L’agent funéraire et la gestion émotionnelle – 1ère partie

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L’agent funéraire est plongé dans l’immédiat de l’action et la force de ses émotions lorsqu’il s’agit de s’occuper d’un décès. La gestion de ses émotions dans un contexte professionnel particulier constitue un atout psychologique majeur.

Intelligence-émotionnelle-300x300 L’agent funéraire et la gestion émotionnelle - 1ère partie La maîtrise de soi est d’une nécessité primordiale dans ces cas-là. Il faut alors articuler divers volets de ses expériences professionnelles pour faire face à une situation douloureuse et jongler avec l’empathie avec les familles en deuil et le courage face à une vision de cadavre dont l’œil ne serait pas habitué à supporter la scène.

Les risques psycho-sociaux dans le funéraire existent bel et bien mais sont limités, car les agents sont censés être des gens « à part ». Quand on vient d’entrer dans cette profession et que l’on fait ses premiers pas au sein d’une entreprise, on sait généralement au bout d’une semaine si l’on est fait pour exercer ce travail. Sociologiquement, certains chercheurs parlent d’une « vocation professionnelle ». Les agents professionnels qui travaillent dans ce domaine là ne sont pas des surhommes, loin de là. Ils n’ont jamais dit à leur institutrice quand ils étaient à l’école primaire que plus tard, ils voudraient devenir « croque-morts » ! Ils le sont devenus peut-être par hasard, par reconversion, curiosité, sinon par choix. Car on ne naît pas agent funéraire, on le devient…avec du temps, du courage et de la pratique ! (Les raisons qui les poussent à choisir cette voie font l’objet d’un article déjà existant sur ce site).

Etre un professionnel des pompes funèbres, c’est exercer un métier difficile, parfois avec beaucoup d’heures de travail et si l’on a de la chance, une rémunération peu motivante, hélas. C’est un métier dur et il ne faut pas se laisser berner par ce que l’on peut voir à la télévision, dans les films ou les séries américaines : un cadavre, c’est impressionnant à voir, c’est pas beau, ça sent pas bon, et je ne vous parle que des gens qui sont morts bien sagement dans leur lit, en vous épargnant au passage les suicides divers et variés (arme à feu, pendaison, saut de grande hauteur, passage sous un train, ingestion de produits toxiques, autolyse par arme blanche, etc..) ou bien les découvertes de corps après plusieurs semaines de décomposition. Il n’y a pas d’état d’esprit propice au travail dans les pompes funèbres : on peut ou l’on ne peut pas le faire, c’est tout.

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On ne peut pas savoir si on supportera le métier avant de l’avoir fait. Et généralement, c’est la première année d’exercice la plus dure à supporter, car l’esprit du nouvel agent qui découvre le métier doit s’adapter aux images qu’il n’est peut-être pas habitué à voir et à assimiler dans son quotidien.

Gérer ses émotions se situe au cœur de la relation de service entre les professionnels et les endeuillés. L’objectif est de finaliser l’entretien commercial et d’exécuter les différentes prestations funéraires tout en adoptant une attitude neutre, sobre et discrète avec beaucoup de retenue face à la souffrance des gens.

La gestion des émotions dans ce domaine si particulier devient alors une « compétence émotionnelle » dès lors que l’action se situe dans la « négociation émotionnelle de la souffrance » pour créer un hommage respectueux.

La gestion émotionnelle constitue une compétence technique évidente pour les opérateurs funéraires en général, afin de faire face aux situations compliquées sur le plan émotionnel. On assiste alors à un assemblage de connaissances et de compétences, qui font de l’opérateur funéraire un professionnel reconnu.

Pour beaucoup d’opérateurs, un bon professionnel doit disposer de qualités techniques, grâce à la formation qu’il a reçue dans une école funéraire, mais aussi psychologiques : il doit faire face à la douleur des gens, à la vue du cadavre, réaliser un certain nombre d’opérations techniques et commerciales et par-dessus tout : maîtriser ses émotions.

L’agent funéraire possède alors une palette de compétences tri-directionnelle :

FORMATION – EXPÉRIENCE – SENSIBILITÉ

 

Dans la réalisation des cérémonies, il faut être « fort, mais pas trop, très discret mais aussi très présent, il faut de la douceur, de la retenue, du respect et une certaine sensibilité intérieure qui reste maîtrisée et aussi maîtrisable », une sorte de gestion, de contrôle de soi en permanence. Tout cela, on en parle en école funéraire, mais on le découvre et l’applique aussi et surtout par la pratique, sur le terrain.

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La maîtrise individuelle de ses émotions devient alors pour l’agent funéraire un véritable atout psychologique mais aussi technique, dont il sait faire usage lors des cérémonies funéraires, qui sont psychologiquement difficiles à supporter.

Ainsi, gérer ses émotions, comprendre les émotions des endeuillés, agir dans une ambiance émotionnelle, sont autant d’éléments qui peuvent être considérés, comme des compétences de service à condition de prendre en compte la dimension collective du travail en équipe. Les émotions sont des « compétences » des pompes funèbres dans un double sens : elles sont à la fois l’objet de l’habilitation sociale de prise en charge des endeuillés dès l’entretien préalable de préparation des obsèques suite à un décès, tâche importante de plus en plus réalisée par les agents funéraires compétents, et du « travail invisible » réalisé en situation par les agents funéraires, c’est-à-dire le travail intérieur qu’ils font sur eux-mêmes, à savoir résister à l’émotion des gens dans la peine.

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