Le Vampire du Cimetière Montparnasse

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Pour illustrer notre sympathique article de vendredi dernier, voici un non moins sympathique article sur le sympathique Sergent Bertrand, plus connu sur le non moins sympathique sobriquet de « Vampire de Montparnasse ». On souhaite une sympathique lecture.

Tout commence…

… à l’été 1848, lorsque des corps sont découverts dans un cimetière. Si ceci n’a rien d’extraordinaire, il est important de signaler que ceux-ci sont exhumés et mutilés. Rapidement, la presse s’empare de l’affaire, et affuble le ou les profanateurs du sobriquet de « Vampire du Montparnasse ».

Et l’inconnu nargue la police en paraissant insaisissable. Si son terrain de chasse préféré est le cimetière du Montparnasse, il ne dédaigne pas de temps à autre une excursion au Père Lachaise.

Ses victimes présentent toutes le même profil : des jeunes femmes récemment inhumées. Il n’est pas en manque : l’espérance de vie était beaucoup plus basse qu’à l’époque, et nombre de maladies répandues et mortelles.

Les crimes sont particulièrement sordides : dénudés, les corps présentent des traces de tortures, sont très souvent mutilés, et à de nombreuses reprises, on retrouve de la semence, supposant le viol. La rage du Vampire est telle qu’un corps sera entièrement démembré et retrouvé dispersé dans tout le cimetière du Père Lachaise.

Le piège

Sur les dents, la police multiplie les patrouilles, sans jamais parvenir à coincer l’homme. Ils décident alors d’installer une « machine infernale », des fils de fer reliés à une machine tirant de la mitraille. Le Vampire est touché, alors qu’une patrouille passe à proximité, et parvient à s’échapper de peu.

Quelques jours plus tard, la police militaire annonce avoir procédé à une arrestation, celle d’un militaire revenu d’une sortie nocturne et présentant des blessures par mitrailles pour lesquelles il n’a pas su produire d’explication satisfaisante.

Il est hospitalisé au Val de Grâce, aux bons soins d’un médecin militaire, le Docteur Marchal de Calvi. Le vampire s’appelle François Bertrand, sergent de l’armée de terre.

Le procès

Le Sergent Bertrand est déféré devant un conseil de guerre, sorte de cour martiale, pour « atteinte à l’intégrité de cadavres ». L’armée souhaite en effet ne pas donner trop de publicité à l’affaire, et régler ça en interne.

Le Docteur Marchal de Calvi défend bec et ongle la cause du Sergent Bertrand. Pour lui, l’homme est un « malade irresponsable, qu’il convient de soigner et non de punir ». Mais rien à faire : l’armée ne veut pas être soupçonnée, vu le retentissement public de l’affaire et son insistance pour que le Segent ne soit pas jugé par un tribunal civil, de favoritisme.

Le Sergent Bertrand est donc condamné à la peine maximum… un an de prison, pour « violation de sépulture ». le juge ne retient aucun élément d’ordre sexuel, ni même le viol, puisque ce dernier ne peut être considéré que sur une personne « non consentante » et que les cadavres ne manifestent pas leur opposition…

L’après

Après avoir purgé sa peine, le Sergent Bertrand fut réintégré dans l’armée : il est intégré dans le deuxième bataillon d’infanterie légère d’Afrique, chargé de construire des routes en Algérie, puis rentre dans la vie civile. En 1856, il se marie au Havre et effectue de nombreux petits boulots: commis, facteur, gardien de phare.

Il se marie au Havre et semble se tenir tranquille. Cependant, certains historiens lui attribuent deux violations de sépulture commises dans cette ville en 1867 et 1869. Son nom ne fut même pas évoqué dans les enquêtes.

Le Sergent Bertrand dans la psychiatrie

L’étrangeté du cas du sergent Bertrand, et surtout le fait que le conseil de guerre qui a jugé ce soldat n’ait pas suivi le Dr Marchal de Calvi dans son argumentation en faveur d’une pathologie caractérisée par une « monomanie destructive » compliquée de « monomanie érotique », a provoqué l’indignation unanime des médecins aliénistes de l’époque. Certains ont exprimé leur point de vue par des articles savants parus dans des revues médicales : Henri de Castelnau, Alexandre Brierre de Boismont, Claude-François Michéa, Félix Jacquot, Ludger Lunier. Brierre de Boismont, et Michéa ont, à cette occasion, situé la nécrophilie parmi d’autres « déviations maladives de l’appétit vénérien » et Michéa s’est employé à les classer.

Richard von Krafft-Ebing, dans son livre Psychopathia sexualis, s’appuie sur le cas du Sergent Bertrand pour définir la nécrophilie. La plupart des pathologies sexuelles sont décrites et nommés pour la première fois dans ce livre dont la nomenclature est toujours d’usage aujourd’hui. On peut dire que le Sergent Bertrand a contribué à sa façon au rayonnement de la France dans la science.

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