Le sapin, marronnier des funérariums

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Le sapin de Noël fait débat. Non pas sur sa tendance cette année, flashy disco fluo ou blanc sobre, non pas sur sa laïcité à l’École, mais sur sa bienséance dans les funérariums. Allez, un petit article culturel sur mode récréatif.

sapin-Noël-C-300x224 Le sapin, marronnier des funérariumsLa presse a ses marronniers, ses sujets qui reviennent chaque année à la même époque, et dont on débat indéfiniment sans jamais les solutionner, comme par exemple les chocolats à Noël ou les pompes funèbres à la Toussaint. Ce qui est amusant, c’est que les pompes funèbres aussi ont leur marronnier, qui est un sapin.

Le sapin, sa vie, son œuvre

Pour tous, le sapin enguirlandé est l’arbre symbole de Noël, quoique pour certains, ce soit également l’état du ministre du travail lorsque le Président de la République découvre les chiffres du chômage. Ceux qui n’ont pas compris ce jeu de mots minable sont priés d’aller se renseigner sur le nom de leurs ministres, et ceux qui l’ont comprises voudront bien accepter les excuses d’un rédacteur qui n’a pas pu résister.

Le sapin, symbole de Noël, Noël, fête de la nativité, ergo le sapin, symbole chrétien de la naissance du Christ, a-t-il donc sa place dans un funérarium qui doit rester neutre religieusement ? Non, semble être la réponse la plus évidente. Sauf que… Sauf que le sapin est un symbole à peu près tout, sauf chrétien. Comme Noël, d’ailleurs. Explication.

Dans les huttes de nos ancêtres qui ne bénéficiaient pas du confort moderne du four à chaleur tournante ni de la télévision à écran géant super plat méga-haute définition, l’hiver était le symbole d’une période rude par essence. Nulle pitance ne poussait en effet sur le sol durci par le gel, et les familles cohabitaient avec les animaux pour récupérer un peu de chaleur et se protéger des terreurs nocturnes, comme le loup dont les hordes parcouraient alors en nombre les forêts abondantes.

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Nos ancêtres, étant des êtres humains comme les autres, inventèrent alors la fête du solstice d’hiver, qui était un moyen comme un autre de conjurer le marasme. L’hiver, c’est pénible ? Alors faisons une bringue d’enfer pour dire que ce n’est pas si grave. Bien entendu, tout cela est résumé.

Puis Jésus vint

Peu à peu, le catholicisme prit en influence, et l’église devint une enjeu politique. Quoi de mieux pour gouverner un peuple que de l’unifier ? Ce qui fut fait sous la croix du Christ, avec quelques impératifs : pour que les Francs marchent comme un seul homme, il fallait d’abord le débarrasser de toutes ses anciennes coutumes.

Comme le peuple persistait à célébrer le solstice d’hiver, l’Eglise se dit qu’un peu de récupération ne nuisait pas. Ainsi, la date de la naissance de Jésus fut arbitrairement fixée au 25 décembre, et voilà comment fête païenne et fête catholique finirent par cohabiter, puis fusionner, puis se confondre.

Quand à Jésus, il serait en réalité né, soit le mercredi 2 soit le vendredi 4 avril, en – 4 avant lui-même.

Le sapin, comme les cadeaux, comme le repas gargantuesque, n’ont absolument rien à voir avec la liturgie catholique et sont des héritages directs de la célébration du solstice d’hiver. Quand aux esprits chagrins pour qui Noël est une fête commerciale et selon qui le père Noël serait une invention de Coca-Cola, ils feraient mieux de lire moins de sites internet complotistes et plus de littérature Scandinave.

Mon beau sapin, roi des funés ?

Tout cela résous la question de savoir si le sapin est connoté religieusement ou non. Ceci dit, si vous en mettez un, il faudra prévoir un panneau expliquant très précisément cette histoire de solstice d’hiver, afin de bien expliquer que vous ne voulez offenser personne, et surtout pas les offensés professionnels.

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Mais ce sapin est symbole de joie et de réconfort face à l’adversité qui s’annonce, l’hiver, pourrait paradoxalement, quoiqu’il soit une métaphore idéale du deuil et d’une façon de bien le vivre, comme incongru dans un funérarium. Faut il l’y mettre ou pas ? Disons la vérité : la vérité n’existe pas. Vous, comme vos collègues professionnels du funéraire, comme les visiteurs qui entreront dans le funérarium, la famille en deuil, le fleuriste venu livrer, chacun verra dans ce sapin un message différent selon son éducation, son histoire, sa culture, ses principes, son état d’esprit, son humeur…

Il n’y a pas de réponse à cette question, ou plutôt, il y a autant de réponses que de regards qui se poseront sur votre sapin.

Ce qui me permet d’affirmer la seule vérité dont je soit absolument certain, c’est que le sapin est un marronnier. On aura exactement la même question posée, à la même époque, l’année prochaine.

Guillaume Bailly

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