Le corbillard, il n’y a pas plus polyvalent, ma poule !

0
273
citroen tub hy corbillard

Polyvalence. C’est le mot d’ordre dans les petites pompes funèbres : polyvalence. On doit savoir faire plein de choses différentes. C’est valable pour le personnel, bien entendu, mais c’est aussi valable pour le matériel, comme le corbillard. Tranche de vie multifonctions.

Le représentant passa une demi-douzaine de fois devant la pompe funèbre, vérifia autant l’adresse sur son GPS et finit, faut d’avoir aperçu le moindre bout de cercueil ou de corbillard, par s’arrêter pour demander sa route à un autochtone, en l’occurrence, une berger qui guidait quelques vaches sur cette route de montagne sinueuse.

Ce dernier regarda le représentant, surpris « Ben, les pompes funèbres de Monsieur Daniel, vous êtes forcément passé devant, c’est à cinq cent mètres d’ici, je ne vois pas comment vous avez pu le louper »

Le représentant fit rapidement un calcul de distances, puis confirma. « Oui, je les ai loupées. Cinq cent mètres, c’est près de la grande ferme qu’il y a là, non ? »

Le berger sourit « Plus proche, tu meurs, c’est dedans. »

Le représentant haussa un sourcil, remercia poliment, et fit demi-tour, dubitatif. Il retrouva facilement la ferme, s’arrêta devant, et décida de se rendre à pieds jusqu’à la partie habitation, au fond d’une grande cour ou donnaient plusieurs hangars.

La vue était magnifique : les champs descendaient en pente douce, jusqu’à une forêt immense, qui remontait au loin les flancs des montagnes. L’air était pur, et le froid piquant revivifiant.

Le commercial sourit en traversant la cour de la ferme : près d’un puits en pierres, un vieux Tub de Citroën était reconverti en poulailler, après avoir, s’il fallait en juger la décoration peinte sur les vitres, vécu une longue carrière de corbillard.

Un homme sortait de l’habitation, et venait à sa rencontre. De solides bottes de caoutchouc, une combinaison d’agriculteur, solide, les épaules larges, il se présenta comme le patron, avec une poignée de main ferme.

« La ferme est à moi, je fais un peu d’élevage » expliqua l’homme, en réponses aux questions du représentant. « Je fais aussi de l’exploitation forestière, un peu, et pompes funèbres. »

« Toutes ces activités en même temps ? »

« Bah ouais, les gens d’ici sont solides, c’est pas en les enterrant que je vais gagner ma croûte. ».

« Mais, l’agence est où ? »

L’agriculteur-forestier-croque-morts haussa les épaules « Les gens m’appellent, j’enfile mon costume, et je vais chez eux. On règle ça autour d’une petite prune, en général ».

L’agriculteur (qui était aussi forestier et croque-morts, donc) fit faire au représentant le tour du propriétaire. « Voilà. Donc, vous vendez des plaques ? » et les deux se mirent à parler affaires.

En prenant congé, le commercial posa une question qu’il avait à l’esprit depuis quelques temps « Mais, au fait, il est où, votre corbillard, je ne l’ai pas vu ? »

Le croque-morts plus-polyvalent-tu-meurs le regarda d’un air curieux « Ben, il vous faut des lunettes. Il est là. »

« Là ou ? » demanda le représentant. « Je ne vois que le poulailler, là. »

« Ben oui. Quand on a besoin, je vire les poules, un coup de propre, et hop ! Un corbillard. Il roule encore très bien, vous savez, je fais un peu de mécanique sur mon temps libre. ». Joignant le geste à la parole, il fit faire le tour du véhicule. « Voyez, le caisson est impeccable, les poules sont au dessus, on vire la paille, il y a une toile en dessous pour protéger, et hop! On met les fleurs. »

Le commercial n’en revenait pas « Mais… Mais… Les poules, là… Il ne reste pas une odeur, dedans, après ? »

Le croque-morts réfléchit une seconde, avant d’asséner « Ben moi, à force, je la sent plus, mais en trente ans, je me rappelle pas d’un de mes passagers qui se soit plaint ».

 

LAISSER UNE RÉPONSE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.