Les pompes funèbres, c’est (pas) pour les chiens

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Lorsqu’ils vivent ensemble depuis des années, animaux et humains peuvent développer un mimétisme assez stupéfiant. Certains pratiquants l’anthropocentrisme avec un bonheur rarement égalé.

chien-Yorkshire-300x225 Les pompes funèbres, c'est (pas) pour les chiensOr donc, en cette délicate matinée printanière ou la fraîcheur n’était que le prémices d’une chaleur agréable sans être étouffante, trois véhicules automobiles de marque Allemande aux prestations cossues vinrent se stationner devant l’agence des pompes funèbres.

Le croque-morts qui buvait tranquillement son café, tout en parcourant le journal, se fit la réflexion que l’argent ne manquait pas dans cette famille. Il s’agissait en effet de trois femmes à la ressemblance très marquée, l’une, plus âgée, devant être la mère des deux autres. Toutes trois étaient manifestement habillées par un couturier, des vêtements qui proclamaient qu’elles n’avaient manifestement pas besoin de travailler, mais qu’elles souhaitaient manifester leur indépendance d’esprit par rapport à la bourgeoisie à laquelle elles appartenaient. pour simplifier, c’étaient des bobos. La rebelle de la famille se remarquait à ceci que sa voiture était un cabriolet BMW M3, tandis que sa mère et sa sœur roulaient sagement en Mercedes. Coupé CLK pour la fille, Classe E pour la mère.

Leur esthéticienne devait avoir obtenu un diplôme de peinture en bâtiment, avant que sa mère ne réussisse à la convaincre d’adopter un métier sûrement plus féminin, selon ses critères. Toutes marquaient un âge avancé combattu avec la même ferveur désespérée, bonne cinquantaine pour les filles, environ quatre-vingt pour ma mère.

Et toutes trois arboraient le masque de douleur d’un deuil profond.

Puis elles entrèrent dans l’agence.

Le croque-morts les accueillit, les installa dans le salon de réception des famille, puis, après s’être assuré de leur bien-être, s’enquit des raisons exactes de leur venue. La tragédie qui suit mériterait d’être interprétée au théâtre. Par la comédie Française (qui, contrairement à son nom, n’a pas grand-chose de drôle).

LE CROQUE-MORTS : Que puis-je pour vous, Mesdames.
LA MERE ET LES FILLES : Ouin ! Ouin !
LE CROQUE-MORTS : Je comprend, mesdames. Prenez votre temps. Nous allons faire en sorte ensemble de rendre à votre défunt l’hommage qu’il mérite.
LA MERE : Oui, Monsieur, je compte sur vous (sanglots déchirants)
LE CROQUE-MORTS : Avant toute chose, j’aurai besoin de prendre quelques renseignements d’état-civil, ceci en vue des démarches. Excusez moi par avance si ces questions vous semblent abruptes. Comment se nommait le défunt, s’il vous plait.
LA MERE ET LES FILLES, en choeur : Wouf-Wouf. (sanglots susceptibles d’inspirer des sentiments humains même à un robot)
LE CROQUE-MORTS : Je comprend, Mesdames, prenez votre temps.

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(Un blanc)

LA PREMIERE FILLE (celle à la Mercedes) : Que souhaitiez vous savoir d’autre ?
LE CROQUE-MORTS : Eh bien, son nom, dans un premier temps.
LA DEUXIEME FILLE (miss BMW M3) : On vous l’a dit !
LA PREMIERE FILLE : C’est Wouf-Wouf !
LA MERE : Mon pauvre Wouf-Wouf !

Et derechef, les voilà à nouveau saisies de sanglots abondants et irrépressibles.

LE CROQUE-MORTS (interloqué) : Wouf-Wouf ? Euh… Et, si je puis me permettre, quel était votre lien de parenté avec ce Monsieur Wouf ?
LA MERE : C’était mon fidèle compagnon, mon petit chien, mon Wouf-Wouf adoré !
LA SECONDE FILLE : un Yorkshire.
LA PREMIERE FILLE : Avec un magnifique pédigrée.
LE CROQUE-MORTS : …
LA MERE ET LES DEUX FILLES : … ?
LE CROQUE-MORTS : D’accord. Et vous souhaitiez quoi, au niveau des volontés essentielles ?
LA MERE : Je voudrai, pour mon Wouf-Wouf, un beau cercueil, laqué blanc, dans lequel il pourrait reposer, près de moi, jusqu’au jour ou je partirai…
LES FILLES, en chœur : Non, maman, ne dit pas ça !
LA MERE : Si, mes petites filles adorées, un jour je partirai, c’est ainsi, et il faudra que vous appreniez à vous débrouiller sans moi, mais vous aurez l’immense fortune que je vous laisse par testament pour vous y aider. Bref, son cercueil reposera sur des tréteaux près de mon lit, ainsi il dormira près de moi, comme il avait l’habitude de le faire. Vous pouvez rendre un recueil étanche, non ?
LE CROQUE-MORTS : Un hermétique ? Oui, bien sûr… Donc, je récapitule : vous voulez un cercueil pour votre chien…
LA MERE : Oui.
LE CROQUE-MORTS : Blanc laqué.
LA MERE : Oui.
LE CROQUE-MORTS : Qui sera déposé près de votre lit…
LA MERE : Oui. Et il sera enterré avec moi quand je mourrai. D’ailleurs, je vous reviendrai vous voir pour faire un testament obsèques en ce sens.
LE CROQUE-MORTS : Mais, et pour la livraison, la mise en bière, il faudra un corbillard, et du personnel !
LA MERE : Évidemment ! Je veux tout ça. Ne vous en faites pas pour le budget, ce n’est pas un problème. Et je paie d’avance. Vous prenez l’Amex ?
LE CROQUE-MORTS : Euh… On n’est pas équipé pour…
LA MERE : Aucune importance. J’ai une autre carte bleue. Ne vous inquiétez pas : la mienne n’est pas plafonnée.
LE CROQUE-MORTS : Il faut que je passe un appel, pour la logistique. Je vous laisse un petit instant, Mesdames.

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Dans le bureau, par téléphone, le croque-morts explique la situation à son chef.

LE CHEF : Donc, elle veut des obsèques pour son chien ?
LE CROQUE-MORTS : Oui.
LE CHEF : Elle paie d’avance ?
LE CROQUE-MORTS : Oui.
LE CHEF : Et elle revient te faire un contrat obsèques ?
LE CROQUE-MORTS : Oui.
LE CHEF : Bouge pas, j’appelle l’avocat.

Le croque-morts attend en préparant, sur son ordinateur, un devis détaillé. Le chef le rappelle quelques minutes plus tard, hilare.

LE CHEF : Bon, fonce. Tout ce qu’elle veut, tu vends. Il n’y a rien d’illégal. Tout ce qui craint, c’est ta réputation. Mais je connais ta conscience professionnelle : tu ne laisseras jamais tomber une famille qui traverse une telle épreuve. Bon, allez, bon courage, hein !

Le croque-morts raccroche, affligé : aucun doute, il les entendait au fond, ses collègues du bureau central n’ont pas perdu une miette de la conversation.

chiens-Yorkshire-Terrier--300x247 Les pompes funèbres, c'est (pas) pour les chiensAinsi fut fait.

Ces dames choisirent un cercueil laqué blanc qui était utilisé pour les jeunes enfants, dans lequel ils firent disposer un cercueil en zinc hermétique muni d’un filtre à air, et un capiton de satin blanc, un linceul, un petit oreiller, et les initiales brodées en lettres d’or WW. Sur son couvercle, une plaque, indiquant « Wouf-Wouf  1991 – 2008 », ladite plaque n’étant pas assez grande pour y inscrire le pedigree complet. Un petit crucifix était également prévu. A ce moment la, le croque-morts se demanda si le cabot avait reçu l’extrême-onction et quels genre de péchés il avait bien pu confesser.

Le cercueil serait livré en corbillard par un maître de cérémonies, qui procéderait à la mise en bière, au scellement du cercueil hermétique, et à un recueillement pour la famille.

La suite de cette histoire, et les émouvantes obsèques de Wouf-Wouf, font l’objet d’un récit que vous pourrez lire aux alentours de la Toussaint. Ou ? Comment ? Ne vous inquiétez pas : Vous serez prévenus bien assez tôt.

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