La mort et l’art : Le radeau de la Méduse

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Le Radeau de la méduse est sans doute l’oeuvre la plus connue de Théodore Géricault. Relation d’un drame bien réel, la toile gigantesque frappe les esprits encore aujourd’hui et trouve un écho dans l’actualité…
Contexte et thème de l’oeuvre

Le 17 juin 1816, La Méduse appareille de l’île d’Aix, avec pour objectif le port sénégalais de Saint-Louis. Elle mène une flottille formée de trois autres appareils. À son bord se trouvent environ 400 passagers, dont le colonel Julien Schmaltz, gouverneur du Sénégal, accompagné de sa femme Reine et de leur fille, ainsi que des scientifiques, des soldats et des colons.

Le commandant Hugues Duroy de Chaumareys, un vicomte revenu d’exil, est nommé capitaine de la Méduse en dépit du fait qu’il n’a plus navigué depuis plus de vingt ans. En voulant prendre de l’avance et en dépassant les trois autres bateaux, la frégate dévie de sa trajectoire de 160 kilomètres et quitte donc la route prévue. Le 2 juillet 1816, La Méduse s’échoue sur le banc d’Arguin, à 160 kilomètres de la côte mauritanienne. L’équipage construit un radeau avec des espars pour délester la frégate de ses lourdes marchandises, à l’exception des canons, et la déséchouer.

Le 5 juillet et la mer devient mauvaise, rendant l’évacuation nécessaire. 233 passagers, dont Chaumareys, Schmaltz et sa famille, embarquent sur six canots et chaloupes afin de gagner la terre ferme, à 95 kilomètres de là. 149 marins et soldats, dont une femme, s’entassent sur le radeau de fortune non prévu pour transporter des hommes. Incapable de manœuvrer, le radeau est amarré à une des chaloupes. Mais l’amarre se rompt ou est volontairement larguée. Le commandant de Chaumareys décide alors d’abandonner à leur sort les passagers du radeau, avec leurs maigres vivres.

La situation se dégrade alors rapidement : les naufragés, pétris de peur, se disputent et font tomber leurs barriques d’eau douce dans l’océan, se reportant sur les barriques de vin pour étancher leur soif. Au septième jour, il ne reste que 27 survivants dont la moitié agonise. La faim, la colère, le délire éthylique pousse quelques désespérés à se jeter à l’eau ou à se livrer à des actes d’anthropophagie.

Les officiers décident de jeter les blessés à la mer afin de conserver les rations de vin pour les hommes valides. Au bout de treize jours, le 17 juillet 1816, le radeau est repéré par le brick L’Argus, alors qu’aucun effort particulier n’était entrepris pour le retrouver. Il n’a à son bord que quinze rescapés, qui sont suspectés de s’être entretués ou d’avoir jeté les autres par-dessus bord, voire d’avoir commis des actes de cannibalisme. La plupart des naufragés seraient morts de faim ou se seraient jetés à l’eau de désespoir. Au total, le naufrage cause la mort de plus de 150 personnes.

Le tableau

Le Radeau de La Méduse dépeint le moment où, après treize jours passés à dériver sur le radeau, les quinze survivants voient un bateau approcher au loin, alors même que l’état de l’embarcation de fortune est proche de la ruine. La monumentalité du format (491 cm × 716 cm) fait que les personnages en arrière-plan sont à échelle humaine, et que ceux au premier plan sont même deux fois plus grands qu’un homme : proches du plan de l’œuvre, entassés, les personnages créent un effet d’immersion du spectateur dans l’action du tableau.

Le radeau de fortune semble sur le point de sombrer, voguant dans une mer déchaînée, tandis que les naufragés sont représentés totalement anéantis et désemparés. Un vieil homme tient la dépouille de son fils sur ses jambes ; un autre pleure de rage, abattu ; un cadavre sans jambes à gauche évoque les pratiques anthropophages qui ont eu lieu sur le radeau réel tandis que des 
taches
 éparses
 de 
rouge
 sang rappellent
 les 
affrontements
. Plusieurs corps jonchent le radeau, au premier plan, sur le point de tomber à l’eau en raison des vagues. Les hommes au milieu de l’embarcation viennent d’apercevoir un bateau au loin ; l’un d’entre eux le montre du doigt, tandis qu’un membre de l’équipage se tient debout sur une barrique vide et agite sa chemise en l’air afin d’attirer l’attention du navire.

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