L’archéologie funéraire

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L’archéologie ne se préoccupe pas que de la façon dont on vivait autrefois, mais aussi de ce qui arrivait quand on mourait : c’est l’archéologie funéraire.

Archéologie funéraire

photo_page-300x175 L'archéologie funéraire
L'archéologie funéraire la plus connue : l'egyptologie. Ici, une barque funéraire

« L’archéologie consiste à balayer le sol avec un pinceau, là ou un balais eût été plus efficace » dirait l’humoriste. La réalité est en fait toute autre : de plus en plus, les archéologues se spécialisent, tant est vaste le champ de la connaissance ainsi extirpée de notre sol. Relativement récente, les pionniers commençant au milieu du 19éme siècle à s’intéresser aux tombe médiévales, cette discipline a connu un élan au cours du siècle dernier qui perdure encore aujourd’hui.

Et l’intérêt est bel et bien réel : réalisée par les vivants, l’inhumation du mort nous renseigne non seulement sur l’organisation du cimetière, sur la gestion des espaces funéraires, sur les manières d’inhumer les défunts, sur le mode de construction des sépultures, mais surtout sur les morts eux-mêmes et sur les vivants de cette société. La tombe et son environnement sont en effet le conservatoire du souvenir et de la mémoire du défunt au sein de la communauté et constituent fréquemment les seules traces qui nous parviennent des rituels funéraires et des traditions sociales d’une société.

Stèle_funéraire_au_gobelet-Altorf-Musée_archéologique_de_Strasbourg-225x300 L'archéologie funéraireFragments partiels, toutefois : la fouille d’une nécropole, même exhaustive, ne constitue qu’un éclairage imparfait des motivations spirituelles et culturelles réelles des vivants. Elle ne permet pas de restituer la totalité des comportements et des gestes funéraires, encore moins d’en reconstituer la pensée funéraire et les symboliques sociales qui lui sont rattachées. Les « rites funéraires » ne témoignent donc qu’indirectement des phases de stabilité ou d’évolutions culturelles dans ce domaine.

L’état des lieux

Les premières trace répertoriées de rites funéraires significatifs et organisés datent de 120 000 ans avent notre ère, date de la sépulture El Tabun, en Israël, attribuée à l’Homme de Néandertal. Toutefois, les spécialistes pensent que les premiers rites sont encore antérieurs à cette date. Les plus anciennes sépultures de l’homo sapiens datent, elles, de 4 000 ans avent notre ère.

Les anthropologues considèrent que ce sont les rites funéraires qui marquent le point de départ d’une civilisation : à partir du moment ou les individus éprouvent le besoin de marquer le souvenir d’un disparu, ils prennent également en considération l’apport du disparu au groupe. C’est donc, une façon de bâtir l’avenir, non plus sur une forme d’improvisation quotidienne, mais sur des bases étables par le passé.

Ainsi, l’archéologie funéraire est un marqueur assez fiable du moment ou la transition s’est faite entre des groupes solidaires, reliés entre eux par un besoin de survie et des groupes organisés, commençant à établir des règles et une symbolique commune.

Les obsèques, toutes différentes qu’elles soient en fonction des cultures et des époques, de Neandertal au Père Lachaise, ont toutes une caractéristique commune : réunir le groupe dans un rituel mêlant le souvenir et une codification symbolique qui rappellent à chacun son histoire est ses valeurs, plus ou moins fouillées en fonction du niveau de civilisation atteint, donc.

Un avenir incertain pour le passé lointain

1-3-3b_Bruguieres-_31_-Necropole-Haut-Moyen-Age_fond-beige_web_30-300x300 L'archéologie funéraire
Necropole du haut moyen âge

L’archéologie funéraire se heurte à des difficultés : le degré de dégradation des sites, en premier lieu. Les outrages du temps se font sentir, et de nombreux chercheurs avouent leur frustration face aux éléments trop fragmentaires dont ils disposent : loin de se faire une idée globale, les éléments disparates sont comme un puzzle auquel il manquerait deux tiers des pièces et qui pose plus de questions qu’il n’offre de réponses.

Puis, évidemment, la question des financements. Les crédits sont de plus en plus rares, le mécénat ne couvrant pas l’intégralité des chantiers. L’incertitude de la situation pousse de plus en plus en plus d’étudiants à se détourner du terrain en quête de postes d’enseignants.

L’archéologie funéraire, en un mot, ouvre à chaque découverte un nouveau champ des possibles dans l’histoire de ces marqueurs de la civilisation que sont les rites funéraires. Raison suffisante pour y revenir, ce que nous ne manquerons pas de faire abondamment dans les prochains mois.

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