L’enlèvement posthume de Charlie Chaplin

0
4136

1978 : un an après sa mort, Charles Chaplin repose à Corsier-sur-Vevey, une commune du canton de Vaud, en Suisse. Tout à coup, des coups de pelle résonnent dans la nuit paisible : on est en train de kidnapper le corps de Charlot…

topelement-190x300 L'enlèvement posthume de Charlie ChaplinCharlot est mort

Après une vie d’errance, le britannique Charles Chaplin avait quitté les États-Unis, accusé de sympathies communistes par les tenants du Maccarthysme, et avait fini par poser ses valises en Suisse. Touché depuis les années 50 par des AVC à répétition, sa santé n’avait pas cessé de décliner durant ces trente dernières années, et les derniers mois de sa vie, il demandait une attention de tous les instants. Le 25 décembre 1977, à 88 ans, Charles Chaplin mourut d’un AVC et Charlot entra dans l’éternité.

Il fut inhumé à Corsier-sur-Vevey, en Suisse, ou ses pérégrinations l’avaient mené, et ou toute sa famille s’était installée. Réconcilié avec les Etats-unis, il n’avait pas souhaité retourner à Los Angeles, et choisi le calme de la montage Helvétique.

Parce qu’après une vie privée compliquée et une vie publique agitée, Charlot cherchait du calme et du repos. On peut dire qu’il allait être déçu à titre posthume.

On a volé Charlot

Le 2 mars 1978, la police Suisse est désemparée, principalement les inspecteurs de ce canton pourtant particulièrement calme, même selon les critères Suisse. Ils sont devant la tombe de Charles Chaplin, considéré depuis sa mort comme le plus grand symbole connu du cinéma, ladite tombe est béante, et surtout, vide.

Et, alentours, nul indice, excepté une trace de pneu. On a donc enlevé le cercueil de Chaplin, mais qui, et dans quel but, mystère. Les premières pistes s’orientent vers des fanatiques fous de l’acteur, réalisateur, scénariste, producteur, et musicien sur son temps libre.

Piste vite éludée : le lendemain, 3 mars, un appel téléphonique d’un dénommé Rochas réclame un million de francs Suisse (environ 800 000 euros) pour indiquer l’endroit ou ils ont caché Charlot.

Les tractations débutent, entre les ravisseurs et la famille Chaplin, dont les enquêteurs souligneront plus tard la dignité et le sang-froid durant cette période difficile, sous les yeux des policiers, qui finissent par céder au découragement, jusque y compris le juge nommé pour conduire l’enquête.

Mais les policiers Suisse ont un atout, l’inspecteur principal adjoint Jean Paccaud. Ce dernier décide de secouer le juge, de botter les séants de tous les policiers du canton, et, puisque les appels sont toujours passé depuis une cabine téléphonique du secteur, il met sous surveillance les cabines du canton, au nombre de 240.

chaplin L'enlèvement posthume de Charlie Chaplin

On a retrouvé Charlot

Et ça paie. Un certain Roman Wardas, réfugié Polonais, est arrêté alors qu’il appelle l’avocat de la famille Chaplin. Manifestement épuisé moralement par ces deux mois, l’homme balance son complice, Gantscho Ganey, un Bulgare faisant office de muscles dans ce plan dont Wardas était le cerveau.

Les deux compères se mettent à table, et racontent comment ils ont déterré le cercueil de Chaplin, l’ont chargé dans leur break, et l’ont enterré dans un champ à Noville, au bout du Lac Leman. Ils conduisent les policier sur place. Problème : dans leur nervosité, ils ont omis de prendre des points de repère précis, et, entre temps, la végétation a changé.

Toute une brigade de police, armée de sondes, de pioches et de détecteurs de mines parcours le champ, à la nuit tombée pour éviter les regards indiscrets.

Ils finissent par retrouver le cercueil, plein d’eau, et le corps de Chaplin, peu avant minuit. Le procureur se charge de l’identifier. Il dira plus tard que le cinéaste avait « l’air contrarié ».

charlie_chaplin_everything_is_a_gag-300x300 L'enlèvement posthume de Charlie Chaplin
Charles Chaplin à 87 ans « A la fin, tout est un gag »

Quelques temps plus tard, Wardas est condamné à quatre ans de prison, Ganey à 18 mois. Charlot a été ré-inhumé dan son cimetière d’origine, sous une plaque de béton de deux mètres d’épaisseur.

Sur le cimetière éphémère où défilèrent dans les mois qui suivirent des centaines de visiteurs, une stèle fut dressée par des amis inconnus de Charlot. Elle est toujours là. Au pied d’une croix, on peut lire cet hommage émouvant: «En ce lieu paisible a reposé en paix Charly Chaplin, mars 1978.» Charlie est devenu Charly. On pourrait voir là le signe d’une adoption définitive de la part du peuple vaudois qui avait laissé à Charlot, de son vivant, la tranquillité dont il rêvait.

Guillaume Bailly

LAISSER UNE RÉPONSE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.