Lettre à un ami qui me manque…

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J’essayais des vêtements et je m’attendais à entendre la sonnerie de mon portable. Tu m’appelais souvent pendant que je faisais les magasins. Tu entendais le bruit de fond et tu en concluais que j’allais « repartir en vadrouille », alors tu me demandais où j’allais et surtout qui allait s’occuper de mon entreprise « pendant que je me promène ». Mon téléphone est resté muet, tu n’as pas pris un ton agacé pour m’expliquer que je ferais mieux de travailler au lieu de me balader. Je n’ai pas pu te répondre que j’allais venir te voir.

Je vais venir te voir mais je ne te verrai pas. Tu ne prendras pas un air soupçonneux pour me faire remarquer mes cernes, me conseiller d’arrêter de manger n’importe quoi et me demander si ma coiffeuse est en prison. Ou peut-être que tu feras tout ça mais que je pourrai seulement l’imaginer.

Tu ne me souhaiteras pas mon anniversaire, c’est déjà la deuxième fois tu sais. Moi j’y ai pensé cette année et toute seule. Tu es parti au mauvais moment, on aurait fini par se comprendre, on y était presque. Mon caractère s’adoucit avec le temps, je crois que je pourrais écouter tes conseils sans m’énerver. Tu sais quoi ? Je vais te l’avouer, ils me manquent tes conseils. Tout ce qui me faisait enrager me manque…

J’aimerais pouvoir te raconter ma vie aujourd’hui, tout ce qui a changé et qui te plairait. Je sais que j’idéalise un peu, tu trouverais forcément des choses à redire. Mais quand-même, j’aurais voulu partager tout ça avec toi. C’est à toi que j’écris mais tu n’as pas laissé d’adresse. Tu t’es éclipsé doucement, presque sur la pointe des pieds. Il y a eu toutes ces dernières fois… Ma dernière visite, notre dernière conversation téléphonique, ton dernier texto, ce dernier petit fil de communication qui s’est cassé et puis ce message qui m’informait que tu ne pouvais plus répondre. Et l’attente du couperet qui finit par tomber : Tu es parti.

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Je ne vais pas te mentir pour frimer, ça a été très dur. Je te regardais, allongé là, impassible et j’avais envie de te dire d’arrêter de faire l’idiot et de te relever. Je n’ai toujours pas totalement accepté ton départ. On dit ironiquement que les cimetières sont remplis de gens irremplaçables, mais toi tu l’es vraiment. Le temps passe, je recommence à rire et j’ai même invité des amis pour mon anniversaire. Pourtant, il y a un an, à cette date je suivais ton cercueil, perdue dans la foule, en me disant que ce jour ne serait plus jamais une fête. Il m’arrive encore de pleurer et de me sentir seule au monde, mais la vie reprend ses droits.

Comment savoir si tu liras ces lignes ? Si c’est le cas, tu prendras sans doute un air excédé et tu soupireras qu’il serait temps que je grandisse. C’est ce que je fais, je t’assure.

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