Monuments aux morts, l’héritage de la Grande Guerre

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Ils font partie du patrimoine incontournable de nos villes et villages, histoire des monuments aux morts. Dans cette première partie nous aborderons le contexte, l’édification des monuments, et certains monuments qui sont particuliers.

Contexte du monument aux morts: la première guerre mondiale

Les monuments aux morts n’existent quasiment pas en France avant le XIXème siècle. Quelques uns, ça et là, rappellent d’anciennes victoires militaires.

Le premier monument aux morts tel qu’on le connaît, c’est à dire celui qui énumère les noms des soldats, apparaît à Nancy. Il commémore l’indépendance de l’Amérique et rend hommage aux Nancéens morts pendant la bataille de Yorktown. S’en suivent quelques monuments commémorant la guerre franco-prussienne de 1870.

La première guerre mondiale fait naître les monuments aux morts. Cette guerre, qui devait être la dernière, la « der des ders », et que l’on penserait « courte » a vite dépassée l’armée qui dû faire face à un nombre de morts auquel elle ne s’attendait pas.

> Près de 9 millions de morts pendant la 1ère guerre mondiale <

L’édification des monuments aux morts est la réponse de la France pour honorer ses soldats tombés pour elle, mais surtout une réponse à l’absence de corps. En effet les corps des soldats ne sont pas restitués aux familles mais demeurent dans les cimetières militaires. Beaucoup de familles sont opposées au non rapatriement des corps et vont même jusqu’à exhumer et ramener clandestinement les défunts chez eux. Certaines pompes funèbres ou escrocs font même leur beurre sur cette activité en faisant eux-mêmes le transfert.

> A lire : Au revoir là haut, Pierre LEMAITRE, 2015 – Ed. Albin Michel <

Édification des monuments aux morts

La première guerre mondiale marque une entrée malheureuse dans le 20ème siècle avec la mort de masse. Les anciens combattants revenus chez eux veulent appeler au pacifisme, ne plus revivre l’enfer des tranchées, sans que l’on oublie les familles qui ont perdu un proche.

Dans les trois premières années qui suivent la fin de la guerre, on inaugure presque 15 monuments par jour.

> Presque toutes les 36 000 communes de France ont un monument aux morts <
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Monument aux mort des Abymes, Guadeloupe – Photo Lambey Brigitte

Des marbriers, des artistes, se rendent vite compte du potentiel financier que représentent ces monuments, et il se créé un « marché de la mémoire ». Beaucoup envoient des catalogues de modèles aux communes, allant du plus simple au plus élaboré des monuments.Monument aux mort des Abymes, Guadeloupe – Photo Lambey Brigitte

Mais les modèles et les messages que font passer les monuments ne font pas tous l’unanimité. Aux communes qui veulent glorifier la mort au combat, s’oppose le pacifisme des anciens combattants qui préfèrent rappeler le sacrifice fait pour la paix.

Se créent autours des monuments aux morts des débats politiques houleux opposant droite et gauche, cléricaux et anticléricaux, laïques et catholiques …

Plusieurs type de monuments voient donc le jour, en fonction notamment des orientations politiques de la commune. Les monuments patriotiques représentent plutôt la victoire (coq, buste ou statue de poilu, gravure « à nos héros ») ou un patriotisme sacrificiel. A l’inverse des autres monuments  qui sont pacifistes (deuil, veuve, pleureuse, gravure « a nos morts »).

Aucune règle n’encadre l’inscription du nom d’un soldat sur un monument aux morts. On peut donc trouver le même soldat sur plusieurs monuments de différentes communes. Lieu de naissance, lieu de mariage ou même séjour sur la commune avant la guerre, les Mairies ne refusent pas les noms des enfants, époux, proches décédés et les « adoptent » comme enfants de la commune.

Particularités

En Alsace Moselle, les régions étaient annexées à l’Allemagne, et certains français se sont donc battus sous uniformes allemand, contre leurs voisins, cousins, en tout cas compatriotes alsaciens ou mosellan dans un uniforme français. Ces région doivent donc gérer un deuil et une représentation du deuil collectif particulier. A Strasbourg, le monument aux morts représente donc une allégorie de la ville, une femme qui tient deux soldats nus dans ses bras, représentant l’un la France, l’autre l’Allemagne.

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Monument aux morts de Strasbourg – Carte postale Compagnie des Arts Photomécaniques

Dans les Colonies françaises aussi, on érige des monuments pour les soldats. Dans les régions Outre-Mer, les soldats des catalogues posent cependant un léger problème … C’est que ceux-ci sont blancs ! On entreprend alors de les personnaliser pour qu’ils représentent véritablement les combattants tombés au front, ont repeint leur peau en noir et leurs uniformes.

> le monuments aux morts des Abymes, en Guadeloupe a été inscrit au titre des monuments historiques en 2013 <

Les femmes sont souvent représentée pour leur symbole (mère, veuve, deuil), mais aucune ne figurent sur les monuments aux morts, à l’exception d’une seule à la Forêt du Temple en Creuse (une mère, dite « morte de chagrin »). Les femmes sont inscrites en tant que victimes civiles, ou sur un monument à part entière lorsqu’elles sont décédées dans le cadre de leurs fonctions (infirmières).

> de la guerre franco-prussienne à la guerre d’Algérie, il faisait bon d’être un habitant de Thierville (Eure). La commune n’a eu aucun mort durant toute ces guerres et n’a donc pas de monument aux morts <

Il existe aussi des monuments aux morts par « faits de guerre ». La plupart du temps, il s’agit de soldats exécutés pour l’exemple, par une justice militaire excessive qui n’offrait aucun vrai procès. Les faits reprochés étaient plus ou moins graves : mutineries, désobéissance, mutilation volontaire, jour de congé sans permission. Certains ont été réhabilités. Aujourd’hui encore certaines associations se saisissent de la question pour que justice soit faite à ces combattants souvent injustement fusillés par leur propre camp.

A Toulon est érigé un monument en l’honneur de Désiré Bianco. Il rend honneur à celui qu’on considère comme le plus jeune défunt de la grand guerre. Ce jeune volontaire est mort à l’âge de 13 ans. Il est monté au front en dépit des ordres de son supérieur qui voulait le laisser à l’arrière, lui échangeant même son fusil et sa baïonnette contre son propre sabre pensant décourager l’enfant d’aller au combat.

Les résistants, notamment après la seconde guerre mondiale se verront aussi ériger des monuments aux morts.

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Stèle du souvenir Ville de Caujac à la mémoire de résistants

Dans le prochain article, nous verrons l’esthétique et les symboles utilisés sur les monuments, ce qui s’est fait ailleurs, et enfin ce qui s’est passé d’un point de vue politique et social de 1914 à nos jours avec les monuments aux morts.

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