Les rites funéraires

L’on parle souvent des rites funéraires en fonction des religions : ce qu’il faut faire ou ne pas faire. Mais loin d’être anecdotiques, ces rites ont des fondements théologiques bien précis, qu’il convient de connaître pour mieux les appliquer.
Trois religions majeures
Il y a trois religions majeures : la religion catholique, la religion juive, et la religion musulmane. Le protestantisme est un schisme : ce n’est pas une religion différente du catholicisme, mais une séparation due à des désaccords sur l’interprétation des écritures et de la parole messianique. L’on pourra noter, en France, de nombreux autres courants ou religions, du bouddhisme à l’orthodoxie, en passant par l’animisme, mais l’objectif ici est d’écrire un article, pas un livre. D’autant qu’il existe une écriture abondante sur le sujet.
Nous nous pencherons ici sur le cas de ces tris religions, donc, pour aujourd’hui, du moins.
Corps divin ou transept ?
Pour les catholiques, le corps est un don de Dieu, un enveloppe charnelle destinée à abriter l’âme durant l’existence terrestre. Au moment de la mort, seule l’âme rejoint Dieu. Seulement, reste le corps, qui est non seulement d’essence divine, mais un présent fait par Dieu. Ainsi, la crémation est restée interdite longtemps, puisqu’elle revenait à détruire le cadeau le plus précieux de Dieu, le vaisseau qui permettait l’existence.
C’est en 1968, suite aux pistes ouvertes par le concile Vatican 2, que la crémation fut tolérée chez les catholiques. Non pas autorisée, la nuance est de taille. L’église a simplement précisé qu’en aucun cas un jugement ne serait porté dans ce monde sur ce mode de sépulture, et que chaque catholique pouvait disposer à sa guise de ce cadeau divin, n’ayant de comptes à rendre qu’à l’offrant. En d’autres termes, chacun serait libre de faire ce qu’il veut, et s’expliquerait directement avec Dieu.
Mais le principal était que seule l’âme importait.
Immuable sacralité
Les juifs et les musulmans sont plus proches sur leur conception. Les deux grandes religions apportent autant d’importance que les catholiques à l’âme, mais beaucoup plus que leurs coreligionnaires du Livre au corps.
Les deux considèrent en effet que le corps ressuscite dans l’au delà. Il est donc important de se présenter devant Dieu entier, et propre. D’où l’importance de la toilette rituelle. Cependant, la divinité est omnipotente : le corps pourra être réparé si l’âme est méritante.
En Islam, par exemple, le don d’organe est accepté, à la condition que le donneur en ait donné l’autorisation de son vivant, dans le cas d’un don d’organes en coma dépassé, ou que le prélèvement ne nuise pas à sa santé s’il est fait en conscience. A partir du moment ou le don a été effectué pour le bien d’un autre, sans se nuire à soi-même, et de manière totalement désintéressée, le croyant ou sa famille ne devant accepter aucun cadeau en remerciement de ce don, l’organe sera remplacé dans l’au delà. Ceci dans une acception moderne de l’Islam. Chez une minorité de rigoriste, c’est totalement défendu, comme au Pakistan par exemple.
L’islam considère aussi que le corps présenté devant Allah sera le livre de la vie du croyant. Les stigmates de l’ascèse, par exemple, s’y verront.
Particularités et paradoxes du judaïsme
Les juifs ont sans doute le système le plus complexe, la Torah sur laquelle est basée leur religion étant un texte hermétique. Contrairement au catholicisme ou à l’islam, dont les Messie et Prophètes respectifs ont énoncé la parole divine d’une voix claire, les Rabbins qui guident la communauté étudient les rouleaux sacrés durant des années avant de parvenir à la compréhension de la loi juive. Le caractère sacré du corps y côtoyait le caractère sacré de la vie. Face aux évolutions du monde, on consensus s’est dégagé : la crémation y est interdite, puisqu’elle serait une dégradation volontaire du corps. Le don d’organe est autorisé, s’il sauve une vie, uniquement s’il se fait après la mort du donneur, ou uniquement s’il s’agit d’une question de vie ou de mort. Le pêché commis en abîmant le corps est donc compensé par la récompense due en sauvant la vie d’un autre.
Le problème de l’autopsie
Le problème posé par l’autopsie a trouvé une solution à peu près similaire dans les trois religions : l’autopsie est une contrainte légale, imposée par des tiers, et ne pouvant de fait être empêchée, elle n’est pas un péché. En aucun cas, par contre, elle ne pourra être autorisée si la demande en est faite, ou sollicitée.
Toutes les théologies sont des systèmes de pensée vastes et complexes. L’ambition ici n’est pas de les résumer, tâche impossible, mais d’en donner les fondements. Une chose est sûre : il sera plus facile à un assistant funéraire de faire son travail s’il ne se contente pas de savoir, mais cherche à comprendre. Sans compter l’enrichissement culturel que cela lui apportera. En cela, les religions offrent un champ d’investigation quasiment infini et absolument passionnant.