Le croque-morts des anneaux à la maison de retraite

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Le vendredi, c’est tranche de vie
Les maisons de retraites, soyons clair, font souvent de leur mieux avec peu de moyens et beaucoup d’exigences. Parfois, néanmoins, il arrive que des boulettes soient commises.
Le saigneur des anneaux

La dame était décédée à l’âge avancé, mais déçu, de 98 ans. Bon pied, bon œil, elle visait le centenaire.

L’aide-soignante qui l’avait découverte avait eu un choc : une demi-heure plus tôt, elle avait déposé le plateau-repas de la dame, qui avait soulevé la cloche avec bon appétit, et, lorsque l’employée était venu le récupérer, elle avait retrouvé la veille dame, toujours attablée devant un bol de soupe à moitié vide et complétement froid, morte. Le cuisinier se fit tellement charrier sur la qualité de sa soupe qu’il finit par démissionner.

Sitôt que l’infirmière eut constaté qu’effectivement, la dame n’était plus de ce monde, le médecin fut appelé, et la famille prévenue. Éplorée, plus par la soudaineté du trépas que par celui-ci même, puisque, arrivé à un certain âge, on se résigne à la mort inéluctable d’un proche, elle finit par appeler les pompes funèbres qui avaient procédé aux obsèques de leur père et grand-père, vingt ans auparavant.

Celles-ci se présentèrent tard le soir. La famille semblait pressée de voir leur chère disparue quitter la maison de retraite, et, au cours de la conversation, ils n’étaient pas parvenu, à la réflexion, ils n’avaient même pas essayé, à cacher une antipathie certaine pour le directeur.

Les pompes funèbres se présentèrent aux membres de la famille qui étaient restés se recueillir auprès du corps. Le fils de la défunte, un homme qui devait avoir atteint les 75 ans mais attestait de la vigoureuse santé familiale, prit congé, laissant les pompes funèbres travailler, après avoir formulé une dernière demande « S’il vous plaît, est-ce que vous pourriez récupérer son alliance ? Elle avait souhaité qu’elle aille à son arrière petite fille, mais nous n’avons pas le courage de l’enlever de son doigt nous-même ». Le chef d’équipe acquiesça, et convint de la donner à l’intéressée, qui attendait en bas, dans le hall.

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La famille partie, il essaya d’enlever la bague, sans succès. Les doigts avaient gonflé, et la dame n’avait pas dû l’enlever ces dernières années. C’est alors que les porteurs étaient en quête d’une savonnette que le directeur de la maison de retraite fit son entrée dans la pièce.

La première chose que l’on pensait en le voyant était « Prétentieux ! » et la seconde, « pas taper ». C’était la réaction que suscitait l’homme : on avait envie de lui donner des baffes.

Il s’enquit de ce que faisaient les croque-morts, ils lui expliquèrent. Durant de longues minutes, il les regarda s’escrimer, en vain. A la fin, le chef se tourna vers son collègue porteur « Va dire à la dame qu’on n’aura pas la bague ce soir, on demandera à la thanato demain, elle a ce qu’il faut pour faire glisser ça. »

Le directeur de la maison de retraite sortit de son mutisme hautain « Je ne vois pas ce qu’il y a de si compliqué. Faites comme d’habitude, vous n’avez qu’à lui couper le doigt. »

Un instant de flottement se fit, durant lesquels les croque-morts essayèrent de deviner s’il s’agissait d’une plaisanterie. Ce n’en était pas une. Ils adoptèrent alors l’attitude la plus raisonnable : ils s’occupèrent de leur affaire en ignorant ostensiblement le directeur, quoique celui-ci dise ou fasses. Il finit par quitter la pièce, l’air mécontent.

La thanato récupéra la bague sans difficultés. L’arrière petite-fille fut contente. Les deux croque-morts qui avaient effectué le convoi furent convoqué dans le bureau du chef d’agence. « Dites, les gars, le directeur de la maison de retraite a téléphoné. Il était pas très content de vous. A priori, vous avez été impolis avec lui… ».

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Après qu’ils lui eurent expliqué, ils n’en entendirent plus parler. Ni de l’affaire, ni de la maison de retraite, dans laquelle, curieusement, ils ne furent plus jamais appelé.

Communion

La défunte venait d’une maison de retraite catholique bien connue dans le secteur. Le thanatopracteur réalisait son soin tout en discutant avec le conseiller funéraire venu faire sa pause-café dans la salle de soins.

« Tiens » dit soudain le thanato, « au moins, elle aura recommandé son âme à Dieu avant de partir ».

« Comment tu le sais ? » demanda le conseiller.

« Viens voir » fit le thanato. Il ouvrit la bouche de la défunte, et, à l’aide d’une petite lampe, éclaira sa langue sur laquelle l’Ostie était encore collée.

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