Les pyramides dans la crise du tourisme en Egypte

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L’Egypte antique fascine par sa richesse culturelle et patrimoniale que nous avons encore la chance de nos jours de pouvoir contempler. Mais pour combien de temps encore ?

Gizeh3-300x199 Les pyramides dans la crise du tourisme en Egypte Nous ne reviendrons pas ici sur les pyramides, leur histoire ou leur fonction première, monuments funéraires, sur l’héritage de cette fascinante civilisation, ne des découvertes archéologiques, de Champollion à Howard Carter. L’Egypte aujourd’hui est le seul pays à pouvoir se flatter de posséder un patrimoine à la fois aussi riche et ancien, comme par exemple la Pyramide de Khéops, seule des Sept Merveilles du monde antique à avoir survécu jusqu’aujourd’hui.

Pourtant, ce patrimoine est en péril. La faute à qui ? A une conjonction d’événements auxquels la nature humaine n’est pas totalement étrangère… Plaidoyer pour une tombe pharaonique.

Les révolutions arabes

C’était en 2010, déjà, et le monde arabe s’enflammait, poussant à la porte des dirigeants abusifs, parfois dictatoriaux. La Tunisie commençait, puis d’autres suivirent, comme l’Egypte. A l’instar de toute révolution, les événements furent suivis d’une période de trouble, leurs fruits devant se partager entre les partisans de la démocratie qui voulaient exploiter au mieux cette liberté reconquise, et les tenants de lignes idéologiques qui souhaitaient à leur tour s’emparer du pouvoir.

C’est une constante dans toute histoire : n’oublions pas qu’à la révolution française ont succédé la Commune et le Terreur. Tous les peuples qui en ont la volonté trouvent la voie de la liberté, et les Egyptiens en ont la volonté.

Le problème qui se pose est dans la période de latence qui subsiste toujours entre une révolution et un régime stable et sûr : ceux qui voudraient installer leur idéologie au pouvoir cherchent à déstabiliser la reconstruction de ces nations, créant un sentiment d’insécurité. Il y a trois jours encore, trois attentats frappaient Le Caire.

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Tout cela est nuisible pour les Egyptiens, mais aussi pour les touristes. Ces derniers fuient l’Egypte, provoquant un cercle vicieux.

Le tourisme des pyramides

L’Egypte est en effet un pays ou le tourisme est un acteur de poids de l’économie. C’est la principale ressource du pays en terme de devises. Il représente 10,8 % du PIB, et emploie 12 % de la population active. Un secteur crucial pour l’économie, donc.

Depuis 2012, et donc la période d’instabilité post-révolutionnaire, les chiffres se sont effondrés. Par exemple, en 2013, seuls 191.689 touristes français s’y sont rendus, contre près de 700.000 en 2010. Par rapport à 2012, la chute est de 40%, quand la moyenne européenne s’établit à -17,4%.

Selon l’agence Reuters, les revenus du tourisme ont atteint 5,9 milliards de dollars en 2013 (4,36 milliards d’euros), contre 10 milliards de dollars l’année précédente. Le mois dernier, les données de la Banque centrale avaient montré un effondrement des revenus du secteur au premier trimestre de l’exercice fiscal en cours, qui a débuté le 1er juillet, à 931,1 millions de dollars contre 2,64 milliards de dollars un an plus tôt. Le nombre de nuitées a chuté de 57%, à 15 millions, entre juillet et septembre. C’est pendant cette période que le pays a été touché par un pic des violences politiques. Les réserves de devises égyptiennes s’élevaient à 17,03 milliards de dollars en décembre, contre 36 milliards début 2011.

L’entretien des pyramides

La manne financière du tourisme n’est pas entièrement réinjectée dans les circuits économiques généraux : une somme importante est autocosommée, par les frais d’entretien, par exemple.

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Les pyramides, les temple ou le Sphinx ne se contente pas de trôner ainsi dans le désert. Surveillance du site contre les pillards, nettoyage après le passage des touristes dont un certain nombre, mal élevés, souillent la Vallée des Rois de leurs emballages plastiques, travaux de préservation des pierres et des joints… Tout cela coûte des fortunes. Sans parler des musées, des conservateurs, des archéologues, des milliers de personnes qui vivent du tourisme et le font vivre.

Il faut bien comprendre une chose : les Egyptiens sont conscients de l’importance des touristes pour leur économie, et mettent tous les moyens en œuvre pour assurer leur sécurité. Tous les leaders, y compris les extrémistes, ont conscience que s’en prendre aux touristes serait une folie économique. Paradoxalement, vu les moyens déployés aujourd’hui pour la sécurité, la Vallée des Rois pour les touristes est plus sûre encore qu’avant la révolution.

Reste les moyens et la volonté de chacun. Mais pour qui se passionne pour l’art funéraire et les grandes civilisations, l’Egypte est aujourd’hui une destination indispensable, comme elle l’était hier, et comme elle le sera tant que les pyramides se tiendront debout. Souhaitons que nous ne soyons pas la génération qui les verra disparaître, et que nous n’en portions pas notre part de responsabilité.

4 COMMENTAIRES

    • Cher Monsieur Rémy,
      Vous avez tout à fait raison, et je vous remercie de m’avoir fait remarquer cette erreur. Je vais la corriger immédiatement.
      erreur d’autant plus impardonnable que j’avais déjà écrit un article sur Howard Carter.
      John Carter est bien entendu le héros d’un roman de Edgar Rice Burroughs.
      Merci pour votre lecture attentive.
      Cordialement

      Guillaume Bailly

    • En fait, les deux sont possibles. La révolution du peuple Egyptien était certainement une bonne chose au vu du régime précédent. Maintenant, elle est terminée, et l’Egypte doit faire le nécessaire pour rassurer les touristes tout autant que ces derniers ne doivent pas céder à une peur irrationnelle. Ce n’est pas seulement du patrimoine dont il s’agit ici, mais également d’économie. Comment peut on espérer le bonheur et la prospérité des Égyptiens, si un pan majeur de leur économie est à terre ?

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