Le secteur funéraire recrute des gens bien élevés

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le doigt de Galilée

Encore une fois, un échange sur un réseau social entre une impétante venue demander conseil et des professionnels venus spontanément tenter de l’aider a dégénéré. Incompréhension ? Problème avec la jeunesse ? Il est temps de remettre quelques points sur quelques i : le funéraire est un métier qui exige des connaissances, de la patience, de la courtoisie et de la discipline.

Ca a commencé comme ça

Tout commençait plutôt bien : une aspirante thanatopractrice demandait des renseignements sur les formations qu’elle pouvait suivre pour embrasser sa carrière rêvée, dans un post sur un groupe de Facebook. Un homme arrive, répond, très poliment et courtoisement, et, sans doute dubitatif devant les réponses de la demoiselle, qui semble tout de même assez mal renseignée, entreprend de tester sa motivation et ses connaissances préalables. Toujours, c’est important de le préciser, très courtoisement.

La réponse de la demoiselle vient très rapidement, claire, nette, précise et lapidaire : « Je t’emmerde ». Bon, avec une faute d’orthographe que nous n’avons pas reproduite, mais le langage étant suffisamment compréhensible par lui-même, cela ne semblait pas nécessaire.

Évidemment, aussitôt, l’hallali a été donné sur la pauvre demoiselle. Déjà, parce qu’insulter gratuitement un professionnel venu aimablement aider, ça ne se fait pas. Ensuite, parce que le professionnel venu, de façon tout à fait désintéressée et aimable aider la demoiselle, comment dire ? Imaginons une comparaison, vous comprendrez : imaginons qu’elle ait voulu se faire baptiser, à la place. Arrive le Pape, qui lui demande « Je veux bien t’aider, mais as-tu la foi ? » et elle de lui répondre, on ne s’en lasse pas « Je t’emmerde ».

Voilà. Inutile de dire que cette jeune personne ne fera jamais carrière dans la thanatopraxie, ni dans les pompes funèbres, ni dans la marbrerie.

Allez, ouste !

Que les choses soient claires, une fois pour toutes : le funéraire n’a pas besoin de petits jeunes mal élevés, impolis et intolérants à la frustration. L’enfant-roi, c’est un concept qui a peut-être sa place au foyer (c’est le problème des parents, après tout), mais pas dans les pompes funèbres, et j’inclus dans ce terme la marbrerie et la thanatopraxie.

Le funéraire a besoin de professionnels. Point, à la ligne. C’est quoi un professionnel du funéraire ? Partons de l’essentiel : une famille. Ce sont des gens qui sont dans la pire situation qu’ils puissent vivre, la perte d’un proche, qui sont affligés, en colère parfois, complètement perdus, et qui ont des exigences précises et toutes différentes, et c’est aussi un défunt, un corps, qui a ses spécificités. Un professionnel du funéraire, c’est quelqu’un en face d’eux, qui sait exactement quoi faire et comment se comporter pour que le deuil de ces personnes se passe bien. Et tout cela ne se décrète pas : ça s’apprend. Avec humilité.

Par exemple, au hasard, une famille qui viendrait trouver le thanatopracteur pour lui dire que sa grand’ tante Henriette ne ressemblait pas du tout à cela.

Le professionnel du funéraire répondra, flegmatique « Très bien, Madame, si cela ne vous ennuie pas, allons voir ensemble ce qui ne va pas afin que je le corrige. Auriez-vous une photo récente ? Cela pourrait m’aider ». C’est une réponse acceptable.

Le non-professionnel du funéraire répondra « Je t’emmerde ». Ce n’est pas une réponse acceptable.

Moi aussi, je t’emmerde

La jeune personne en question objectera peut être que, bien entendu, elle n’est pas stupide, et elle ne se serait pas comporté comme ça face à une famille, et, si elle est idiote, ce qui n’est pas à exclure, elle répondra aussi que de toute façon, elle veut être thanato, pas avoir affaire aux familles.

Là, bien entendu, j’arborerai mon petit sourire, celui avec les fossettes qui font mon charme, et qui veut dire en vrai « Eh ben toi, tu vas prendre cher ». Par ou commencer ?

Bien entendu, vous direz, chère demoiselle, que vous n’insulterez pas les familles. C’est votre droit. Et le nôtre,c’est de ne pas vous croire. Après tout, vous avez agressé, en public, sans qu’aucune provocation n’ait été faite, une sommité de la thanatopraxie qui se proposait de vous aider. On en déduira donc que l’agressivité est un réflexe naturel chez vous quand vous êtes mal à l’aise, et croyez-moi, des occasions de se sentir mal à l’aise, dans ce métier, il y en a dix par jour (les jours calmes), et on en déduira aussi que vous attaquez une personne sans même savoir qui c’est.

Quand à croire que ce type de comportement peut être toléré parce que les thanatos ne sont pas au contact des familles, c’est que vous êtes très, très mal renseignée sur ce métier qui censément vous passionne. C’est gênant.

Parce que, même si vous n’avez pas le niveau suffisant pour ouvrir un livre (au hasard, « Pratique de la thanatopraxie » de Michel Guénanten et Michel Durigon), vous pouvez au moins faire des recherches approfondies sur Google et arriver avec un minimum de connaissances. Bon, il y a évidemment l’option qui consiste à décréter ce que vous voulez et à le poser sur les réseaux sociaux pour qu’on vous prémâche le travail, mais, curieusement, les gens réellement motivés ne font jamais ça.

Bref, vous l’aurez compris : ça suffit. Le funéraire n’a pas besoin de gamins capricieux qui veulent faire un métier original pour pouvoir faire leurs intéressants. Il a besoin de professionnels, et un professionnel commence toujours sa carrière par « Je ne sais rien. Apprenez-moi » en respectant les gens qui, eux, baignent dans ce milieu depuis des années, et, eux, savent.

Bref, en un mot, le funéraire recrute des gens qui ont été élevés, pas juste nourris.

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