Les catacombes de Paris, ossuaire municipal

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Les catacombes de Paris : derrière ce nom et cette légende, se cache une histoire bien pragmatique. Petite révision avant visite…

Inscrption-catacombes-300x199 Les catacombes de Paris, ossuaire municipalDes mines…

Profondes de 5 à 30 m , les anciennes carrières de gypse et de calcaire s’étendent sous presque toute la capitale. Leur exploitation industrielle débuta au 12ème siècle pour fournir la matière première nécessaire à la construction de Paris. Lentement, le sous-sol va être vidé de sa substance de façon totalement anarchique, les carriers ne prenant pas la peine de consolider ou de remblayer les carrières abandonnées. La présence de ces vides va alors constituer un véritable danger pour les personnes et les biens en surface. Ainsi en 1774 un impressionnant effondrement se produisit rue d’Enfert et des immeubles furent détruits.

Pour remédier à ce problème, l’Inspection Générale des Carrières (IGC) fut créée en 1777. Sa mission était de répertorier et de consolider tous les vides de carrières situés sous les lieux publics de la capitale. La consolidation des terrains sous-minés privés étant de la responsabilité des propriétaires. Le travail à accomplir était colossal car aucun plan des anciennes exploitations n’existait. La méthode retenue consista à creuser des galeries d’inspection sous chacune des rues. Chaque fois qu’une carrière était découverte, elle était aussitôt comblée ou consolidée. Ce sont ces galeries que l’on peut toujours parcourir aujourd’hui.

… Aux catacombes

Début 1780, de curieux phénomènes sont signalés dans les caves environnantes des Innocents : les exhalaisons provenant de la décomposition des cadavres sont si importantes qu’elles filtrent à travers les murs et éteignent les chandelles de suif. Il est alors décidé d’enduire de chaux les murs des caves du quartier. Mais le 30 mai de la même année, un incident spectaculaire marque la gravité du problème et entraîne enfin une prise de décision : le mur d’une cave de la rue de la Lingerie, contiguë au cimetière, cède sous la pression des milliers de cadavres contenus dans une fosse commune.

Par ailleurs, une raison économique contribue à accélérer le choix de la fermeture : la ville manque de marchés, celui des Halles manque de place et vient buter contre le mur du cimetière. C’est donc l’occasion de réaménager le cœur économique de la capitale et d’améliorer la circulation dans un quartier très encombré de jour comme de nuit.

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Mais si les inhumations sont à nouveau interdites dans Paris intra-muros, aucune solution n’est en revanche trouvée concernant les émanations issues des cimetières désaffectés.

En 1782, un projet anonyme publié à Londres et présenté aux autorités de la Ville de Paris ainsi qu’aux ecclésiastiques propose une solution originale au problème : s’inspirant des nécropoles souterraines antiques, cet opuscule anonyme en vente dans les magasins de nouveauté suggère de profiter des consolidations réalisées depuis plusieurs années par l’inspection générale des carrières pour installer un ossuaire dans une ancienne carrière souterraine. L’auteur détaille même son idée : il imagine d’enduire les corps d’une sorte de résine pour ralentir la putréfaction et d’installer en sous-sol un atelier d’embaumement ou un séchoir à cadavres. La température constante en sous-sol serait judicieusement exploitée pour la conservation des corps éventuellement embaumés, technique utilisée avec succès dans les catacombes capucines de Palerme. Au-delà du seul transfert des ossements, l’auteur imagine dans un but philanthropique d’entreposer directement sous terre les corps après traitement, ce qui économiserait ainsi aux familles, les dispendieux frais de cercueil et de pierre tombale. Enfin, la santé des employés d’un tel lieu est également prise en compte : il propose de recouvrir les cadavres d’une épaisse couche de glaise ou de bitume, afin d’éviter une atmosphère trop méphitique.

Après de multiples débats, le projet est finalement approuvé. Le préfet de police Lenoir envisage alors le transfert à l’extérieur de Paris des ossements contenus dans le cimetière des Innocents. L’aménagement à cette fin des carrières souterraines de la Tombe-Issoire, situées sous la plaine de Montrouge au-delà de la barrière d’Enfer au sud de la capitale, lui semble parfaitement convenir. La municipalité et les autorités religieuses décident de réaliser dès 1785 les premiers aménagements. Afin de ne pas froisser la susceptibilité de grandes familles qui possèdent des sépultures aux Innocents, un espace réservé et clos de murs, dit clos de la Tombe-Issoire, est aménagé afin d’exposer les pierres tombales ouvragées ainsi que les plus beaux monuments funéraires présents sur la rive droite. Le terrain en surface au-dessus du futur ossuaire appartient depuis le Moyen Âge à la communauté de Saint-Jean-de-Latran, qui possède déjà de longue date dans son sous-sol d’un caveau destiné à recevoir les corps des chevaliers templiers.

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Un arrêt du Conseil d’État du 9 novembre 1785 décide la suppression du cimetière des Innocents avec évacuation des ossements, puis son réaménagement en marché public. Le nom de Catacombes est donné aux carrières aménagées, par analogie avec les anciennes nécropoles souterraines de Rome, même si les lieux n’ont jamais servi de sépulture directe et n’ont aucun caractère sacré. Durant toute son existence, plus de deux millions de parisiens sont inhumés au cimetière des Innocents.

ParisCatacombes03-300x200 Les catacombes de Paris, ossuaire municipalD’hier et d’aujourd’hui

Dès leur création, les Catacombes suscitent la curiosité. En 1787, le premier visiteur, le comte d’Artois, futur Charles X, y descend en compagnie de dames de la Cour. L’année suivante, on mentionne la visite de Madame de Polignac et Madame de Guiche. Mais il faut attendre 1806 pour que les premières visites publiques soient organisées ; celles-ci ne s’opèrent qu’à des dates irrégulières pour de rares privilégiés. Jusqu’en 1972, la visite se fait avec une bougie selon un parcours connaissant quelques modifications. Enfin, l’électricité est tardivement installée en 1983, pour des raisons liées à la conservation des ossements. À partir de 1983, la gestion du site est transférée de l’inspection générale des carrières à la direction des affaires culturelles de la Ville de Paris. En mai 2002, les Catacombes deviennent officiellement un site consacré à l’histoire et à la mémoire de la capitale, géré par le musée Carnavalet.

Quelques infos :

En 2008, l’ossuaire municipal de Paris a accueilli près de 240 000 visiteurs.
La longueur totale des galeries d’inspection est de 285 km. On distingue plusieurs réseaux indépendants.
  • Le réseau du XIIème arrondissement qui n’a que 350 mètres de galeries.
  • Le groupe de Passy-Chaillot constitué par un grand nombre d’exploitations non reliées les unes aux autres et qui représente 7 kilomètres de galeries.
  • Le réseau du XIIIème arrondissement qui représente 25 km de galeries.
  • le réseau du Vème, VIème, XIVème, et XVème arrondissements, appelé aussi Grand Réseau Sud, qui représente un ensemble remarquable avec souvent deux étages de galeries superposées et qui a un développement de 100 km.

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