Mise en bière anticipée : savoir impliquer la famille dans la décision

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Certaines situations demandent une mise en bière anticipée. Qu’elles soient ordonnées par un médecin, ou évidentes par pragmatisme, elles sont aisément identifiables. D’autres, en revanche, sont plus délicates et ne proposent pas de cadre strict. Il convient alors d’agir, non pas contre, mais avec la famille.

Situations évidentes

Il existe deux situations où la mise en bière, et surtout, la fermeture immédiate du cercueil sont des évidences. La première, honneur au roi, c’est lorsque le médecin l’ordonne. Là, il n’y a rien à redire. La seconde, c’est lorsque le corps est trop abîmé pour être présenté à la famille. Il est alors assez facile de demander, retour à l’étape un, au médecin de penser à cocher la bonne case, ou d’expliquer à la famille, avec des mots choisis, pourquoi il n’est pas bon pour eux de voir leur cher disparu dans cet état.

Il existe d’autres cas de figure où ça l’est moins. Un défunt sur lequel les effets de la décomposition se manifestent plus vite que la moyenne, un autre sur qui le soin de conservation ne tient pas, cas rare, mais pas exceptionnel… Situation où la famille attend de vous une solution pour pouvoir rester auprès de leur proche, solution qui, bien entendu, n’existe pas.

Les cas de figure

Un soin de conservation, même si la technique est fiable, même si les fluides et matériels utilisés sont très bons, même si le thanatopracteur est excellent, peut rater. Pour diverses raisons dont la liste serait trop longue à évoquer, mais qui sont indépendantes de toutes volontés. Le corps se dégrade donc, au grand dam de la famille, et du conseiller funéraire, qui, normalement, a repéré les signes avant-coureur du phénomène et a anticipé.

Parfois, la famille souhaite conserver le défunt au domicile, ou dans un salon si la maison funéraire l’y autorise, sans soin de conservation. Jusqu’ici, rien d’anormal à ce que la décomposition dégrade le corps, mais, dans la plupart des cas, la famille vous expliquera que ce n’est pas normal, parce qu’une arrière-grande-tante avait reposé sans soucis sur son lit de mort.

mise-en-bière-300x200 Mise en bière anticipée : savoir impliquer la famille dans la décisionEtablir un diagnostic

La première chose à faire est d’anticiper. Ça peut sembler un peu abstrait, mais il n’y a rien de plus concret, en réalité. Dans le cas d’un défunt qui reposerait à la maison funéraire sans soin de conservation, une surveillance assidue est, bien entendu, évidente.

Mais même dans le cas d’un défunt qui aurait reçu des soins de conservation. Un bon assistant ou conseiller funéraire qui est en charge d’une maison funéraire doit faire, chaque soir, le tour de tous les défunts qui y reposent et pratiquer un examen visuel rapide.

Au préalable, il sera idéal de se faire expliquer les signes qui ne trompent pas (trop nombreux pour être listés ici, mais ils feront l’objet d’un article). Un indice : un défunt qui aurait reçu un soin de conservation le matin et dont l’extrémité des doigts serait noire dès le soir, c’est un signal d’alarme.

En tout cas, une chose est sûre : exception faite du cas où le défunt repose au domicile, vous devez être informés avant la famille que le corps se dégrade et garder l’initiative.

Établir une stratégie concertée avec la famille

Lorsqu’il apparaît évident que le corps du défunt se dégrade et qu’il ne pourra pas rester exposé jusqu’aux obsèques, il va falloir en informer la famille. Dans de bonnes conditions : il ne s’agit pas de croiser un des membres dans un couloir et de lui expliquer la situation entre deux portes. Demandez-leur de vous rejoindre dans votre bureau, ou dans un salon, et exposez-leur posément la situation.

Ensuite, dans l’hypothèse où le thanatopracteur ne peut pas rectifier la situation, ou si la famille refuse, annoncez-leur que la mise en bière et la fermeture du cercueil anticipée sera la seule solution envisageable.

À l’objection, dont nous parlions plus haut, de la tante qui a très bien résisté à quelques jours d’exposition sans soin, rappelez que chaque défunt est différent, que la masse graisseuse, les éventuels traitements que le défunt prenait avant son décès etc. Mais aussi la saison, le température, l’hygrométrie, font qu’aucune des situations n’est comparable.

Enfin, fixez un seuil. D’où l’importance d’anticiper : il ne convient pas de dire à la famille que l’état du corps est trop dégradé et qu’il faut fermer le cercueil immédiatement. Anticiper permet de dire à la famille que c’est une question d’heures, et qu’il faut hâter ceux qui tiennent absolument à dire un dernier au-revoir au défunt.

Une étape intermédiaire pourra être proposée, comme la mise en cercueil ouvert. Ceci évite l’écoulement des fluides sur le sol, ce qui a un effet désastreux, et, également, prépare la famille, psychologiquement, à la fermeture anticipée. Bien entendu, ces explications sont trop brutales, et à proscrire. On préférera quelque chose comme « Si on fait ça maintenant, ça fera un peu de temps en plus pour lui dire au revoir quand tout le monde sera arrivé ».

Enfin, préparez-vous : même si ce n’est pas votre faute, même si vous avez fait tout ce qu’il fallait faire, la famille sera déçue. Alors donnez-vous à fond pour que le convoi soit magnifique. Si vous n’avez pas répondu « Évidemment, comme toujours », il faut qu’on parle…

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