Le Tueur de l’Oise, un cas Secret-Démence

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Alain est flic, gendarme plus exactement. C’est même un gendarme modèle, bien noté de ses supérieurs, il fait partie du peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie, plus connu sous l’acronyme de PSIG.

Alain traque avec ses collègues depuis plus d’un an l’un des pires prédateurs qu’il soit. Un homme surnommé par la presse le tueur de l’Oise, ou le tueur fou de l’Oise. L’individu est soupçonné de plusieurs agressions, dont des homicides. Il tire sur des jeunes filles, piège des voitures. Une enquête palpitante pour ce jeune gendarme de 23 ans, commencer sa carrière sur un tueur en série, voilà de quoi montrer ses capacités et obtenir de l’avancement.

Surtout que le tueur de l’Oise est personnage à part, digne d’un roman, d’un film1, car son jeu favori c’est de provoquer les enquêteurs.

Tout a commencé par une nuit de mai 1978, une patrouille du PSIG est en maraude du côté de la forêt de Chantilly. Alain fait parti de cette mission, avec ses collègues ils vont découvrir une voiture abandonnée aux vitre brisées. Ce n’est pas la première fois qu’un véhicule volé est trouvé dans la région, mais celui-ci appartient à la femme d’un confrère, qui a laissé les clés sur le contact. En plus à l’intérieur les militaires tombent sur choses assez étonnantes ; des douilles, un mouchoir taché de sans, une cordelette, des mégots, une seringue hypodermique et non loin de la 504 Peugeot, un plan de préparation de braquage d’un bureau de poste dans une commune environnante. Ils sont stupéfaits, tous ces éléments les orientent vers une piste du grand banditisme. Mais comment peut-on laisser de tels indices ? Pourquoi ne pas les détruire ? Ne pas incendier le véhicule ?

Ces hommes se rendent-ils compte à ce moment là qu’ils viennent de mettre la main sur la première pièce d’un puzzle qui les mènera sur une longue traque ?

Deux mois plus tard, mai 1978, Karine sort du cinéma, une voiture, une Renault 12 de couleur grenat ralenti, plusieurs coups de feu retentissent, la jeune fille est légèrement blessée. Grace aux témoignages, les gendarmes retrouvent la trace du véhicule, il a été volé lui aussi, comme la 504 de Chantilly. La balistique est formelle, l’arme utilisée par le tireur est un Beretta 9 millimètre, une arme assez rare, aimée des collectionneurs et militaires.

Dix jours après cette agression un gardien de la paix repère une voiture stationnée du mauvais coté, il se dirige vers le véhicule, remarque qu’il n’est pas fermé à clé, ouvre la portière, la voiture explose, il ne doit la vie qu’au réflexe de s’être jeté à terre. Un fil relié au plafonnier de la voiture, l’explosif : du désherbant. Une méthode plus qu’artisanale.

Personne ne peut encore faire le lien entre ses trois affaires, gendarmerie et police enquêtent chacune de leur coté.

Il faudra une lettre anonyme où l’auteur revendique le piégeage de la R12, il prouve son acte en envoyant la carte grise du véhicule. Mais surtout il s’accuse aussi de l’agression de Karine, et conclue son courrier par cette phrase : Karine me connaît mais elle ne pourra jamais faire le rapprochement. Une fille de 17 ans, qui déambule la nuit, est une cible que j’affectionne particulièrement. La prochaine fois je viserai le cœur

Que cela soit du côté de la police où de la gendarmerie, l’enquête avance doucement, seul un prélèvement d’empreintes réussi à prouver que c’est la même personne qui a utilisé la Peugeot de Chantilly et la Renault 12.

Le 16 novembre 1978, une jeune cycliste est percutée volontairement par une 504 volée. Le chauffard prend la fuite. C’est Alain, avec un de ses collègues, qui quelques jours plus tard retrouve le véhicule abandonné. Lorsque le binôme de Lamare ouvre la portière, le véhicule — piégé — explose, le gendarme est légèrement blessé. Malgré l’état du véhicule, on arrive à récupérer des empreintes utilisables, se sont les même que pour l’affaire de la 504 de Chantilly…

3 semaines plus tard, début décembre, Yolande, seulement âgée de 19 ans est retrouvée agonisante près de l’hippodrome de Chantilly, on lui a tiré à plusieurs reprises dessus. Avant de décédée elle déclare avoir été prise en stop à Pont-Sainte-Maxence par un homme conduisant une GS bleue. La balistique est formelle, c’est la même arme que celle utilisée lors de l’agression de Karine.

La tension monte d’un cran au sein de forces de l’ordre, l’homme se joue d’eux, les provoquant, piégeant les véhicules, récidivant dés qu’il le peut.

Nous sommes le 29 décembre, toujours en 1978, un jeune homme à l’air sympathique conduisant une 504 verte, s’arrête aux abords de Compiègne pour prendre une jeune femme en stop. Ils roulent depuis peu quand l’homme lui déclare : Je vais te faire mal ! Il sort une arme et tire à trois reprises sur la passagère, qui n’écoutant que son sang-froid, ouvre la portière et saute du véhicule en marche.

Dés la découverte rapide de la victime — qui restera paralysée suite à sa chute — des barrages sont dressés, les forces de l’ordre ont une chance pouvoir intercepter le tueur fou de l’Oise. Au bout de quelques heures le véhicule recherché apparaît, le conducteur n’hésite pas un seul instant, il force le barrage, un course poursuite s’engage, mais la chance est du côté du tueur, il franchit in extremis une voie ferrée, le train arrive, les flics sont coincés…

La voiture est retrouvée quelques heures plus tard, elle est embourbée, le conducteur à du continuer sa fuite à pied. Mais une fois de plus, la chance lui souri, les fortes précipitations freinent les recherches, il parvient à échapper aux mailles du filet.

Quelques jours plus tard les gendarmes reçoivent un courrier du fuyard : « Méfiez-vous de l’animal traqué et blessé, il peut devenir très dangereux. Je n’ai rien à perdre et je vais le prouver. (…) Je suis habitué au sang et à l’horreur et je vais vous en faire profiter. »

La tension est plus que palpable, chacun s’attendant au pire, chaque gendarme, chaque policier est sur le qui-vive, s’attendant au pire. Pour une de ses toutes premières affaires, Alain est vernis.

Mais les semaines passent sans que rien de nouveau se produise, le calme revient doucement jusqu’à cette date du 17 mars 1979, où là on rentre dans le grand n’importe quoi, une scène digne d’un film d’Audiard. Georges Gorce, ancien ministre, maire de Rambouillet en poste se fait voler sa voiture. Le voleur tombe en panne sur l’autoroute, dépanné par deux CRS qui reconnaissent le véhicule, il affirme — avec un sang froid à toute épreuve, et partant du principe que plus c’est gros, plus ça passe — être le fils de l’élu.

Mais à trop jouer avec la provocation on prend des risques, c’est ce qui vient de se produire, lorsque les deux CRS apprennent le vol du véhicule, que l’on se demande si cet homme ne pourrait pas être l’individu recherché, un portrait robot est établi.

Nous sommes en 1979, l’information ne circule pas aussi facilement que de nos jours, il faut un peu plus de deux semaines pour tous les commissariats et gendarmeries de France disposent du portrait robot.

Claude Morel, un gendarme, observe l’avis de recherche, il est étonné de la ressemblance avec l’un de ses jeunes collègues : Alain Lamare, mais Alain est lui-même sur cette affaire. Il ne peut décemment faire part de ses doutes à ses supérieurs, et surtout, personne d’autre n’a l’air d’avoir remarqué ce « faux air ». Mais l’instinct du flic est en lui, alors, en solitaire et discrètement il va faire sa petite enquête. Il compare les lettres anonymes et les rapports de son équipier, c’est la même écriture, et il sait aussi qu’Alain est collectionneur d’armes. Le militaire doute.

Au bout de quatre jour Morel se décide de parler à son supérieur hiérarchique, le capitaine Pineau. Celui-ci demande des vérifications sur l’emploi du temps de Lamare : à chaque manifestation du tueur le jeune gendarme est en repos.

On vérifie ensuite les procès-verbaux, à chaque fois c’est Lamare qui a découvert les véhicules volés mais jamais il n’en a touché un seul, laissant un compagnon d’arme être blessé.

Il faut arrêter Lamare, mais étant en patrouille il est armé, il faut donc lui tendre un piège pour éviter un bain de sang. S’il est vraiment le tueur recherché il est dangereux.

On mobilise un maximum d’hommes dont Alain Lamare fait parti, pour évacuer campement de gens du voyage. Afin que tout se déroule dans le calme, on demande aux gendarmes qui vont entrer dans le camp de poser leurs armes en signe d’apaisement. Dés que Lamare obéi à l’injonction, il est ceinturé.

Placé en garde à vue, il nie les faits qui lui sont reproché.

Son domicile est perquisitionné en sa présence, des pièces à charge sont découvertes : Cartes de la région avec les emplacements des méfaits, et diverses autres preuves.

L’homme ne peut plus mentir, une transformation s’opère, lui si calme il y a encore quelques minutes, entre dans une fureur noire et hurle aux visages de ses collègues : « Vous avez bien fait de me menotter, sinon je vous aurais tous abattus ! »

Les gendarmes trouvent un carnet où sont inscrits leurs noms sur une liste de personnes à abattre.

Aucun ne veut croire que le tueur fou de l’Oise soit un des leurs, un jeune gendarme que l’armée voyait il y a peu comme un très bon élément, plein d’avenir. Incompréhensible.

Pour éviter la honte sur le corps d’armée, on lui demande de signer sa démission, ce qu’il accepte de faire, mais cette démission sera annulée plus tard.

Suite à plusieurs expertises et contre-expertises, Alain lamare sera diagnostiqué comme héboïdophrénie, une psychopathologie du groupe des schizophrénies, pour simplifier, on explique que l’homme est attend d’un syndrome dissociatif, comme s’il pouvait couper le côté « mal » en compagnie de ses collègues afin de ne déclencher aucun doute en eux.

Alain Lamare ne comparaitra jamais devant la justice, une ordonnance de non-lieu est rendue en 1983.

Déclaré irresponsable2, il est placé jusqu’en 2011 en UMD (unité malades difficiles) au CHS (centre hospitalier spécialisé) de Sarreguemines. Il a rejoint depuis un CHS du côté de Fruges dans sa région natale.

Stanislas Petrosky
L’atelier Mosésu

1 La prochaine fois je viserai le cœur un film de Cédric Anger sorti en 204

2 Le courrier Picard

Autres sources utilisées :

  • Faites entrer l’accusé de Christophe Hondelatte
  • Le grand livre des faits divers de Nathalie Weil et Didier Roth-Bettoni, éditions hors Collections.

 

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