La loi de Murphy version funéraire

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« Rien de sert de courir, tu es déjà en retard.  »
Loi de Murphy

Murphy1-300x192 La loi de Murphy version funéraireC’était le printemps, qui chassait enfin un hiver trop long et trop dur. La nature se parait d’une jolie teinte verte, les oiseaux lançaient leurs pépiements de joie vers le ciel à nouveau bleu, et les hommes sortaient se venger de longs mois d’enfermement.

Le bonheur coulait à flot, même en dehors de l’heure de l’apéro.

Et un motard roulait à toute allure vers l’horizon. L’engin puissant répondait à toutes ses sollicitations, ses sensations étaient optimales, l’adrénaline et la liberté bouillonnaient dans ses veines, et l’on aurait pu deviner, sous son casque, le sourire qui barrait son visage.

L’automobiliste aussi roulait heureux, les vitres grandes ouvertes. La campagne Bretonne défilait sous ses yeux pour lesquels elle était un émerveillement constamment renouvelé.

Aussi sa surprise fut elle grande lorsqu’il vit surgir le motard sur sa droite. Leurs regards se croisèrent, les yeux de l’automobiliste plongèrent directement dans la visière du motard, dont même les gants de cuirs noir blanchirent en se crispant sur les freins.

Puis ce fut l’impact. Le motard fut éjecté par dessus le capot du véhicule, fit un roulé-boulé magnifique, se retrouva allongé et glissant sur la route, protégé par sa combinaison de cuir épais. Mais il n’était pas sur qu’elle le protégerait contre le camion qui arrivait en face.

Ce dernier était conduit par un brave homme, qui songeait distraitement au cadeau d’anniversaire qu’il offrirait à son petit fils pour ses six ans, un train électrique. Il imaginait la joie dans les yeux du petit bonhomme, le fils de son fils, sa fierté… MAIS QU’EST CE QU’IL FOUT LA, LUI ?!?! Et il tourna le volant.

Le motard continua sa glissade, vit les roues du camion prêtes à l’écraser bifurquer soudain, passa entre elles, sous les essieux, et continua sa glissade pour se retrouver nez à nez avec un pare-chocs de voiture.

Le conducteur de celle-ci, un homme calme, vit le motard, tapa dans le frein par a coups tout en donnant des coups de volants pour l’éviter sans perdre le contrôle de sa trajectoire; et il l’évita.
La scène s’était figée. La première voiture avait percuté le camion, qui avait manqué de peu de se renverser, la seconde était dans un fossé, et les conducteurs sortirent de leurs véhicules respectifs.
« Tout le monde va bien ? » Lança le conducteur du camion.

Les deux automobiliste acquiescèrent, puis les trois regards convergèrent vers le motard, debout au milieu des épaves.

« Faudra aller faire homologuer ça à Rome, vieux », lança le chauffeur du poids lourd. « Vous venez d’échapper trois fois à la mort en, quoi ? Cinq secondes ? »

Le motard semblait hagard. Il avait retiré son casque, et son visage était d’une pâleur incroyable. es deux automobilistes s’étaient rapprochés de lui.

« Hé, monsieur ? Monsieur ? Ca va ? Vous devriez allez vous asseoir à l’ombre, la-bas, sous l’arbre, pendant qu’on appelle les secours. »

Le motard fut donc installé, assis, à l’ombre, sous un arbre. Les trois autres hommes prévinrent la gendarmerie, les pompiers, et s’occupèrent de baliser tant bien que mal les lieux, pour prévenir les autres automobilistes.

Ils travaillaient en silence. Chacun avait conscience qu’ils avaient eu une chance extraordinaire.
Lorsque les pompiers arrivèrent, ils commencèrent par s’assurer que chacun allait bien. Les trois chauffeurs étaient sérieusement secoués, mais ils reprenaient le dessus.

Puis les secouristes allèrent voir le motard. Ils virent de suite que quelque chose n’allait pas.
« Monsieur… Monsieur… Hé, Monsieur, vous m’entendez ? »

Il n’entendait plus. Son menton posé sur la poitrine, il avait cessé de respirer, et son cœur de battre. Malgré tous les efforts des secours, le médecin du SAMU arrivé sur place remplit le certificat de décès trois quart d’heure plus tard.

L’autopsie, réalisée à la demande de la gendarmerie, conclut à un infarctus foudroyant causé par un stress intense.

« La loi de Murphy est une loi empirique énonçant que si quelque chose peut mal tourner, alors cette chose finira infailliblement par mal tourner. »

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