Le tombeau des Askia, à Gao, au Mali

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1872

Tombe destinée à l’empereur Mohamed Aboubacar Sylla, le tombeau des Askia reflète la manière dont les traditions de construction locales, répondant à des besoins islamiques, ont su absorber des influences venues du nord de l’Afrique pour créer un style architectural unique dans tout le Sahel de l’Afrique de l’Ouest.

tombe-de-Askia-mohamed Le tombeau des Askia, à Gao, au MaliUne histoire du tombeau

Gao est l’une des anciennes villes d’Afrique au sud du Sahara. Probablement fondée à la fin du VIIe siècle, elle apparaît au XIe siècle dans les chroniques arabes sous le nom de Kaw Kaw. En 1137, elle devint la capitale de l’empire Songhaï.

La construction du tombeau est attribuée à Mohamed Aboubacar Sylla, neveu de Sonni Ali Ber, qui régna de 1464 à 1492 et étendit les limites de l’empire Songhaï par de nombreuses batailles contre les Touaregs nomades, les Peuls et les Mossi qui harcelaient les frontières de l’empire. À la mort de Sonni Ali Ber, son neveu Mohamed Aboubacar Sylla, connu sous le nom de Askia Mohamed, inaugura la dynastie des Askia.

Askia Mohamed a poursuivi les politiques expansionnistes de son oncle et agrandi l’empire jusqu’à la côte atlantique à l’ouest, jusqu’à l’Aïr au nord (aujourd’hui au Niger) et au sud jusqu’aux limites de la forêt. La prospérité de l’empire reposait sur le contrôle des routes transsahariennes au nord, des routes en provenance de la forêt au sud, et du négoce de l’or et du sel qui les traversait. L’empire était un successeur des empires plus anciens du Ghana et du Mali, qui ont eux aussi prospéré grâce au contrôle des précieuses routes marchandes.

On dit qu’Askia Mohamed, lorsqu’il traversa l’Égypte lors de son pèlerinage pour la Mecque, fut très impressionné par les pyramides et décida à son retour de construire un tombeau pyramidal. Cependant, on pourrait aussi penser que ce tombeau s’inscrit dans la tradition saharienne ancestrale de tumuli ou de tertres funéraires érigés sur les tombeaux dès le premier millénaire av. J.-C. Ce style pourrait aussi avoir été influencé par les minarets carrés, les escaliers à trois marches des zawiyas ibadites, ou sanctuaires sacrés, de la région du Mzab au sud de l’Algérie, un lien peut-être renforcé par les nombreux érudits ibadites qu’accueillit Askia Mohamed.

Sous le règne d’Askia Mohamed, l’empire Songhaï devint, avec Tombouctou, le centre intellectuel et religieux d’Afrique de l’Ouest, instaurant des liens culturels et commerciaux forts avec l’Afrique du Nord, l’Europe et le Moyen-Orient.

La chute de l’empire et les doutes

Des querelles internes et l’importance croissante des routes maritimes vers l’Afrique de l’Ouest au XVIe siècle a entraîné le déclin progressif de l’Empire. Au milieu du XIXe siècle, il était devenu un village de trois à quatre cent maisons, avec un seul monument restant : le tombeau des Askia.

Il y a débat quant à la question de savoir si Askia Mohamed a été enterré dans le tombeau à son décès en 1529. De l’avis général à Gao, son corps ne s’y trouve pas et il fut enterré totalement à l’écart du site.

Le tombeau semble avoir toujours été utilisé en tant que partie de la mosquée – on dit que le nom Askia Djira, littéralement la mosquée de l’Askia, fut le sien jusqu’à l’ère coloniale.

Dans les années 1960, la salle des prières pour les hommes fut jugée trop petite et fut agrandie. Deux nouvelles rangées de colonnes furent construites le long des quatre rangées d’origine. En 1975, le bâtiment fut encore agrandi pour englober le mihrab, isolé à l’origine dans la cour. Tous ces travaux furent effectués à l’aide des techniques et matériaux traditionnels et ils s’intègrent bien à l’original. Le plus grand changement du site est la construction en 1999 d’un grand mur d’enceinte en ciment, apparemment nécessaire pour garder le contrôle des usages du site.

Le Tombeau des Askia est un magnifique exemple de la façon dont les traditions locales ont adapté les exigences de l’Islam en créant une forme architecturale unique dans tout le Sahel d’Afrique de l’Ouest. Vestige le plus important et le mieux conservé du puissant et riche Empire Songhoy qui s’épanouit dans l’ouest de l’Afrique aux XVe et XVIe siècles, sa valeur repose également sur sa forme architecturale de tombeau/minaret, ses salles de prières, son cimetière et son espace pour les assemblées qui ont survécu et sont encore en activité. Sur le plan architectural, le Tombeau des Askia est un exemple éminent du style soudano-sahélien qui se caractérise par des formes arrondies résultant du renouvellement régulier de la couche d’enduit érodée à chaque hivernage par les pluies rares mais violentes. La forme pyramidale du tombeau, sa fonction de minaret central ainsi que la longueur et la forme des pièces de bois composant l’échafaudage permanent, apportent au Tombeau des Askia des caractéristiques architecturales uniques.

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