Ligature et thanatopraxie, nous restons bouche bée

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Le Syndicat des thanatopracteurs a récemment publié une réponse à un ancien article, sur la ligature de bouche. C’est vrai selon les organisateurs, un peu moins selon la police…
Un bref rappel des faits

Dans un article daté du 18 décembre 2014, Mick Curti, collaborateur occasionnel de Funéraire Info et étudiant en thanatopraxie, soulignait le fait que la ligature de bouche, en tant qu’acte invasif, était un geste technique dont l’exécution était réservée aux thanatopracteurs.

Aussitôt sonna l’hallali, mené par le syndicat professionnel de thanatopracteurs. Enfin, aussitôt, il faut voir : la réponse, publiée sur le site en question, est datée du 10 août 2015. Les syndicalistes ont pris leur temps, mais citent une réponse des Ministères, de l’Intérieur et de la santé.

Il est à noter que l’article reproduit des passages de ladite réponse sans jamais reproduire le document in extenso. Non pas que nous mettions en cause son existence elle-même, mais peut être une légère surestimation de sa valeur. Nous avons contacté les Ministères en question, et attendons toujours leur réponse.

De quoi est il question ?

Il convient d’abord de différencier la ligature de bouche avec tout autre moyen de fermer ladite bouche. Nous en recensons quatre : la ligature, la colle, la mentonnière, et l’agrafage.

Colle et mentonnière ne posent pas de soucis particuliers. La mentonnière n’a que deux positions, la bonne et la pas bonne, et cela se voit de suite. La maîtrise du collage est elle enseignée dès l’école maternelle – il n’y a que le support qui change.

L’agrafage nous a laissés dubitatifs. On nous a certifiés que le procédé existait, mais, en dix ans de pompes, je ne l’ai jamais vu appliquer, ni vu un défunt sur lequel il avait été utilisé. Ceci dit, l’application d’agrafes par un procédé mécanique est il un acte invasif ou non invasif ?

C’est donc la ligature de bouche qui pose problème, l’acte étant clairement invasif, ce que d’ailleurs personne ne nie.

La compétence en question

La réponse du Ministère (lequel, d’ailleurs, santé ou intérieur ?) semble limiter le champ d’action des thanatopracteurs aux actes ayant directement trait à la conservation, c’est à dire au retardement de la décomposition. Soit. Amis agents de funés, la prochaine fois que vous aurez fait une toilette sur un défunt et qu’un thanatopracteur fera une réflexion sur le maquillage, vous pourrez lui dire légalement d’aller se mêler de ses affaires. Même si, ce qui est statistiquement très probable, celui-ci n’est pas membre du syndicat.

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La réponse se poursuit en expliquant que toute personne formée selon l’article R.2223-42 du CGCT, que nous citons « Cette formation porte sur la législation et la réglementation funéraires, l’hygiène et la sécurité, la psychologie et la sociologie du deuil. » est apte à procéder à une ligature de bouche. Ah ? Ah non, nuance : formés durant la formation, ce qui implique que cette formation vient en sus du programme.

Je me rappelle avec émotion ma formation de porteur, et la sagesse de mon formateur : « Bon, regarde, tu as vu comment j’ai fait ? Bien, donc toi aussi tu sais faire. Signe là, voilà ton attestation, bravo ! ».

Oui, vérification faite, aucune école ne dispense de formation à la ligature de bouche et aux soins invasifs pour les porteurs, maîtres de cérémonies, assistants ou conseillers funéraires, voire même les chefs d’entreprise. Seuls les thanatopracteurs en ont une. Mettons à part les agents d’amphi, personnels hospitaliers et donc pourvus d’un statut spécifique.

Pour en venir à…

En cas de soucis, qui va estimer que la formation reçue par l’agent était bonne, et, dans un premier temps, qui décide qu’une personne est apte à faire cette formation ?

L’exemple cité par Mick Curti dans son article, celui d’un assistant funéraire licencié pour avoir refusé de faire une ligature, et à qui le tribunal de Prud’Hommes a donné raison, est à ce titre instructif.

La réalité de la situation, la voilà : la législation est floue. La preuve, c’est que le Ministère et la justice, de la même loi, donnent des conclusions différentes. Le Syndicat pourra répondre que la question du ministère est définitive, et il n’y aura rien de plus faux, pour plusieurs raisons. La première, c’est que les ministres et leurs équipes, ça va, ça vient, et que la réponse à la même question sous un autre gouvernement ne sera pas forcément la même. La seconde, c’est que la justice est indépendante, et que la loi est sujette à interprétation. Seule solution, un amendement de ladite loi, ou un décret. Une réponse apportée par un ministère à une question n’est ni l’une, ni l’autre.

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Tout cela se complique encore avec les préconisations du rapport de l’IGAS, qui va vers un durcissement des règles et des conditions d’exercice non seulement de la thanatopraxie, mais aussi de tous les soins invasifs.

Le syndicat des thanatopracteurs n’a certes pas intérêt à réserver l’exclusivité des ligature de bouche aux thanatopracteurs, pour la simple et bonne raison qu’ils seraient obligés de se déplacer pour une opération fort peu rentable. Notons aussi que la fin de l’article « … non la ligature de bouche n’est pas réservée aux seuls thanatopracteurs et tant mieux car le but premier de notre métier est de réaliser des soins de conservation… » s’apparente fort à se tirer une balle dans le pied, en oubliant par exemple les prothèses de plus en plus nombreuses que le thanatopracteur doit extraire, acte qui pourrait être, en ayant un raisonnement par l’absurde, réalisé par un salarié du funéraire car n’ayant rien à voir avec un soin de conservation….

Mais on pourra toutefois se poser des questions sur le syndicat qui fait d’un flou une vérité universelle, avec un mépris affiché pour ses contradicteurs (1), plutôt que d’attirer l’attention des autorités sur cette carence législative.

Le sujet, comme la bouche avec une mauvaise colle, n’est donc pas clos.

Guillaume Bailly

L’article du scandale de Mick Curti

(1) Rappelons que l’argument principal de ses détracteurs était que Mickaël, n’étant pas diplômé, avait juste le droit de se taire.

2 COMMENTAIRES

  1. Monsieur BAILLY, cet article ne fait que confirmer votre aversion envers le SPTIS, vos raisons m’échappent mais chacun a le droit de penser ce qu’il veut. Jute une remarque, dommage pour les 2,3 fautes d’orthographe dans votre article, ça enlève du sérieux…………. Fin du débat pour ma part…………….

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