Les marches blanches contre la noirceur

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La première Marche Blanche, Bruxelles, 1996

Les marches blanches se multiplient : souvent à l’occasion d’un événement tragique, ces mobilisations silencieuses sont très médiatisées. Mais pour quel résultat ?

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La marche blanche pour Fiona a été organisée très rapidement grâce aux réseaux sociaux

L’actualité l’a encore montrée récemment : la tragique disparition de la petite Fiona, présumée morte sous les coups de sa mère et son beau père (1), a suscité une intense émotion, qui s’est traduite par une marche blanche. Ces phénomènes, qui ressemblent à mais ne sont pas des manifestations, ont ils une utilité autre que la catharsis ?

Marche blanche ?

La première marche blanche est relativement récente, puisqu’elle date de 1996, en Belgique. A l’époque, le pays est en pleine affaire Dutroux, et chaque jour apporte son lot de révélations, rumeurs, scandales.

Mise sur pied en deux semaines par les parents des victimes de Marc Dutroux, cette marche trouva son nom dans la couleur blanche choisie par les organisateurs pour les participants, symbole de neutralité, de dignité, d’espoir et d’innocence. Le blanc désignait aussi bien la pureté des enfants victimes que l’union des communautés Flamandes et Wallonnes, par delà leurs clivages, s’unissaient pour protester contre la pédophilie. Ce jour là, 650 000 personnes venues de toute la Belgique défilèrent en silence.

Le cortège impressionnant, la dignité et la retenue des parents de victime qui ouvraient la marche firent de ce mouvement un symbole, qui devint un terme générique, un peu à tort et à travers. Mais aujourd’hui, globalement, on désigne sous le nom de « marche blanche » une manifestation silencieuse, provoquée par un événement dramatique, qui proteste sans revendication ni slogans. Une marche blanche marque un problème, mais demander une solution précise à ce problème change son statut en celui de manifestation. Une marche banche est censée rester neutre politiquement : ainsi, une marche blanche ou des élus ou candidats à une élection seraient présents perdrait de sa force.

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La première Marche Blanche, Bruxelles, 1996

Catharsis

La marche blanche a une double utilité, plus ou moins consciente : le deuil et le reproche.

Comme nous l’expliquions, la marche blanche n’est pas revendicative. Ainsi, la marche blanche de 1996 a trouvé son impact renforcé par le fait qu’elle ne demandait rien. Demander telle ou telle peine pour Dutroux, et les pédophiles en général, serait revenu à faire une « simple » manifestation en faveur de cette peine.

La foule silencieuse qui défile a une allure de reproche. Reproche à personne en particulier, mais à tous les coupables en général. La marche blanche de Bruxelles devait faire honte, honte aux politiques, gouvernants de l’époque ou passés qui avaient échoué à empêcher cela, honte à tous ceux qui auraient pu, à leur niveau, détecter et stopper le pédophile, voire honte à Dutroux lui-même.

Elle est aussi une catharsis très forte dans le processus de deuil. La marche blanche, maintenant aidée par les réseaux sociaux, se mobilise vite et fort. Et ces anonymes, pour reprendre la terminologie journalistique, ensemble, se rassérènent. L’effet de masse des marches blanches permet aux personnes touchés par les drames qu’elles soulignent de se sentir moins seules dans leur vécu du drame. Elles permettent aussi aux familles de se sentir entourées, portées par un élan populaire. Maigre et éphémère consolation, mais toujours bonne à prendre, dans ce long parcours semé d’obstacles qu’est le deuil d’un proche enlevé dans des circonstances brutales.

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Les marches blanches ne revendiquent pas, elles dénoncent un fait injuste avec des messages clairs

Les marches blanches contre la noirceur

Ces marches blanches, en dehors du mélange de chaleur humaine et de colère froide qu’elles expriment ont elles une quelconque utilité ?

L’on pourrait être tenté de dire oui, pour certains exemples, qui ont débouché sur des lois, ou des réformes importantes. Mais en réalité, elles n’ont aucune porté concrète. L’affaire Dutroux avait été un tel scandale, en Belgique, et avait eu une telle portée dans l’opinion publique, que les conséquences, démissions de responsables, etc auraient certainement eu lieu de toute manière.

Quand à la honte… Disons, pour être modérés, que l’on doute que Marc Dutroux, qui s’est récemment plaint de la médiocre qualité des frites en prison, soit capable d’en éprouver. De même pour une mère qui a versé des larmes de crocodiles devant les caméras après avoir caché le corps de sa fille. Et tant d’autres exemples.

Sans revendications, sans mouvement suivi, ces marches blanches semblent vaines, juste une collectivisation de la Méthode Coué. Mais la méthode Coué marche, parfois, et, si au final, il ne reste de ces mouvements que des moments d’humanité, c’est déjà finalement beaucoup, comme une flamme pour dissiper la noirceur du monde.

(1) Non pas que nous mettions quoi que ce soit en doute, mais à ce jour, seule une autopsie permettra d’avoir l’entière vérité sur toute l’histoire.

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