La mort selon les religions : les protestants

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Martin Luther

Connaître les religions est indispensable à l’exercice du métier des pompes funèbres : Que l’on partage ou non les croyances du défunt dont l’on s’occupe et de ses proches, il n’est pas possible de respecter leurs volontés sans un minimum de savoir préalable. Nous nous lançons, cette série d’été pour approfondir ces connaissances, en expliquant la mort, et ce qui se passe après, du point de vue des religions majeures. Au pire, si vous ne trouvez pas d’utilité à tout cela d’un point de vue professionnel, cela enrichira votre culture générale. Aujourd’hui, les protestants et la mort, avant-dernier sujet de la série.

martin-luther-298x300 La mort selon les religions : les protestants
Martin Luther

Le protestantisme accorde peu de place à la mort, dans sa théologie. Ceci en réaction de la doctrine catholique, dont le protestantisme découle directement. Il est important de re-situer le contexte pour mieux comprendre la philosophie.

Histoire d’un schisme

La réforme protestante, initiée par Luther, prend une idée simple : revenir à la pureté des écritures bibliques, en se débarrassant des ajouts de l’église catholique, savant mélange de théologie savante et de petits intérêts. C’est le principe du Sola Scriptura, « seulement les écritures ». Ainsi, pas question par exemple pour les protestants de vouer un culte à la Vierge Marie, ni de reconnaître les Saints, puisqu’il n’en est pas question dans la Bible.

Le schisme est surtout provoqué par une réaction au « commerce des indulgences ». L’idée de l’Eglise Catholique qu’un péché peut être pardonné en échange d’un acte de contrition, prière, pèlerinage… Le principe révulse les protestants, qui considèrent que seul Dieu décide et que nul ne peut lui dicter ou lui suggérer sa conduite, et ils dénoncent en parallèle la corruption que cela engendre. A juste titre : vite détourné de sa pureté originelle, le « commerce des indulgences » va devenir très lucratif pour l’église, et inégalitaire : un riche pourra se faire absoudre d’un pêché mortel, alors qu’un pauvre se croira damné pour un pêché véniel.

Surtout, les protestants ne reconnaissent pas l’autorité du Pape. C’est la « Sola Fide » « La foi seule » (le protestantisme est basé sur cinq Sola). Ainsi, le système de l’église catholique qui confie l’autorité à un seul homme, le Pape, et l’interprétation des écritures à une seule organisation, l’Eglise, trouve son inverse dans le protestantisme, qui donne à chaque croyant le droit d’interpréter les Écritures comme bon lui semble dans sa vie quotidienne, guidé par sa foi seule. Le pasteur protestant est un guide, un conseiller, reconnu pour ses études et sa parfaite connaissance des écritures, mais il n’est pas dépositaire de la moindre autorité au nom de Dieu.

Funérailles sobres

Cette foi en l’autorité exclusive de Dieu va entraîner un rite funéraire simple, puisque totalement absent. Inutile de prier pour le défunt, puisqu’en tant que croyant, il est déjà auprès de Dieu, et aucune prière ne peut intercéder pour lui. Les prières vont aux vivants, à la famille et aux proches, afin qu’ils reçoivent une consolation et que la mort de leur proche prennent un sens dans leur foi.

Pendant longtemps, le protestantisme se dispensait complètement d’obsèques religieuses, le pasteur ne se déplaçant pas au cimetière : la famille venait le consulter, ensuite, pour méditer sur le sens de cette mort et chercher des conseils pour faire leur deuil et des mots de réconfort.

De façon identique, le corps ne revêtait aucune importance dans l’accession de l’âme à la Maison du Seigneur. Ainsi, le protestantisme a accepté très tôt la crémation, les dons d’organes, et n’a pas vu d’utilité particulière aux soins de thanatopraxie. Les veillées funèbres sont, là encore, inutile : l’âme du défunt a rejoint Dieu dès sa mort, pourquoi alors venir rendre hommage à une coquille vide ?

Aujourd’hui, il n’y a pas à proprement parler d’obsèques protestantes, mais un « service d’actions de grâce ». Le défunt peut y être, dans son cercueil ou dans une urne après la crémation, mais sa présence n’est pas absolument indispensable. Le service ses compose de prières, de lectures, d’interventions de la famille, ou l’on peut parler du défunt, mais toujours à destination des vivants : il est déconseillé de s’adresser au défunt lui-même.

L’inhumation du cercueil ou de l’urne, en présence du pasteur, est accompagnée par le dépôt d’une poignée de terre ou de fleurs, destinée à montrer sa peine aux vivants.

Dans le choix du cercueil, de l’urne, du cérémonial, une grande sobriété est en général montrée.

st_maurice_ibie_salelles-204x300 La mort selon les religions : les protestants
Saint Maurice d'Ibie (07) : le cimetière privé protestant des Salinelles

Les tombes

En France dans la deuxième moitié du XVI° siècle, les enterrements des protestants ne sont plus possibles dans la terre « sacrée » des cimetières et même dans les terrains les jouxtant. L’ édit d’Amboise en 1562 leur impose l’enterrement de nuit, c’est-à-dire à la pointe du jour ou au couchant. L’édit de Nantes en 1598 accorde officiellement aux protestants des lieux pour installer leurs cimetières dans lesquels ils ont le droit d’enterrer leurs morts de jour. Trois cimetières protestants sont officiellement utilisés à Nîmes.

Mais en 1685, quelques mois avant la Révocation de l’édit de Nantes, un arrêt du Conseil d’Etat interdit aux réformés d’avoir des cimetières dans les lieux où le culte n’est plus exercé et, à partir de la Révocation, le culte est interdit et par conséquent aussi l’enterrement des pratiquants de « la religion prétendue réformée » : ils sont réputés ne plus exister dans le royaume. Les cimetières de Nîmes sont repris par les catholiques en 1688. Pendant la période qui suit la Révocation, l’Eglise du Désert cherche des endroits d’inhumation pour éviter que les corps soient jetés à la voirie. C’est dans la clandestinité que les protestants doivent enterrer leurs morts. Les protestants des villes utilisent les caves de leurs maisons ou leurs jardins, tandis que dans les propriétés rurales un champ est consacré à l’ensevelissement, d’où la multitude de petits cimetières privés dans les Cévennes, le Languedoc et le Poitou, d’ailleurs encore en usage aujourd’hui.

Note : comme pour les articles précédents, l’auteur n’étant pas lui-même protestant, des erreurs ou incompréhensions ont pu se glisser, malgré la multiplicité des sources. Nous prions nos lecteurs protestants de bien vouloir nous en excuser par avance, et nous saurions gré à celles et ceux qui apporteraient des correctifs à cet article.

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