Le marché de la mort est bien vivant, interview de Sylvie Deleule

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L'équipe France 5

Le marché de la mort est bien vivant ! C’est le mardi 4 novembre 2014 à 20h35 sur France 5 dans Le monde en face présenté par Marina Carrère d’Encausse. Funéraire-Info a pu interviewer en exclusivité, Sylvie Deleule, la réalisatrice du documentaire de 52 minutes réalisé à cette occasion et diffusé en première partie d’émission.

Funéraire-Info: Bonjour Sylvie, pourriez-vous vous présenter, pour nos lecteurs qui ne vous connaissent pas?

Sylvie Deleule: Au départ, je suis journaliste et je réalise depuis une vingtaine d’années des reportages et des documentaires, avec deux approches différentes : d’un côté des enquêtes (société, santé, environnement) et de l’autre des portraits, souvent littéraires. J’ai aussi pas mal travaillé pour des magazines (« C’est notre Affaire », « Toutes les Télés du monde », « E=M6 », etc).

F.I. : Sylvie, pouvez-vous évoquer la genèse du projet, le pitch de départ ?

S.D. : en fait l’idée vient de ma productrice Laure Bernard (production « Illégitime Défense »). Elle souhaitait qu’on propose à France 5 quelque chose sur le marché du funéraire. Il y avait eu un film sur ce sujet il y a 5-6 ans, mais depuis, les choses avaient pas mal bougé. En tout cas, c’est ce que j’ai constaté quand j’ai commencé à enquêter. De fil en aiguille, je me suis rendu compte qu’il y avait un film à faire autour de ces nouvelles tendances, avec des séquences très vivantes (sans jeu de mot bien sûr !). Nous l’avons proposé et le film a assez peu bougé sur le fond, entre la proposition de départ et ce qu’il est à l’arrivée, ce qui n’est pas toujours le cas… Preuve que notre intuition de départ était la bonne !

F.I. : Vous avez fait comment pour trouver les différents sujets évoqués dans le documentaire ?

S.D. : Des articles (chez les Suisses, notamment) et bien sûr Funéraire info ! Il y avait eu aussi pas mal d’articles sur la polémique autour du QR code. Et quand on a lancé le film, il y a eu à ce moment-là une vague d’articles sur les nouvelles tendances un peu délirantes aux États-Unis. Ensuite, les discussions avec mes différents interlocuteurs m’ont donné de nouvelles pistes de travail (les devis sur internet par exemple) qui ont enrichi le film. Il se trouve aussi que le magazine « Que Choisir » lançait un numéro consacré au funéraire au même moment : nous avons donc pu échanger nos expériences.

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F.I. : Vous avez pu rencontrer de nombreux interlocuteurs à l’occasion de ce reportage, c’est un milieu traditionnellement méfiant car trop souvent accusé de faire de l’argent sur le dos des familles en deuil, comment avez-vous été accueilli ?

S.D. : Plutôt très bien, d’autant que notre sujet était peu polémique ! Les nouvelles tendances concernaient aussi pas mal les jeunes, donc ils étaient contents qu’on parle d’eux. Et puis, France 5 est une chaine qui en général bénéficie d’un bon accueil. Je travaille pour elle depuis pas mal d’années et je n’ai jamais eu de problème. Même au cimetière du Père Lachaise (où il est difficile de tourner), ça n’a pas été trop compliqué d’avoir des autorisations.

F.I. : Tournage, montage, diffusion, cela se déroule en combien de temps et comment?

S.D. :  Il n’y a pas vraiment de règles. J’avais passé du temps sur l’enquête depuis le mois de mai, sans savoir si le film serait accepté. Or France 5 nous a donné son accord seulement fin aout, pour une date de diffusion autour du 1er novembre. Par chance, tous mes interlocuteurs étaient disponibles aux bonnes dates. Ma monteuse Dora Soltani (avec qui j’ai monté la majorité de mes précédents films) a aussi joué un rôle très important.

A contrario, il m’est arrivé de prendre un an, voire un an et demi pour tourner et monter un film, surtout quand il y a des tournages à l’étranger…

F.I. : Les images de transition avec les vues aériennes de paysage et de cimetières sont superbes, comment avez-vous fait techniquement ?

S.D. : Nous avons tourné avec une société spécialisée dans les tournages au drone, « Skyvideo-drones », basée près de Montpellier. Ils ont été vraiment pro et nous ont aussi aidés à trouver de beaux spots de tournage. De plus, le temps, vers le 10 septembre, était magnifique. On a eu beaucoup de chance aussi de ce point de vue là.

F.I. : Guillaume a eu le privilège de voir le documentaire en avant-première pour préparer le plateau qui suivra la diffusion, il se dégage du film une impression de rythme, mais de respect, la caméra ne fait pas du voyeurisme mais tente de donner au spectateur une vision apaisée du monde funéraire, comment avez-vous réussi cela ?

S.D. : Ça me touche beaucoup que vous disiez cela, car pour moi c’est une priorité. Je fais très attention au contact avec les gens (encore plus quand on est dans des délais aussi courts) : ne jamais arriver en terrain conquis, prendre le temps de parler avec eux et aussi, la place du cameraman est très importante. J’ai travaillé avec trois chefs opérateurs différents, mais tous délicats et à l’écoute : Thierry Gautier, Emmanuelle Collinot et Oliver Raffet. Une vision apaisée du funéraire, c’était notre postulat de départ et aussi ce qui intéressait France 5. Nous ne souhaitions pas du tout être dans le pathos, ce n’était pas le sujet. Pour autant, ça reste un sujet grave. Il fallait aussi faire attention à ne pas sombrer dans le « glauque » avec tous ces sites plus ou moins sérieux qui existent, donc rester crédible. Bref, un équilibre à tenir, mais qui s’est imposé à nous grâce aux séquences que nous avons pu tourner et bien sûr aux interlocuteurs qui se sont prêté au jeu.

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F.I. : Avez-vous des regrets sur ce reportage ?

S.D. : Le regret reste toujours le manque de temps et de recul. J’aurais surtout souhaité passer plus de temps avec les gens (notamment en province).

F.I. : Votre vision du monde des pompes funèbres a-t-il changé à l’occasion de votre immersion dans ce monde chargé de tabou ?

S.D. : Oui bien sûr. Mais, au-delà des pompes funèbres, ma vision de tout ce qui tourne autour du funéraire. Je me suis rendu compte que certaines choses que je prenais au départ un peu pour des gadgets (le QR code par exemple) pouvaient avoir une signification profonde en terme de transmission de la mémoire. Et les cimetières aussi : au début je me sentais un peu mal à l’aise et à la fin du tournage, ils me sont devenus presque familiers.

F.I. : Comme de coutume, le mot de la fin est pour vous : Sylvie, que souhaitez-vous dire aux lecteurs de Funéraire Info ?

S.D. : J’espère que ce film donnera envie aux professionnels d’aller s’intéresser encore plus aux nouvelles tendances… je pense qu’il y a encore plein de choses très belles à imaginer. Et puis, peut-être qu’il fera naitre des vocations ?

Le tournage en image

Pour en savoir plus:

Le site de Illégitime-défense

Et

Le site de France 5

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