la mort et les étapes du deuil : apprendre à vivre sans toi

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robe deuil tombe

Je suis toujours fascinée de voir les changements de vie spectaculaires de quelques uns après avoir frôlé la mort. Comme si la conscience profonde de soi s’était réveillée. Plus humain, plus authentique, plus voyageur. Mais frôler la mort, ça n’est pas du tout pareil… que de mourir.

J’ai besoin de toi. J’ai besoin de toi, là, maintenant. Non. Tout le temps en fait. Tu m’as appris à regarder le monde avec des yeux rieurs mais tu ne m’as pas appris à supporter ce regard dans un monde où tu n’es plus. C’est fou, je ne me souviens plus… C’était comment avant toi ? C’était comment avant moi ? On dit toujours qu’on veut « laisser une trace dans la vie », je veux bien, mais t’étais vraiment obligé de prendre mon cœur pour faire ça, de t’en servir comme un marqueur indélébile ?

En fait non je n’ai pas besoin de toi, c’est ça, va-t’en ! Il faut toujours que tu fasses le malin en faisant les choses avant tout le monde. Même mourir c’était plus fort que toi ! Et maintenant ? Je suis là assise sur ta tombe comme dans un roman qui me renvoie aux confins de la stupidité. Il pleut il fait froid, dehors, dedans, partout. Ma robe est tellement trempée que j’ai l’impression d’être collée au marbre et de faire partie du décor. De toute façon t’as toujours été nul en décoration. Depuis quand t’aimes les fleurs toi ?

Tu te souviens quand j’ai accouché ? Je suis partie le soir chercher un truc à la pharmacie et je me suis rendu compte que la petite n’était plus avec moi tout le temps, que quelqu’un d’autre pouvait la voir, la toucher. Ben là c’est pareil, t’es plus avec moi tout le temps, et j’ai l’impression que si je décolle mes fesses de là je vais te mettre en danger. Pourtant c’est moi qui suis en danger. Tu me laisses dans ce monde de dingue et je n’ai plus que mes  deux pauvres bras pour m’en protéger, la terre a englouti les tiens pour toujours.

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J’aurais dû graver ton image dans mon miroir pour te voir tous les matins. J’aurais dû me faire des perfusions de ton parfum, j’aurais dû enregistrer ton rire plus souvent, et tes colères aussi les jours où tu me manques trop. « Jusqu’à ce que la mort nous sépare », quelle connerie, j’aurais préféré que tu me trompes, j’aurais préféré t’en vouloir pour une bonne raison, j’aurais voulu faire le deuil de quelqu’un de vivant. Mais non, il a fallu que tu me rendes si banale, là, à pleurer pour un mort.

Il faut que j’aille dormir, parce que dans mes nuits, tu es vivant. Demain matin je reviendrai là, à confondre les larmes et la pluie sur mes joues. Je changerai de robe, je changerai de ton, je changerai tout.

 

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