Maître Hisao et la valeur des petites choses

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Maître Hisao exerce l’honorable métier de directeur de pompes funèbres à Tokyo. Une occupation exigeante, utile, mais qui vous donne bien du recul sur l’éphémère souffle de la vie, la valeur des petites choses. Lassé d’incinérer les morts, il s’est décidé à côtoyer l’immortalité. C’en est du moins le symbole en Asie.

Chaque jour qui passe en fin d’après-midi, il promène en laisse Bon-Chan, 19 ans, dans les rues de la mégapole. Cette tortue géante africaine de 70 kilos est un mâle.  Maître Hisao, sexagénaire tranquille, s’en est entiché voici une vingtaine d’année. Lui et sa femme.

C’est elle qui l’avait alors remarquée dans une boutique d’animaux de compagnie, et ramené à la maison. Bon-Chan ne mesurait alors pas dix centimètres, et tenait dans une main ouverte. Ce qui a bien changé. Un mètre de long. Ni lui, ni elle, n’avaient imaginé pareille croissance. Ils savent que ce n’est pas fini. Le couple, sans enfant, et leur voisins gavent pourtant méthodiquement le mastodonte de végétaux.

Les passants semblent se délecter de la promenade quotidienne de maître Hisao. On se presse autour de l’animal. C’est aussi cela qui plaît au directeur des pompes funèbres : pouvoir arracher un sourire aux familles endeuillées, à la vue de la tortue, devant son salon funéraire.

Il sait son petit bonheur éphémère. L’animal vit en moyenne 80 ans. Maître Hisao partira le premier. Et d’imaginer Bon-Chan l’accompagnant tristement à sa dernière demeure, pour une dernière promenade à petits pas, un dernier petit bonheur à deux.

 

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