Marcel Petiot, le « Docteur Satan »

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Le docteur Petiot : fou criminel ou criminel vénal ? Le Bon Docteur avait reconstruit, dans sa cave, un four crématoire à son usage personnel, ou il brûlait les restes de ses victimes, désireuses de fuir l’occupant Nazi. Retour sur une affaire majeure de l’histoire du crime en France.

petiot-proces-300x263 Marcel Petiot, le "Docteur Satan"Petiot, une vie sous le sceau du crime

Né le 17 janvier 1897 à Auxerre, Marcel Petiot est le fils choyé d’un employé de la poste, auquel il donne vite du fil à retordre : l’enfant est connu pour massacrer les chats du quartier. Mobilisé, blessé au front en 1918, le jeune soldat Petiot est réformé en raison de troubles mentaux que l’on impute aux horreurs du conflit.

En 1921, il achève brillamment ses études de médecine (mention très bien) et s’installe au pays, à Villeneuve-sur-Yonne. C’est un bon docteur, que les pauvres consultent sans bourse délier. Il se dédommage auprès de sa riche clientèle : kleptomane, il la déleste de ses effets personnels lors des visites domiciliaires. En 1927, la vie lui sourit, il est élu maire et convole en justes noces. Cinq ans et une ribambelle de vols plus tard, c’est l’infamie. Condamné, révoqué par le conseil municipal, le Dr Petiot est contraint de quitter l’Yonne.

La fuite à Paris

A Paris, il ouvre un cabinet dans le IXe arrondissement et multiplie les larcins, pour lesquels il se fait prendre. Il échappe à la prison, grâce à des témoins de moralité, essentiellement des patients guéris, mais pas à l’asile. Il est interné quatre ans. En 1941, il achète un hôtel particulier au 21, de la rue Lesueur, dans le XVIe, qu’il transforme en clinique. Il rénove aussi sa cave, consolide le puits existant, fait installer une imposante chaudière, un large évier…

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Les 72 valises retrouvées chez Petiot

Odeurs de cheminée

Au cours de l’année 1943, à la nuit tombée, l’homme dévoué qui ne craint pas les représailles ouvre sa porte aux candidats à la fuite vers la zone libre et l’étranger. Il est réputé avoir « passé » en Argentine quantité d’« indésirables ». Jamais l’un d’eux ne se manifesta par la suite pour témoigner que « M. Eugène » favorisa effectivement sa fuite. L’histoire dira pourquoi.

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Lorsque, samedi 11 mars 1944, un voisin s’inquiète de l’odeur nauséabonde et de l’épais nuage noir qui s’échappent de la cheminée, il prévient pompiers et policiers. Pas trace du propriétaire mais, au sous-sol, plusieurs corps, dépecés, en attente de crémation, des valises, bijoux, vêtements, bibelots, jouets, tout ce que parents et enfants contraints à l’expatriation voulaient emporter, 655 kg de « souvenirs », dira Petiot à son procès. De Petiot, en revanche, nulle trace.

Lors des perquisitions, la police met au jour un ossuaire, un puits rempli de chaux et une chambre à gaz dont la porte est équipée d’un judas dont il s’avérera qu’il permet d’assister à l’agonie des victimes. Sur l’égouttoir de l’évier, des résidus de chair , sans doute humaine.

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La chambre à gaz de Petiot

La résistance selon Petiot

Tandis que la France découvre l’ampleur de la folie du docteur Petiot, celui-ci se cache parmi les vaillants des FFI (Forces françaises de l’intérieur). Il est devenu le « capitaine Valéry ». Mardi 31 octobre 1944, il est enfin confondu. Accusé de vingt-sept assassinats, il en revendiquera soixante-trois à son procès en 1946. Petiot Prétend que ses « proies » n’étaient que des collaborateurs et des Allemands. La cour ne l’a pas cru et l’a envoyé à l’échafaud.

La question qui se pose aujourd’hui est celle de la santé mentale de Petiot : était il attiré par l’argent, ou était il fou à lier ? La justice, en tout cas l’a déclaré responsable de ses actes, et apte à être livré à Monsieur de Paris.

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Les assistants de Jules-Henri Desfourneaux montent la guillotine pour l’exécution de Petiot

L’exécution de Petiot

25 mai, à 4h40, les gardiens tapent sur l’épaule de Petiot qui dort paisiblement, alors qu’il a été prévenu la veille au soir de son exécution. Le docteur baille, s’étire, et regarde le procureur Dupin qui lui fait face :
« Petiot, votre recours en grâce a été rejeté, et votre pourvoi en cassation également. Ayez du courage.
– Tu m’emmerdes.
– Avez-vous une dernière déclaration à faire ?
– Je viens de la faire : tu m’emmerdes. »

Puis il s’attable, écrit sans cesse, des pages et des pages, à une vitesse impressionnante, avant de faire une mauvaise plaisanterie aux dépens du procureur. Il refuse la messe, alléguant qu’il est mécréant, mais comme l’aumônier l’exhorte au nom de son épouse, il se ravise et accepte de se laisser bénir.
Au greffe, il refuse le rhum mais accepte la cigarette, avant de demander à se rendre aux toilettes. A un juge qui lui demande s’il a des ultimes révélations à faire, il répond : « Je suis un voyageur qui emporte ses bagages. Et maintenant, si on y allait ? ». Par cette simple phrase, il signifie qu’il emporte son secret dans la tombe. Quand on coupe le col de sa chemise, il rajoute : « C’est bien sot de la part de l’Administration de gâcher une si jolie chemise ! »
Enfin, il est attaché, et, tandis qu’il est levé par les adjoints du bourreau, il prononce ses dernières paroles : « Messieurs, je voudrais que vous détourniez le regard. Ca ne va pas être beau… Je voudrais que vous conserviez de moi un bon souvenir. »
A 5h05, le bourreau Jules-Henri Desfourneaux, formé par Anatole Deibler, abat la lame de la guillotine sur le cou de Petiot. Le docteur Paul confiera son étonnement :
« Pour la première fois de ma vie, j’ai vu un homme descendre du quartier réservé aux condamnés à mort sinon en dansant, du moins en montrant un naturel parfait. Alors que tous ceux qui vont être exécutés font tout pour montrer du courage, mais un courage que l’on sent crispé, exhibé à force de volonté, Petiot, lui, se déplaçait avec aisance, comme s’il se rendait à son cabinet pour y donner une consultation de routine. »

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Le proces du docteur petiot (1946) par dictys

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