La tentation du curé, ou quand le prêtre devient démon

0
601

Guy est un homme à femmes, Guy aime les femmes, Guy aime séduire, Guy aime l’amour physique. Peut-être est-ce que cela vient de l’âge où il perdit sa virginité ?

Car si maintenant Guy entretient plusieurs relations avec diverses femmes, il lui a fallut attendre l’âge de vingt-six ans pour faire l’amour pour la première fois, avec une femme de dix ans sa cadette. La jeune fille se prénommait Madeleine, Guy ne lui était pas fidèle, il la trompait, mais leur aventure a toute de même durée dix ans.

Cela a dû être quelque chose d’exceptionnel pour lui cette première fois vu la boulimie qu’il eut après pour le sexe opposé. Des rumeurs courent comme quoi certaines de ses maitresses n’étaient même pas majeures alors que lui avait déjà plus de trente ans.

Pourtant Guy n’a rien d’un séducteur, il est grand, ce qui augmente encore cette impression de maigreur, un visage osseux et des oreilles décollées1, mais Guy est un homme charismatique et populaire. C’est lui qui, au sein du village où il demeure, à monté une équipe de football, une troupe de théâtre amateur, des excursions, une chorale. Guy est hyper actif et aime s’occuper de plusieurs dossiers en même temps. Certains disent que c’est grâce à toutes ses animations que Guy séduit, envoute certaines adolescentes.

En 1956, une comédienne de la troupe de théâtre qu’il a monté, Régine Fays tombe sous le charme de Guy, une nouvelle aventure, un nouvel amour pour lui. La jeune femme n’a que dix-neuf ans, Guy en a plus de trente-six. En décembre Régine est enceinte de Guy de plus de huit mois.

Guy prend peur, Régine n’est pas loin du terme, elle va bientôt accoucher, elle ne peut plus avorter, et surtout elle ne veut pas… Il décide alors que cet enfant ne peut pas naitre, il n’a pas le droit de vivre, c’est trop dangereux pour lui. Il donne donc rendez-vous à sa maitresse au pied d’un calvaire et la prend bord de sa 4CV, il l’entraine sur une petite route déserte de campagne où il stoppe la voiture. Là dans le froid de décembre ils marchent ensemble, discuntent. Guy fait une proposition à Régine, celle-ci surprise refuse, et vexée décide de rentrer à pied, elle ne comprend pas son amant. Guy la poursuit, un revolver de calibre 6,35 mm en main. Il est juste derrière elle, il tire, la détonation déchire le silence de la nuit. Régine s’effondre, mortellement touchée à la nuque. Il fait nuit noire, Guy allume les feux de la voiture pour éclairer la scène de crime. Il se baisse et ramasse le corps sans vie de sa maitresse et le dépose dans un petit fossé garni végétations. Là, il sort son couteau de scout qu’il a sur lui, il éventre le cadavre, pratiquant ainsi une monstrueuse césarienne, sort le fœtus2 et le baptise avant de tuer l’enfant à coup de couteau, et de lui taillader le visage. Au cas où il aurait un air de ressemblance.

Guy a baptisé son enfant avant de l’assassiner, tout simplement parce que Guy Desnoyers est prêtre, il est le curé d’Uruffe, une petite commune située en Meurthe et Moselle.

C’est lui-même qui alerta le maire, il sonna le tocsin afin de rameuter les habitants du village pour qu’ils fassent une battue et retrouver la jeune disparue. C’est aussi Desnoyers qui « trouva » les corps. Tombant à genoux il pria longuement…

Les langues se délièrent rapidement, ces ragots que les gens murmuraient depuis des mois, des années, comme quoi il aurait célébré le mariage d’une prénommée Madeleine qui était sa maitresse, et cette faiseuse d’anges qu’il aurait payé avec l’argent de la quête pour qu’elle pratique l’avortement de la petite Michèle Léonard, une gamine de quinze ans. Toutes ces rumeurs arrivèrent ainsi aux oreilles des gendarmes qui décidèrent de mettre l’homme de foi en garde à vue. Desnoyers commença par dire qu’il connaissait le tueur, mais qu’il lui était impossible de le dénoncer, étant retenu par le secret de la confession. S’il parlait, il risquait l’excommunication.

Il lui faudra quarante-huit heures pour avouer son double meurtre.

Lors du début de son procès en la cour d’assise de Nancy, le 24 janvier 1958, la foule est nombreuse devant les marches du palais de justice, demandant la peine de mort pour « le prêtre fornicateur ». Le procureur de la république se range du côté de la vindicte populaire et requière la peine capitale:

Je ne sais si ce Dieu que vous avez ignominieusement servi aura pitié de vous à l’heure, peut-être proche, de votre mort. Moi, je ne connais que la justice des hommes et je sais qu’elle ne peut vous pardonner3.

Le procès devient donc une joute verbale entre le pour et le contre de la peine de mort, chose peu aisée pour maitre Robert Gasse, avocat de la défense. Guy Desnoyers est un homme d’église qui a commis un des crimes les plus atroces, il a tué sa jeune maitresse et un infanticide. Maitre Gasse fera aussi appel au tout-puissant lors de sa plaidoirie :

Dieu des croyants, descendez dans la conscience de la cour, dans l’âme des jurés. Dites-leur qu’ils n’ont pas le droit de toucher à la vie parce que la vie vous appartient à vous seul.

C’est la défense qui remporte la bataille, après un peu moins de deux heures de délibération, le verdict est rendu. À toutes les questions posées : Guy Desnoyers est-il coupable de double crime ? Guy Desnoyers est-il coupable d’infanticide ? Guy Desnoyers a t-il prémédité son crime ? Les réponses des sept jurés sont « oui » à la majorité. Mais des circonstances atténuantes sont retenues, ce qui permet à Guy Desnoyers d’échapper à la peine capitale. Il est alors condamné aux travaux forcés à perpétuité. Afin d’amadouer les jurés, une lettre du président René Coty aurait été lue, le président de la république leur aurait demandé de donner une peine maximale, mais pas la peine de mort, car nous devons penser aux relations de la France, notre pays à tous, avec le Saint-Siège4.

Le 5 aout 1978, Guy Desnoyers est le plus vieux prisonnier de France, il obtient la liberté conditionnel, et se retire en l’abbaye Sainte-Anne de Kergonan à Plouharnel dans le Morbihan, où il décède le 21 avril 2010 dans sa quatre-vingt-onzième année.

©Stanislas PETROSKY
Les ouvrages de Stanislas sont disponibles à l’Atelier Mosésu

1 Dictionnaire amoureux des faits divers de Didier Decoin.

2 L’autopsie révélera que le fœtus était viable.

3 Scènes de crime, jacques Expert aux presse de la citée.

4 Jean-François Colisimo dans l’Heure du crime du sur RTL.

LAISSER UNE RÉPONSE

Please enter your comment!
Please enter your name here