Mise en boîte à la morgue

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Les équipements, dans les morgues et funérariums, ne sont pas toujours disponibles. Parfois, il faut faire avec les moyens du bord, et détourner des objets du quotidien. Dans ce cas, il faut être tout aussi imaginatif qu’attentif…

Dans ce petit hôpital sans trop de moyens, les infirmières n’avaient pas trop le choix : elles utilisaient les bacs plastiques étanches, très célèbres, très pratiques, vendus en réunion, comme stockage pour les fœtus. Le plus dur était de s’habituer à l’idée que son déjeuner pouvait être contenu dans le même type de boîte qu’un petit corps de bébé mort-né.

Mais l’esprit humain est souple, et les infirmières avaient convenu d’utiliser un seul type de contenant, toujours le même modèle, pour ce macabre usage, et le fuyaient comme de la peste dans leur vie privée.

Il faut dire qu’il y en avait beaucoup à passer dans cet hôpital qui était aussi un centre d’analyse régional. Tous les enfants décédés des environs étaient envoyé là, pour une autopsie destinée à déterminer ce qui s’était mal passé. L’objectif ? Solutionner le problème pour les grossesses suivantes.

J’avais fait une centaine de kilomètres pour ramener un petit corps auquel ses parents voulaient à tout prix faire des obsèques dignes. Je n’avais qu’une envie, aller m’acheter un sandwich, puisqu’il était l’heure, et rentrer, mais voilà : plus personne ne trouvait la boîte en plastique, ni, par conséquents, le petit corps.

Nous avions cherché partout, partout, mais nous sûmes que nous l’avions trouvé lorsqu’un cri d’horreur monta de la salle de pause des infirmières, au bout du couloir.

Forcément, elles utilisaient cette boîte pour les fœtus, la détournant de son usage, toujours le même type, et elles le savaient. Mais pas les deux stagiaires, la première, qui avait trouvé la boîte dans la salle de travail et avait pensé que quelqu’un avait déposé son déjeuner ici, appelé par une urgence, et l’avait oublié. Sympathique, elle l’avait déposé au réfrigérateur de la cuisine, pour rendre service. La seconde, qui avait une boîte déjeuner identique et avait confondu. C’est elle qui avait crié en l’ouvrant.

Je suis reparti avec le petit corps, mais vu l’état ou nous avons trouvé l’infortunée stagiaire, pétrifiée devant ce qui devait être une salade végétarienne, je me suis demandé si je n’allais pas repartir avec un second défunt.

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