Les Assises du funéraire : Le vécu du deuil

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Hier, 3 octobre, nous nous sommes rendus au palais du Luxembourg pour assister aux premières Assises du Funéraire en France. Cet évènement était organisé par la CSNAF, la Chambre syndicale Nationale de l’Art Funéraire présentée et présidée par Aubin de Magnienville, de la secrétaire générale Anne Tourres et d’un membre de la chambre Marc Manzini. Leur constat est simple, la société aujourd’hui cherche à occulter le deuil, pourtant chacun est ou sera confronté à cette épreuve dans le cours de sa vie. Au delà du réconfort premier qu’apportent les professionnels du funéraire puisqu’ils apparaissent en premières lignes après l’annonce du décès, l’étude tend à nous interroger sur la responsabilité de chacun sur la manière dont on gère le deuil en France aujourd’hui et sur l’intégration de celui-ci dans le collectif.

assises-du-funeraire-2-300x225 Les Assises du funéraire : Le vécu du deuilL’étude du CREDOC a été présenté par Pascale Hébel, directrice du département consommation du CREDOC, Thierry Mathé sociologue et a été commentée par Tanguy Châtel sociologue. Cette étude se scinde en deux grandes étapes; quantitatives et qualitatives. Sur les 3 000 français interrogés par internet, 28 personnes ont été sollicités pour des entretiens sur leur propre vécu du deuil. Le panel de cette échantillon va de 18 ans et plus, alors qu’auparavant les études qui pouvaient être réalisées sur le sujet ne commençaient pas avant 40 ans. Cette étude met en perspective deux angles ; L’organisation des obsèques et le vécu du deuil.

Le premier chiffre qui est mis en relief ce sont les 42% de personnes qui se disent encore en situation de deuil aujourd’hui et qui, ainsi, auraient vécu un deuil marquant. Sur cet échantillon précis, certains ont vécu un deuil marquant, c’est-à-dire avec des conséquences aiguës,  longues, intenses et diverses. L’étude met en perspective le poids du vécu du deuil comme lien avec les causes du décès mais aussi ses impacts psycho-sociaux, affectifs et professionnels.

Sur ces 42%, c’est la population des 45-54 ans qui est la plus impactée par le deuil, ce qui semble normal au vue de l’âge des personnes et donc du lien direct avec celui des personnes décédés. En revanche ce que l’étude met en exergue ce sont les 31% de jeunes – 18-34 ans- qui se sentent encore en deuil. Pour 58 % des personnes interrogées, le deuil dure moins de 5 ans, mais elles sont encore 31% à vivre le deuil de 5 à 10 ans après le décès d’une personnes et 12% à le ressentir au-delà de 20 ans.

Les conclusions révèlent sans grande surprise que la première année qui suit le décès est la plus difficile mais que néanmoins il peut y avoir une période de latence, avec une résurgence au bout de 6 mois. Les hommes sont d’ailleurs plus enclins à commencer leur travail de deuil dès la première année, tandis que les femmes ne la débutent qu’à partir de la seconde.  L’effet de sidération passée, le deuil peut commencer, et parfois cela ne peut arriver que 3 ans après. De la même manière pour certaines personnes, le deuil ne se termine jamais.

Le but de cette étude est de montrer que le silence autour du deuil, qui est probablement dû au tabou autour de la mort, ne correspond pas à la réalité. Des questions d’ordre éthique se posent, le deuil est-il une affaire privée ? Est-on dans une pudeur excessive ou au contraire est-ce au même titre que la question s’est posée pour le suicide, une question de société, un évènement privé de la vie collective ?

Les causes comme facteurs de deuil

L’impact du deuil dépend évidemment de la proximité de la personne avec laquelle on entretenait une relation, ainsi nous apprenons en bonne place -13%- que les amis constituent un des deuils marquants de notre vie au même titre qu’un membre de sa famille.

En ce qui concerne les causes du décès, dans 46% des cas, les maladies longues représentent le facteur qui va impacter le plus fortement le deuil. Mais elles constituent également une grande ambivalence puisqu’à la douleur s’ajoute le soulagement face à la souffrance éprouvée par le malade durant la fin de sa vie. La mort qui survient après une longue maladie provoque un bouleversement dans la vie du survivant. Il doit tisser de nouveaux liens, parfois plus forts avec les membres de sa famille et s’installer dans la séparation.

Un point trés important de l’étude montre l’importance du palliatif. En effet, nous nous apercevons que plus la personne a été entourée dans sa fin de vie, mieux est vécu le deuil, car le temps de la séparation a été pensé. Les gens vivent le deuil dans la continuité, les conditions de vie ont donc un impact sur le vécu du deuil, c’est un angle de réflexion sur la manière dont nous vivons, et donc de la manière dont nous mourrons. Il ne faut pas oublier que 6 personnes sur 10 meurent à l’hôpital et 1 sur 10 en maison de retraite.

Le concept de « bonne mort » est également remis en question. La bonne mort étant souvent considérée comme une crise cardiaque ou en tout cas une mort instantanée, et surtout sans souffrance. Or on s’aperçoit que si la bonne mort est plébiscitée par les individus, elle est trés mal vécue par les survivants. Le deuil en revanche est plus marquant pour les personnes qui ont vu un être cher décédé d’une mort instantanée mais elle dure également moins longtemps.

De quelles manières vit-on le deuil ? 

Un des grands points de cette étude se concentre sur les obsèques. En effet sur le panel interrogé, 92% des personnes participent aux obsèques et près de la moitié d’entres elles vont y prendre part active.

Demain nous reviendrons en détails sur cette partie essentielle du vécu du deuil, comment le fait de participer aux obsèques peut-il impacter le deuil ? Dans le reste de la semaine, nous nous intéresserons également aux conséquences du deuil sur les individus de quelque nature que ce soit. Puis je vous présenterai chaque intervenant de la table ronde et le regard que chacun porte sur la société d’aujourd’hui et sur la manière dont elle gère, traite et ignore le deuil. Nous aurons ainsi le plaisir de découvrir les mises en perspectives pluridisciplinaires de:

  • Christophe Fauré, psychiatre, auteur de « Vivre le deuil au jour le jour »
  • Claude Le Pen, économiste de la santé, professeur à l’Université Paris-Dauphine-   –
  • François Michaud-Nérard, directeur des Services funéraires de la ville de Paris
  • Nathalie Vallet-Renart, présidente du cabinet de ressources humaines Aldhafera, cofondatrice et directrice d’ « Entreprise et Cancer »
  • Damien Le Guay, philosophe

Source : Etude CREDOC 2016.

La suite de la chronique : https://www.funeraire-info.fr/assises-du-funeraire-les-consequences-sur-lendeuille-64904/

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