Le deuil collectif : première partie, les accidents et catastrophes

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deuil collectif

Le décès d’un être cher bouleverse, on le sait, notre manière d’appréhender le quotidien. Le deuil est personnel à chacun et relève, dans une certaine mesure de l’intime. Mais comment faire lors d’un attentat ou d’un assassinat d’enfants ? De la même manière lors d’un accident d’avion, les deuils sont aussi multiples que le nombre de décès. Comment gérer son deuil lorsqu’il est collectif ?

Le deuil collectif des accidents

Lors d’un décès qui survient des suites d’un accident, le choc prédomine. Des amis sont partis en vacances et leur avion n’atterrira jamais. Votre frère venait vous rendre visite mais il est mort en mer en compagnie de dizaines de personnes. Ce drame est horrible à vivre car il laisse la situation avec des points de suspension. Personne n’est préparé à vivre le décès de quelqu’un de proche et encore moins de cette manière. L’étape de l’acceptation arrive très tard, et celui du choc et du déni, se voient alors renforcés.

C’est ainsi qu’en plus de devoir faire le deuil de notre ami, de notre frère, de notre proche, voilà que l’on entre dans un complexe de double deuil. L’intime et celui collectif de la communauté spectatrice ou participative – les autres familles – de ce deuil. Plus il y a de morts, plus la douleur s’en voit renforcée, plus l’émotion est lourde. En plus de cela, il n’est pas rare de devoir faire le deuil de toute une famille en même temps, car ils étaient ensemble dans l’avion ou en vacances – le tsunami au Japon de 2011.

S’entame alors souvent ce qui s’apparente à un pèlerinage, c’est par exemple ce dont nous avons pu assister suite à la catastrophe aérienne du mont Sainte-Odile ayant eu lieu le 20 janvier 1992 tuant 87 passagers et membres d’équipage d’un Airbus A320 de la compagnie française Air France. En se rendant sur les lieux de l’accident, les personnes commencent tout doucement à réaliser l’impensable. Dans ces cas précis, l’absence de corps rend encore plus difficile l’acceptation. Cette démarche permet d’amorcer le travail de deuil en s’appropriant une partie du voyage de leur proche et de commencer ainsi à redéfinir complètement leur vie.

Au delà du déni, vient vite se confronter la colère. Problème technique ? Responsabilité du pilote ? Comment cela est-il possible ? Comment cela a pu arriver avec toute la technologie dont nous disposons ? Et le fait d’être plusieurs à se sentir incompris sur ces points, soulève souvent un vent de révolte pour obtenir des réponses.

Les larmes publiques

Au delà des étapes particulières auxquelles sont confrontées les proches d’un défunt victime d’un accident qui a entraîné la mort de dizaines de personnes, il y a aussi toute la question éthique et morale sur l’affichage collectif du chagrin.

Comment un père peut-il pleurer sa famille en dehors du champ médiatique ? Face à une telle exposition, les larmes sont parfois retenues, bloquant ainsi le processus de deuil et conduisant malgré eux à un deuil dit « pathologique » que je vous ai décris dans un article consacré. C’est un peu le même problème pour les personnalités qui, elles, sont publiques et célèbres et qui doivent faire face à l’exposition médiatique de leur peine. Parfois les défunts deviennent héros ou martyrs malgré eux et ont le droit à des obsèques grandioses alors même que la famille n’a pas pu encore pleurer son défunt dans l’intimité.

des-proches-des-victimes-du-crash-de-la-germanwings-au-vernet-le-24-juillet-2015 Le deuil collectif : première partie, les accidents et catastrophes
des proches des victimes du crash de la germanwings au vernet le 24 juillet-2015

L’interdiction d’oublier

Entre les anniversaires de décès et les commémorations, la peine est récurrente pour ces familles endeuillées qui peinent à repousser les frontières du chagrin. D’un hommage on arrive souvent à un souvenir trop lourd à porter pour ces individus dont on a oublié que leur oubli est un droit.

Il y a un équilibre délicat à trouver entre d’un côté le réconfort et le soutien que peut apporter le collectif dans ces moments exceptionnels et de l’autre l’intimité et l’ombre d’un deuil qui se veut personnel.

C’est pourquoi tous les rites aussi symboliques soient-ils vont permettrent de gérer au mieux le temps des obsèques. Je pense particulièrement aux veillées spontanées sur le lieu d’un accident, une cérémonie civile collective qui vient compléter une cérémonie intime et individuelle. Lorsque le particulier et l’ensemble s’allient pour le meilleur.

 

 

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