Les pompes funèbres, c’est capital sur M6

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L’émission de M6 Capital a consacré hier soir une éditions complète sur le marché de la mort. Après visionnage et re-visionnage, on en fait le débriefing, plutôt positif.

Thomas-Sotto-Capital-300x202 Les pompes funèbres, c'est capital sur M6Les réseaux sociaux donnaient l’impression, hier soir, que tous les professionnels du funéraire étaient devant leur poste de télévision. L’ensemble du sommaire a intéressé une moyenne de 2.90 millions de téléspectateurs, pour 11.4% du public présent devant son poste entre 20h57 et 23h03. Il faut dire que l’émission était variée dans ses sujets : des Obsèques Low Cost aux familles brouillées pour un héritage, en passant par les funérailles d’animaux et la vente en viager, le sommaire était parfaitement réparti entre sujets concernant et pastilles décalées.

Critiques à plus d’un titre

Le principal reproche que l’on pourra faire à l’émission, finalement, c’est son titre. « Vous mourez, ils en profitent » a peut être une connotation allusivement péjorative. Les professionnels sensibles à la réputation de vautours qui plane autour d’eux ne s’y sont pas trompés. « Vous mourez, ils vous accompagnent » aurait été de meilleur aloi, peut être. Mais M6 est une chaîne commerciale, elle doit assurer un minimum d’audimat et rassurer les annonceurs, et un titre pareil allait susciter de la curiosité. Ne reprochons pas à la chaîne d’avoir cherché à gagner sa vie, d’autant plus que le contenu en lui-même ne prête guère flanc aux accusations de racolage. Ce n’est pas « les infiltrés » ici. D’ailleurs, Capital est une des plus anciennes émissions de M6, puisque lancée en 1993, alors que Les Infiltrés n’aura vécu que trois saisons, victime de son manque de crédibilité.

Certains ont reproché à l’émission son abord exclusivement commercial de la chose funéraire. C’est oublier que, chez Capital, tout est dans le titre : l’émission se veut un média de vulgarisation économique, axé avant tout sur le business et les marchés. Les journalistes sont restés strictement sur leur ligne éditoriale, et n’ont pas fait bénéficier notre profession d’un traitement de faveur, ni de défaveur.

Tombini-4-300x225 Les pompes funèbres, c'est capital sur M6
Le magasin ECOPLUS de la famille Tombini

Le low cost, un reportage pas bradé

Le reportage sur les obsèques low cost réussit la gageure de détailler les services à faible coûts sans tomber dans la facilité d’accuser les pompes funèbres traditionnelles d’abuser. Bon, il faut souligner que les prix annoncés étaient parisianno-parisiens : la moyenne nationale du prix des obsèques se situe autour de 2800 euros en province, et monte à 3500 euros si on y intègre les tarifs des grandes conurbations (Paris, Lyon, Marseille) au lieu des 4500 euros annoncés.

Mais le reportage cherche à comprendre la différence de coût, et montre bien qu’elle se réduit au fur et à mesure des options et taxes qui viennent se greffer. Un spectateur attentif se rendra d’ailleurs compte que beaucoup des prestations qui font grimper la facture, comme l’avis presse par exemple, ne tombent pas dans la poche des pompes funèbres.

Le volet sur les cercueils, encore, manquait un peu d’approfondissement : mille euros annoncés comme un premier prix pour un cercueil bois, nombreux sont les professionnels qui ont dû se faire la réflexion que leur appel de gamme à 450 euros était pourtant aussi issu de l’arbre. La visite de l’usine Bernier à Exideuil était intéressante, et la précision sur les épaisseurs de bois pertinente. Juste de quoi se rendre compte que les journalistes ont bien travaillés, avec un professionnel qui faisait une remarquable démonstration de transparence.

Nous avons d’ailleurs été ravis globalement de la place accordée aux professionnels, comme Monsieur Martineau du Choix Funéraire, et la famille Tombini, qui ont récemment accordés une interview à Funéraire Info, concernant, justement, le concept ECOPLUS Funéraire.

Toute aussi intéressante, l’intervention de Cendrine Chapel, des services Funéraires de la Ville de Paris, expliquant, reportage à l’appui, le fonctionnement de Révolution Obsèques.

Enfin, le clin d’oeil à Michel Leclerc était le bienvenu, tant on sait l’homme attaché au combat sur les prix.

Soulignons enfin le passage sur les monuments d’occasion, un sujet très peu, voire pas du tout abordé généralement.

Des moments excentriques

Parmi les quelques excentriques, on notera ce monsieur qui, avec sa chère et tendre épouse, manifestement terrifiée, stocke dans son garage son cercueil en carton. Amusant, cette bonne introduction au sujet du low cost aurait toutefois mérité un sujet plein, sur les cercueils en carton, justement. Et leur utilisation : on avait envie de demander à ce gentil monsieur si, au restaurant, il venait avec son propre bifteck à faire cuire, et sa bouteille de vin.

Le côté excentrique assumé a été parfaitement reconduit sur le plateau, avec l’interview de Jessie Westenholz du salon de la mort, venue avec un moulage de son propre crâne réalisé sur la base d’un scanner avec une imprimante 3D. Un mémento mori résolument moderne pour cette égérie de la créativité funéraire. Avec ses chiffres impressionnants, elle a incité à s’intéresser à la profession, et a fait l’apologie de la créativité : on ne peut qu’acquiescer.

La remarque qui n’engage que son rédacteur a été sur le petit sondage réalisé, lorsque à la question « qui doit payer les obsèques ? » 16 % des Français ont répondu les Pouvoirs Publics. De quoi porter le coup de grâce à un Etat-Providence déjà mal en point, ou l’assistanat qui se parodie lui-même en une caricature à peine digne d’un Halloween kitsch.

Mais, et le reste ?

Moins directement liés à nos domaines d’activité, les autres reportages étaient réalisés avec ce même ton, mélange de sérieux documenté et d’ironie affectueuse, sur les héritages, les animaux, et le viager.

L’héritage peut devenir un casse-tête et une source de problèmes dont tout professionnel du funéraire aguerri sait qu’il faut rester à l’écart. La preuve en a encore été donnée par les tribulations de ces familles, éclatées, déchirées pour une maison ou de l’argent. Un petit bémol, la plupart des sujets portaient sur des successions « de riche » comme les millions, le catalogue et les villas de Charles Trenet, très éloignés des 30 000 euros qui constituent la moyenne des successions. Mais le sujet restait édifiant, et peut être que les généalogistes verront aujourd’hui arriver avec plaisir des jeunes armés d’une nouvelle vocation.

Le sujet sur les animaux, également anecdotique, aura pu faire sourire certains et vibrer une corde sensible chez d’autres, lorsqu’on connaît l’attachement que l’on peut avoir pour nos fidèles compagnons. En première mondiale, pour Funéraire Info, j’ai sollicité l’avis d’un intéressé, mon propre chien, et lui ai confié mon clavier afin qu’il rédige avec ses pattes sa propre chronique du sujet. Ca a donné à peu près ceci : « dfipdfibvfuiofbvuidfipdfipdfipdfipdf ipdfipdfipdfipdfipdf ipdfipdfipdfipdfipdfipdfipdfipdfipdfipdfip$ç) cbhvnfiopv ^vzràçgfoprqùrçgf$ fùzelfhùpoHPH 39FRY£°94GFT ». Édifiant, non ?

Enfin, le reportage sur le viager… Dépend vraiment de sa perception des choses. Bizness éthique et lucratif pour certains, comportement de vautours pour d’autres, il est difficile de prendre position sur le sujet sans entrer dans des considérations de valeurs. Nous avons juste fait le calcul pour Huguette, qui vendait sa maison d’une valeur de 120000 euros, avec un bouquet de 20000 euros et une rente de 260 euros par mois, qu’il lui faudrait vivre jusqu’à 108 ans pour récupérer le prix de vente de sa maison. Une bonne affaire pour l’acheteur, à moins que Huguette ne devienne doyenne de l’humanité…

Donc, oui, nous avons plutôt apprécié ce numéro de Capital, comme toujours intéressant et réalisé de manière à captiver le spectateur, bien documenté, plutôt bienveillant et honnête. Ce qui fait qu’on pardonnes les erreurs somme toutes vénielles disséminées ici et là, et ce titre, un brin inutile. Nous n’avons pas traité de toute l’émission en détail, dans ce pourtant long article, tant le contenu en était riche.  Si vous ne l’avez pas vue, n’hésitez pas à utiliser votre joker, et à venir nous faire part de votre opinion.

Vous pouvez revoir l’émission en streaming (légal) sur le site de M6 en suivant ce lien

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