Malleus Maleficarum, le manuel du chasseur de sorcières

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Les livres ne peuvent pas tuer, mais certains d’entre eux peuvent en procurer un motif et un moyen. C’est le cas du Malleus Maleficarum, le manuel du chasseur de sorcières.
Malleus maleficarum

Le 5 décembre 1484, le pape Innocent VIII fait paraître une bulle mettant en garde contre la sorcellerie. Ce document apporte de la légitimité aux deux inquisiteurs, Jacques Sprenger et Henry Kraemer, qui s’attaquent alors au problème dans le but de lui apporter une solution, facile à mettre en œuvre et efficace. Les deux hommes publient le livre Malleus Maleficarum (Le Marteau des sorcières). Catholiques et protestants l’accepteront par la suite comme faisant autorité dans la lutte contre la sorcellerie. Il présentait des signes permettant de distinguer les pratiquants de la sorcellerie, et des arguments légaux et théologiques pour pouvoir les éliminer.

Il s’agit pour la majeure partie du texte d’une codification de croyances préexistantes, souvent tirées de textes plus anciens comme le Directorium Inquisitorum de Nicolas Eymerich (1376), et le Formicarius de Johannes Nider (1435). L’invention de Gutenberg permit de diffuser le manuel à grande échelle pour l’époque. L’ouvrage fut réédité de nombreuses fois, et largement utilisé en Europe occidentale, malgré son interdiction en 1490, peu après sa publication, par l’Église catholique, celle-ci le considérant comme étant en contradiction avec l’enseignement catholique en matière de démonologie (le pouvoir des démons de causer des catastrophes naturelles, par exemple, est une idée qui fut déclarée fausse lors du premier concile de Braga vers 561).

Manuel du misogyne

La première partie du livre traite de la nature de la sorcellerie. Une bonne partie de cette section affirme que les femmes, à cause de leur faiblesse et de l’infériorité de leur intelligence, seraient par nature prédisposées à céder aux tentations de Satan. Le titre même du livre présente le mot maleficarum (avec la voyelle de la terminaison au féminin) et les auteurs déclarent (de façon erronée) que le mot femina (femme) dérive de fe + minus (foi mineure).

Le manuel soutient que certains des actes confessés par les sorcières, comme le fait de se transformer en animaux ou en monstres, ne sont qu’illusions suscitées par le Diable, tandis que d’autres actions comme, par exemple, celles consistant à voler au sabbat, provoquer des tempêtes ou détruire les récoltes sont réellement possibles. Les auteurs insistent en outre de façon morbide sur l’aspect licencieux des rapports sexuels que les sorcières auraient avec les démons.

Combattre les démones

La seconde partie explique comment capturer, juger, détenir et exécuter les sorcières. Cette partie traite aussi de la confiance qu’on peut accorder ou non aux déclarations des témoins, dont les accusations sont souvent proférées par jalousie ou vengeance. Les auteurs affirment toutefois que les indiscrétions et la rumeur publique sont suffisantes pour conduire une personne devant les tribunaux et qu’une défense trop véhémente d’un avocat prouve que celui-ci est ensorcelé. La boucle est bouclée : si l’avocat de la défense est meilleur que celui de l’accusation, alors il est exécuté.

Le manuel donne des indications sur la manière d’éviter aux autorités d’être sujettes à la sorcellerie et rassurent le lecteur sur le fait que les juges, en tant que représentants de Dieu, sont immunisés contre le pouvoir des sorcières. Une grande partie est dédiée à l’illustration des signes, dont la glossolalie, la voyance et la psychokinèse et les « marques du diable » (pattes de crapaud au blanc de l’œil, taches sur la peau, zones insensibles, maigreur, …).

Elle est dédiée aussi aux techniques d’extorsion des confessions, des preuves (notamment la pesée et l’ordalie par l’eau glacée) et à la pratique de la torture durant les interrogatoires : il est en particulier recommandé d’utiliser le fer rougi au feu pour le rasage du corps en son entier des accusées, afin de trouver la fameuse « marque du Diable », qui prouverait leur supposée culpabilité.

Légende noire

La légende noire de l’inquisition a été largement propagée par le Malleus Maleficarum. Dans la culture populaire, l’Europe, puis les états-unis naissants quelques siècles plus tard, se sont mis à ressembler à de gigantesques bûchers érigés par des inquisiteurs à demi fous.

Cependant, les études historiques les plus pointues, les minutes des procès ayant été soigneusement consignées, montrent sans conteste que, durant toute son existence, l’inquisition a fait autant de morts dans le monde que le terrorisme contemporain pour la seule année 2014.

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