Le patriarche, l’affaire Dominici

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Affaire Dominici : Gaston Dominici et le president de la cour des Bosquet lors de la reconstitution le 15 novembre 1953 a la ferme de La Grand'Terre a Lurs pres de laquelle a eut lieu le triple meurtre en aout 1952

Jack regrette un peu de s’être arrêté dans cette ville de Digne, mais quand la petite Elizabeth a vu l’affiche publicitaire pour la course de taureaux, avec Ann —  son épouse — ils ont voulu faire plaisir à leur fille alors ils ont pris des billets.

Seulement Digne n’est pas à côté de Villefranche-sur-Mer, là où ils ont loué avec leurs amis les Marrian. Surtout que Jack n’est pas un fou du volant, il roule doucement avec son Hillman, c’est souvent que les gens le klaxonne. Il a donc fallut reprendre la route pour assister au spectacle.

Spectacle est un bien grand mot, ce qu’ils ont vu les a plus fatigué qu’autre chose, ils n’ont pas apprécié et sont même partis avant la fin. Mais il est déjà tard pour rallier les cent-soixante kilomètres, et à son allure ils en ont plus de cinq heures.

Ce n’est pas grave, il y a tout ce qu’il faut pour camper dans le véhicule. Jack choisi un endroit, au bord de la route nationale 96, non loin d’un domaine nommé La Grand’Terre, il se gare non loin d’une borne kilométrique, le kilomètre 32, sur laquelle est peint que Peyruis se trouve à 6 km au nord et La Brillanne, à 6 km au sud.

Un large chemin empierré permet de descendre jusqu’aux rives de la Durance. Un pont enjambe la voie ferrée à 60 m de la route. Un sentier serpente de part et d’autre de la voie ferrée et de la pente de la Durance. L’endroit est calme, sympathique et bucolique.

Il est un peu plus d’une heure du matin quand un coup de feu déchire la nuit, Jack Drummond qui est à l’arrière de sa voiture s’effondre, touché en plein dos. Il tente de se relever. Une seconde détonation retenti, il s’écroule, mort. Ann n’a pas le temps de fuir, le tireur est déjà face à elle, par trois fois il va tirer à courte distance.

La petite Elizabeth prend la fuite en direction du pont, l’homme tire et rate sa cible. Elle trébuche sur une pierre, et tombe, le tueur la rattrape, il n’a plus de munition. Il lui fracasse le crâne à coup de crosse. L’homme quitte les lieux de ses horribles forfaits la laissant pour morte. Pourtant à 5h45, lorsque Gustave Dominici la découvre, elle respire encore, mais il ne lui porte aucun secours…

En cette nuit du 4 au 5 aout 1952 vient de naître une de plus grandes et controversées affaires criminelles du XXème siècle. L’affaire DOMINICI1.

Gaston Dominici, image du patriarche qui gouverne ses terres et sa famille d’une poigne de fer, personnage autoritaire.

Dès le départ ce fut mal parti pour résoudre ce triple homicide.

Une enquête confiée à la 9e Brigade mobile de Marseille. Le commissaire Sébeille fut dépéché sur les lieux. À 15 heures, le juge Périès ne voyant pas venir les policiers de Marseille, décide de la levée des corps qui s’effectue à 15 h 30. Lors de la levée du corps de la fillette, le fossoyeur Figuière découvre un éclat de bois à dix centimètres de la tête d’Elizabeth et cette esquille passe de main en main sans qu’on sache ce que c’est exactement. C’est bien plus tard que l’on découvrira que c’est un morceau issu d’une crosse de fusil.

Sébeille entre dans une colère noire lors de son arrivée, des curieux piétinent la scène de crime, brouillant et détruisant les indices. La collaboration entre Sebeille, le juge Périès et la gendarmerie est mal partie.

La suite on la connait, Contradiction dans les témoignages, les fils accusent le père, le père avoue puis revient sur ses aveux…

Le 8 novembre 1954, le verdict est rendu: Gaston Dominici, est reconnu coupable du triple meurtre, il est condamné à mort et incarcéré à la prison de Digne. Moins d’un mois plus tard, il est transféré à la prison des Baumettes à Marseille.

Une seconde instruction voit le jour en 1955, le juge Carrias, sans nouvelle preuve, se voit dans l’obligation de rendre ordonnance de non-lieu, et met définitivement fin à l’action judiciaire du triple meurtre de Lurs2.

En raison de son âge, 80 ans, le 3 aout 1957, le président René Coty commue la condamnation à mort de Gaston Dominici en travaux forcés à perpétuité, elle-même transformée en prison à vie. Puis Charles de Gaulle, lors de sa présidence le 13 juillet 1960, gracie Gaston Dominici, le plus ancien des prisonniers. Gracié par son âge et non pas innocenté et réhabilité.

Il quitte la prison des Baumettes, le lendemain au matin. Il va demeurer chez sa fille Clotilde à Montfort où il est assigné à résidence dès le mois d’août 1960. La ferme Grand’Terre sera vendu pour payer les frais de justice. En 1962, il entre à l’hospice de Digne. Il y décédera le 4 avril 1965 à l’âge de 88 ans. Les obsèques ont lieu le lendemain, à Peyrius3.

Des livres, des films4, qui ont souvent pris part d’un des thèses, parmi les courantes :

  • Crime accidentel, incompréhension, barrière de la langue, peur de l’étranger.
  • Crime sexuel.
  • Crime crapuleux, vol ayant mal tourné.
  • Crime commis par un membre de la famille Dominici pour en faire accuser un autre.
  • Règlement de compte suite à des actes de guerre.
  • Crime commis par des professionnels, suspicion que Drumond soit un espion.

J’ai lu et relu des témoignages d’époque, si je ne puis dire que tel ou tel personne est coupable, je suis convaincu que deux thèses sont peu probables : celle d’anciens combattants de 39-45, et celle de l’espionnage avec élimination d’un agent. Tout simplement parce que en même temps que l’arme (une carabine M1 semi-automatique Rock-Ola Music Corporation), les premiers enquêteurs ont trouvé sur les lieux du triple homicide des étuis vides percutés, des cartouches pleines non percutées et un chargeur vide. Selon les témoignages, six à sept coups de feu seulement ont été entendus dans la nuit, alors que la contenance de ce chargeur est de quinze cartouches.

Le tireur n’a pas eu assez de munition puisqu’il a dû pour achever la petite Elisabeth, lui fracasser le crâne avec la crosse de l’arme. On peut donc déduire que le meurtrier ne connaissait pas le maniement d’une carabine semi-automatique. Sur ce type d’arme, il suffit d’actionner le levier d’armement avant de tirer la première cartouche, ensuite chaque tir réarme la carabine et la met en position de tirer le coup suivant. Si le tireur actionne néanmoins le levier, il éjecte à chaque fois une cartouche pleine, non percutée, et gaspille ainsi la moitié de ses munitions.

Un militaire, un ancien soldat qui a utilisé ce genre d’arme n’aurait pas commis ce genre d’erreur, de là à dire qu’un homme ayant accompli ses obligations militaires en 1898, quand ce type de carabine n’existait pas commette cette erreur…

Surtout qu’un autre détail, révélé par le juge Pierre Carrias5, lors de cette même reconstitution, quand on a fait mimer à Gaston Dominici la poursuite de la fillette, le patriarche aurait visé l’inspecteur Amédée qui jouait le rôle de la petite Elisabeth, en s’écriant: Pan, une dans le pont !

Après vérification, un impact de balle a été retrouvé sur le parapet en pierre du pont, dans la direction visée par le vieil homme…

1 Romancé d’après L’affaire Dominici, une énigme vieille de soixante ans, 20 minutes.fr et diverses archives.

2 Collection privée.org-Bibliothèque Zoummeroff

3 Véronique Laroche-Signorile le Figaro

4 Impossible de lister ici tous les ouvrages et documentaires, à noter que dans le film avec Gabin, toutes les thèses sont pratiquement citées, sans jamais prendre un véritable parti, dans le téléfilm avec Serrault, c’est la thèse des tueurs professionnels qui est retenue.

5 Site de Vincent Carias : Affaire Dominici, pourquoi je le crois coupable.

 

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