Marbriers, conseiller funéraire, thanatopracteur : « fermez bien la porte en rentrant »

0
550
conseiller funéraire

Conseillers funéraires, thanatopracteur, ils travaillent dans le milieu du funéraire, mais une fois chez eux, comment ferment-ils la porte de leur travail ? Témoignages

Sylvie, 54 ans, conseiller funéraire, « entre collègues, on parle de tout, cercueils, famille, corbillard, il n’y a aucun tabou »,

Je travaille dans le funéraire depuis une vingtaine d’années, un vieille de la vieille ! Mon poste consiste à m’occuper des familles, les recevoir et voir avec elle l’organisation des obsèques. Puis de gérer et coordonner les différents intervenants pour que tout se passe de la meilleure manière possible pour tout le monde.

Hormis les astreintes, j’ai quand même un travail très tranquille, propre, on est bien habillé, on fait des horaires « de bureau » même si la mort n’attend pas c’est sûr. Alors même si je dois répondre au téléphone peu importe de l’heure ou du jour, je sais aussi que lorsque je suis chez moi je suis au maximum avec mes proches, mes petits plaisirs, ma vie. La famille aide à garder les pieds ici et de ne pas prendre le chagrin à la maison ni les tracas financiers ou administratifs. Si je ne suis pas capable de faire ça pour moi, je ne pourrais pas le faire correctement non plus pour les familles que je reçois.

En revanche au boulot c’est l’inverse, on parle de tout, il n’y aucun tabou sur notre travail, je pense aussi que c’est une manière d’évacuer le trop plein. De ne pas garder les choses pour soi et pour ne pas les ramener à la maison

Guillaume, 23 ans, maître de cérémonie, « ce sont mes potes mon plus grand soutien »

Petit jeune sans avenir, j’ai arrêté l’école très tôt. Pas de parents, j’ai été élevé par ma grand-mère qui s’est toujours occupé à fond de moi, et qui le fait encore. Alors dès que j’ai pu être en âge de travailler, c’était à mon de l’aider, comme elle, elle le fait pour moi.

J’ai fait toutes sortes de petits boulots, jusqu’à une annonce pour être porteur. J’ai commencé comme ça, comme tout le monde, et je le fais encore. Mais je suis aussi devenu maître de cérémonie. Je me suis découvert une passion pour les discours et les familles. Moi qui n’ai pas fait d’étude, je ne savais même pas que j’en étais capable. C’est une grande gratification pour moi. J’ai de la chance d’avoir un patron qui m’a donné ma chance.

Quand je ne travaille pas je sors avec mes potes. Mes collègues me disent que les leurs les charrient souvent genre « vlà le croque mort etc ». J’ose pas leurs dire que c’est pas des vrais amis ça. Les miens savent par quoi je suis passé, et quand il me voit sourire, ils savent que ça vient aussi de la fierté que j’ai avec mon boulot.

Laurent, 32 ans, chauffeur et porteur, « le corbillard, la pompe funèbre , tout ça c’est chez moi »

Ce qu’on fait quand on rentre le soir ? On fait comme tout le monde, les courses, le repas, on sert ses enfants dans les bras, on se dispute pour rien, bref on vit quoi !

Il m’a fallu du temps pour avoir du recul. Quand j’entends que c’est un métier triste je me marre ! ceux qui bossent chez total ou à la SCNF j’ai pas l’impression qu’ils soient plus jouasses que nous hein.

Quand ma journée est terminée, je repars au volant du corbillard et je le gare chez moi, il est un peu un prolongement de moi-même. Alors oui forcément je ramène un peu le boulot à la maison, mais la mort elle est partout non ?

Justine, 33 ans, thanatopracteur

J’ai de la chance depuis le début, j’ai découvert le métier, j’ai travaillé, passé ma formation et décroché un boulot. Je suis passée entre les mails d’un des filets les plus gros sur le marché du travail. Je sais que c’est pas simple pour tout le monde d’arriver jusque là.

S’occuper des morts, c’est un bel exercice, c’est sûr il y a certainement un peu de psychologie là-dedans. Il ne faut pas tomber dans la projection.  J’ai l’impression d’être utile.

Je peux être appelée à n’importe quelle heure, le boulot ça fait donc aussi partie de ma vie privée. Je l’ai senti surtout quand je me suis installée en couple avec mon compagnon. Je suis salariée, donc encore une fois, j’ai de la chance, j’ai des confrères pour qui le téléphone sonne non-stop, et ça je ne sais pas si je pourrais, pas avec une vie de famille.

Pour l’instant ça me plait, et quand je ne travaille pas j’ai la même vie que tout le monde. On a une règle avec mon compagnon qui est pompier, donc lui aussi il voit des choses parfois très très dures, on en parle pendant une demi-heure en rentrant et ensuite on passe à autre chose, nous faisons en sorte de ne pas être submergés. Il est d’un fort soutien et moi je suis le sien. C’est l’équilibre qui nous sauve.

Noé et Jules, 24 et 30 ans, marbriers

Pour nous c’est une passion mais aussi une transmission. C’est un héritage. La marbrerie c’est de l’art, on est là à ce dire que ce qu’on est en train de faire c’est quasi éternel, c’est le dernier lieu pour quelqu’un. On veut que ça soit beau, que ça soit comme la personne l’aurait voulu.

Nous clairement on ramène le boulot chez nous. Famille de tailleurs de pierre de père en fils depuis des générations, toute notre vie a tournée autour de ça. C’est pas glauque ni rien. On se sent toujours obligés de se justifier. Les cimetières c’était un peu comme aller au parc pour nous, et puis petit à petit c’est devenu notre jardin. Quand on voit un cimetière on voit pas de la tristesse on voit des lieux, de la matière, du recueillement.

On créé l’hommage en quelque sorte et je trouve qu’on a de la chance, le chagrin qu’il y a au dessus c’est pas le notre, mais quand on voit une personne venir fleurir une tombe ou s’asseoir dessus pour discuter on est content.

Lire aussi :  Funexia, cimetière, cercueil, volcan...L’actualité du 6 juin 2018

LAISSER UNE RÉPONSE

Please enter your comment!
Please enter your name here