L’histoire parafunéraire, le spiritisme

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De 1857 au début du XXéme siècle, un mouvement prospéra en France sous l’influence d’Alan Kardec, le spiritisme, une philosophie spiritualiste soutenant que les esprits des morts pouvaient nous enseigner…

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Alan Kardec, buste en bronze

Une histoire du spiritisme

En 1847, la famille Fox qui vit dans une ferme de Hydesville, dans l’État de New York, déclare entendre des coups dans les cloisons et dans les meubles. En présence des sœurs Fox, les bruits semblent leur répondre de manière intelligente. Ce phénomène constatable par un nombre croissant de témoins est bientôt attribué à l’esprit d’un colporteur assassiné par un ancien locataire. Grisées par leur popularité, les sœurs Fox multiplient les exhibitions publiques et suscitent des vocations. Quantité de médiums prétendent alors pouvoir échanger avec les défunts et le mouvement du spiritualisme moderne anglo-saxon gagne rapidement des millions d’adeptes dans tous les États-Unis.

En 1852, une mission de médiums américains parcourt l’Angleterre. L’année suivante, quand la mode des « tables tournantes » touche la France, le mesmérisme, divers mouvements ont préparé le terrain au « spiritualisme moderne ». Tous les salons de la bonne société du Second Empire discutent du sujet et tentent des expériences paranormales.

En 1854, un instituteur lyonnais, Léon Rivail, découvre ces séances insolites pendant lesquelles on « magnétise les tables ». Durant les années suivantes, il fréquente régulièrement une famille dont les filles déclarent être médiums écrivains. Progressivement, Rivail vient à chaque réunion avec une série de questions méthodiquement préparées pour noter les réponses données par les médiums. À partir de la synthèse de ses notes, il publie Le Livre des Esprits, le 18 avril 1857, sous le pseudonyme d’Allan Kardec et donne naissance à une philosophie qu’il baptise « spiritisme ».

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Première apparition du terme spiritisme, la page 1 du « livre des esprits »

Le spiritisme français

Le Livre des Esprits connaît un succès immédiat. Au début du mouvement, Kardec ne songe nullement à fonder un courant de pensée et encore moins une religion. Mais il est très vite entraîné par la popularité de son œuvre. Des témoignages lui parviennent spontanément de tous les pays et les visiteurs se pressent à sa porte. L’empereur Napoléon III lui-même s’entretient avec lui. Il envisage alors de structurer son activité.

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Kardec fonde La Revue spirite qui sort des presses le 1er janvier 1858 et connaît plus de succès que celle publiée en 1857, la Revue spiritualiste de son concurrent Zéphyr-Joseph Piérart, anticlérical plus affirmé. En quelques années, elle est diffusée dans le monde entier et compte des centaines de collaborateurs dont Victor Hugo, Victorien Sardou et Camille Flammarion. En avril 1858 est constituée la Société parisienne des études spirites.

Après avoir publié le volet théorique du spiritisme dans son premier ouvrage, Kardec passe au volet expérimental en rédigeant Le Livre des médiums en 1861, ouvrage qui développe les conséquences pratiques du précédent. Il complète par la suite la doctrine spirite par une interprétation du christianisme associée à des principes moraux et sociaux. Cela aboutit à L’Évangile selon le spiritisme (1864), Le Ciel et l’Enfer (1865) et La Genèse selon le spiritisme (1868). Ces cinq ouvrages fondamentaux du spiritisme, continuellement réédités depuis leurs premières parutions, constituent aujourd’hui encore la référence doctrinale du Conseil Spirite International.

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Réunion spirite en 1860

L’expansion spirite

Le spiritisme se propage en quelques années avec une rapidité rare pour un mouvement social. Devant les désordres provoqués par la multiplication des médiums et des débats houleux qui s’ensuivent, Kardec entreprend des voyages en province afin d’unifier les adeptes. Il forme partout des petits groupes destinés à devenir des centres spirites « sérieux » en écartant les personnes qui ne viendraient que par goût du sensationnel.

Le spiritisme s’appuie sur ces « sociétés d’études » pour tenter de constituer une grande famille solidaire ainsi qu’une école de la charité. La ville de Lyon prend la tête du mouvement et revendique trente mille spirites en 1862. Cette même année, Kardec visite les principales villes françaises et propage son instruction devant des salles combles. Au fur et à mesure de sa croissance, le spiritisme se transforme. Il délaisse son côté expérimental pour s’impliquer davantage dans les œuvres sociales et la philanthropie. Les groupes organisent des caisses de secours pour les indigents, des collectes pour les chômeurs et mettent en place les premières crèches. La Revue spirite prend parti pour le vote des femmes, l’abolition de l’esclavage, l’abolition de la peine de mort, l’internationalisme et le pacifisme.

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Kardec ne ménage pas ses efforts et ses détracteurs le qualifient de « pape du spiritisme ». Épuisé par les polémiques, le travail et les déplacements, il tombe malade en 1866 et meurt d’un anévrisme en 1869. Dans la France de Napoléon III, le spiritisme regroupe alors plus d’un demi-million de personnes, avec des ramifications dans le monde entier.

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Revue spirite

Le déclin

Le spiritisme atteint son apogée vers 1925, et a ajouté de grands noms à son histoire, comme Victor Hugo ou plus tard Sir Arthur Conan Doyle. Le Vatican met cette pratique à l’index après que des spirites aient qualifié cette pratique de « nouvelle révélation christique ».

Il y a tout d’abord des cas de personnes qui profitent de la popularité du spiritisme pour organiser des fraudes et des impostures. Au discrédit, s’ajoutent les tensions entre les spirites et d’autres mouvances comme l’occultisme de Papus ou la Théosophie d’Helena Blavatsky. Non seulement la métapsychie avance ses propres explications des phénomènes spirites, mais également la psychanalyse et la psychiatrie s’intéressent au psychisme et à ses manifestations. Le monde scientifique du début du XXe siècle affiche un rejet de plus en plus marqué des concepts spiritualistes. Les changements de mentalité qui s’opèrent à la même époque sont tout autant fatals au romantisme qu’au spiritisme et le mouvement s’éteint dans sa patrie d’origine, ne conservant que quelques groupes isolés. Son impact le plus important s’amorce sur un autre continent, l’Amérique. Mais ceci est une autre histoire…

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