La première coopérative funéraire va voir le jour à Nantes

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Une coopérative funéraire, inspirée du modèle canadien, est en train de se créer à Nantes. C’est une première en France. Son objectif, protéger les intérêts des consommateurs et équilibrer la balance entre les familles et les grands groupes. Sabine Le Gonidec, à l’origine du projet, nous explique tout.

Un projet d’équipe

Sabine Le Gonidec reprend en riant lorsqu’on la présente comme créatrice du projet « Non, je suis là depuis le début, et à l’origine de l’idée, mais si elle a pu se concrétiser, c’est grâce au travail collégial d’une équipe et des sociétaires qui nous ont rejoint. » mais qui dirige la coopérative ? « Ses adhérents. » cela demande une explication.

« Nous sommes une société à modèle coopératif. Cela veut dire que chaque sociétaire détient une part, qui correspond à un vote, à égalité avec tous les autres sociétaires. Il y a différents types de sociétaires, les familles, les salariés, les partenaires… Et les fondateurs qui ont un statut un peu plus honorifique ».

Concrètement, la Coopérative Funéraire de Nantes, c’est quoi ? « C’est une pompe funèbre, avec une agence, tout à fait normale. Ce qui change, c’est son statut. C’est une SCIC, Société Coopérative d’Intérêt Collectif. Juridiquement, la forme choisie est celle d’une SAS, Société  par Actions Simplifiées. Chaque sociétaire possède au minimum une action de 20€, qui lui donne droit à un vote. Il y en a 65 environs aujourd’hui. »

Mais c’est une société qui fera des bénéfices ? « On le souhaite » sourit Mme Le Gonidec « Mais ces bénéfices seront réinvestis dans la coopérative, pour la plus grande part, les statuts prévoyant un minimum de 57 % réinvestis ».

Services et proximité

Donc la pompe funèbres est réservée aux membres ? « Pas du tout, c’est avant tout une pompe funèbre, donc une société dotée d’une mission de service public, et donc ouverte à tous. Les familles peuvent y venir pour organiser des obsèques, et celles qui ne sont pas coopérateurs peuvent choisir de le devenir à ce moment là ou pas. »

Mais à quoi sert le statut de coopérateur, alors ? « Outre le fait de pouvoir prendre part à la direction gestion de la société coopérative, les statuts particuliers remettent aux titulaires d’une part de bénéficier de tarifs avantageux et de services complémentaires, comme l’accompagnement administratif après décès ».

Mais une famille qui entre dans l’agence pour organiser des obsèques, si elle devient coopérateur sans l’être auparavant ? « Elle bénéficiera de tous les droits et avantages immédiatement. Il n’y a pas de prime à l’ancienneté ».

Les objectifs et les origines

Ce que l’on a du mal à comprendre, ce sont les objectifs de cette coopérative ? « Ils sont multiples. La direction collective permet aux familles, en les associant aux décisions, de ne plus se contenter de ce qu’on leur propose, mais de donner elles-mêmes les orientations du funéraire. Ensuite, nous ne sommes pas une société mercantile. L’ambition est de diminuer les marges excessives faites sur la vente des produits et d’innover dans les propositions pour trouver des alternatives plus responsables, plus économiques, tout en proposant des services sur mesure plus importants d’accompagnement et de soutien des familles avant, pendant et après le décès. »

Pour comprendre, il faut remonter aux origines « Mon premier contact avec le funéraire date de 2012, lors du décès de ma grand-mère. J’en suis sortie marquée par l’opacité de l’offre et le manque d’innovation profond dans ce secteur. Je travaillais dans une agence de développement économique dans le tourisme, et, pour diverses raisons, j’ai quitté ce secteur. C’est à ce moment que j’ai décidé de creuser sur le funéraire. J’ai rencontré Sophie Dronet, puis Brigitte Brodin, qui toutes les deux étaient entrées dans le funéraire après une expérience dans un autre secteur, et toutes les deux concevaient une certaine frustration de la façon dont elles devaient exercer leur métier. Nous avons décidé toutes les trois de porter ce projet, vite rejointes par d’autres membres au sein d’une association. Je suis partie en famille, avec conjoint et enfants, au Canada, étudier le principe des coopératives. »

Avenir coopératif

Quelles sont les ambitions du modèle coopératif ? « Notre ambition est que notre coopérative soit viable, et que l’idée essaime ailleurs en France. »

Mais le marché du funéraire n’est pas suffisant en France ? « Ce qui prend de l’ampleur, aujourd’hui, ce sont les grands groupes. Nous n’avons rien contre, nous ne sommes pas en guerre contre eux, simplement, nous voulons offrir une alternative aux familles. » Les canadiens ont inventé le modèle coopératif pour entrer en résistance contre les grands groupes américains qui rachetaient leur société les unes après les autres « Oui. Nous sommes dans une situation un peu différente, mais la centralisation du funéraire au sein d’un petit nombre de grandes sociétés produit des effets similaires au monopole, une forme de conservatisme. Notre but est de garder le secteur en mouvement, en mettant l’humain et le sens avant le commerce ».

Si le modèle coopératif prend la même ampleur qu’au Québec, ou il représente la moitié du marché, entre lui et les grands groupes, les petites sociétés ont du souci à se faire ? « J’en rencontre, et elles ont peur, clairement. Mais en France, il n’y a pas par exemple de GIE, Groupements d’Intérêts Économiques du funéraire, qui permettraient aux indépendants de mutualiser des moyens humains par exemple. Les indépendants peuvent et doivent continuer à exister, et même se développer, mais en inventant des formes de coopération qui n’existent pas encore aujourd’hui dans ce secteur. ».

Une expérience que nous allons en tout cas suivre de près, tant elle peut changer la physionomie du funéraire.

Le site internet : cooperativefunerairedenantes.fr

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