourreau décide de l’immoler.

Hamida l’arrose d’essence, craque une allumette, le comburant s’enflamme créant de graves brûlures, mais Élisabeth ne veut pas mourir, le feu ne dure pas. Le monstre est déterminé à aller jusqu’au bout, il traine sa victime dans un cabanon, là, sous les yeux épouvantés de deux gamines encore mineures qu’il oblige à vendre leurs charmes, il va l’achever en l’étranglant1.

Les filles sont terrorisées, cela l’arrange, ça va leur servir de leçon : on ne dénonce pas Hamida Djandoubi sans risquer sa vie.

Mais lorsque le corps d’Élisabeth Bousquet sera découvert, l’une d’elle parlera… Hamidou est en cavale, mais au bout de quelques semaines il se fait serrer. Là il va tenter d’obtenir la clémence des juges, il ne niera rien, avouera tout, dans les moindres détails, mêmes ceux inconnus des enquêteurs. Il se prête même au jeu de la reconstitution sans aucun souci, mimant les actes plusieurs fois si nécessaire.

Une autre affaire lui tombe dessus, le viol d’une adolescente de 15 ans… Djandoubi est accusé de meurtre d’une jeune femme de 21 ans, après actes de tortures, et de viol accompagné de sévices sur une mineure de 15 ans.

La France se passionne pour le procès de Djandoubi. Il encourt la peine capitale, les associations se mobilisent, de nombreuses voix s’élèvent pour réclamer « l’abolition d’une peine barbare et inutile qui déshonore le pays ». Hamida est pourvu de deux avocats qui vont s’escrimer à lui éviter la sanction suprême. Ils fouillent sa vie, celles de ses victimes, cherchent des circonstances atténuantes, racontent l’histoire cet émigré « doux, docile, travailleur et honnête« . Un homme qui a basculé dans la folie suite à un accident qui l’a diminué.

Mais de son côté, le procureur général Chauvy lui plaide pour la guillotine et rétorque aux deux ténors que leur client est « Une âme démoniaque !« 

Pour les experts psychiatriques, Djandoubi n’était pas non plus en crise de délire, tout comme il n’est pas fou ou déficient mental, bien au contraire, pour eux, Hamida « constitue un colossal danger social« , et ce en dépit d’une « intelligence supérieure à la moyenne« . Cette expertise sera décisive. La condamnation à mort, prononcée à l’unanimité du jury, est accueillie par des applaudissements.

Son pourvoi en cassation est rejeté2 dans les semaines qui suivent.

Le 10 septembre 1977, Hamida Djandoubi est exécuté au petit matin à 04H40 en la prison des Baumettes de Marseille. Ce Tunisien de 31 ans, condamné à mort pour « assassinat après tortures et barbarie, viol et violences avec préméditation » est le dernier homme condamné à mort et exécuté en France avant l’abolition de la peine de mort quatre ans plus tard.

Après Christian Ranucci en juillet 1976 pour enlèvement et meurtre d’une fillette de 8 ans, et Jérôme Carrein le 23 juin 1977 pour enlèvement, viol et assassinat sur une autre gamine de 8 ans, Djandoubi fût le troisième condamné exécuté sous le septennat de Valéry Giscard d’Estaing.

Le 8 juillet 1981, Pierre Mauroy, premier ministre de l’époque annonce l’abolition de la peine de mort, promesse électorale du candidat Mittérand. L’Assemblée, réunie en session extraordinaire, la vote le 18 septembre

Le ministre de la Justice Robert Badinter, tiendra un discours devenu célèbre : « Demain, grâce à vous, la justice française ne sera plus une justice qui tue. Demain, grâce à vous, il n’y aura plus, pour notre honte commune, d’exécutions furtives, à l’aube, sous le dais noir, dans les prisons françaises. Demain, les pages sanglantes de notre justice seront tournées3.« 

©Stanislas Petrosky

L’Atelier Mosésu

1 Le Nouvel Observateur,‎ 10 septembre 2007

2 https://www.legifrance.gouv.fr/affichJuriJudi.do?idTexte=JURITEXT000007060057

3 http://www.peinedemort.org/document.php?choix=4738

2 COMMENTAIRES

  1. pleins d’erreurs, et d’inexactitudes.
    Il ne la pas menacer d’une arme mais tout simplement « charmé » pour qu’elle le suive dans son studio.Les deux autres « compagnes » étaient pressentes et on regardés et l’on aidés. Il n’a pas été en cavale, la police l’a attendu tranquillement chez lui a son retour des courses après la plainte et l’aveu d’une de ses « femmes » et d’une autre jeune marginale Houria, qu’il séquestré et violé pour la dompter quelques temps aprés le meurtre.
    Il serait bien de faire preuve de plus de rigueur dans la recherche d’informations.

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