Mourir en mission dans l’espace ? Questions et solutions bioéthiques.

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Et si aujourd’hui l’on pensait à l’impensable ? Personne ne choisit ni quand ni comment il va mourir. Certaines professions sont à risques et on le sait, et l’on peut ainsi mourir bien au chaud dans son lit, comme en pleine tempête sur l’océan. Une profession hors du commun ne peut que conduire à une mort hors du commun. Que faire si lors d’une mission spatiale, un membre de l’équipage meure dans l’espace ? Comment conserver son corps ? Doit-on le conserver ? Des questions pratico-éthiques se posent. Éclairage de l’au-delà… ou presque.

Qu’est-ce qu’il se serait passé si en 1969, les téméraires astronautes de la mission Appolo 11 n’étaient jamais revenus ? Le président Richard Nixon avait un discours prêt, mais concrètement ? Vous comptez un jour vous rendre sur Mars ? Très bien, comptez plus d’un an en aller-retour, personne ne pourra donc venir vous chercher si vous tombez malade ou si vous décédez.

Si les agences spatiales s’interrogent sur la manière de fouler le sol de Mars, des professionnels de ces agences se penchent sur toutes les questions éthiques et déontologiques que susciterait un ou plusieurs décès des membres de l’équipage. Des questions pratiques : Que faire du corps ? Comment le stocker ? Doit-on le ramener sur Terre à la fin de la mission ? Mais aussi éthiques : Quel impact sur le reste de l’équipage d’avoir un cercueil à bord ? Peut-on décider de polluer l’espace avec un corps ? Peut-on priver une famille du retour du corps d’un être cher ? Si l’agence spatiale sait que l’équipage ne rentrera pas vivant, doit-elle lui dire ?

À la NASA un homme en particulier se pose cette question. Il s’agit de Paul Root Paul-Root-wolpe Mourir en mission dans l'espace ? Questions et solutions bioéthiques.Wolpe, spécialiste de bioéthique. Il a lancé une série de questions sur les procédures et sa législation concernant la bioéthique ingénierie. C’est à lui que revient la lourde charge d’étudier toutes les questions des décès en apesanteur.

Vous allez me dire « oui mais sur Terre aussi ça peut être très complexe ». Certes un géologue enseveli ou un chercheur mort aux confins de l’Arctique ne permet pas toujours la récupération du corps. Dans ces deux derniers cas, outre la question éthique par rapport à la famille du défunt, le professionnel fait face à sa propre solitude inhérente à son métier. Mais un membre d’équipage comme son nom l’indique fait partie d’un collectif. Et c’est là qu’intervient la bioéthique. Quelles sont les responsabilités de ses collègues ? Et quelles sont les responsabilités de l’agence par rapport à l’équipage ? Cela devient un décès non isolé, mais une mort qui s’inscrit dans une mise en abîme de la conscience de chacun.

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Une approche pragmatique

On le sait, envoyer des agents dans l’espace coûte cher, très cher. Stocker un cercueil à bord alourdirait la facture de plusieurs dizaines de milliers de dollars. De même il reviendrait à l’équipage d’effectuer une mise en bière et de travailler pendant de long mois aux côtés d’un cercueil. Pour un équipage formé psychologiquement à l’endurance et à la restriction, ce côté très terre-à-terre de la vie humaine vient contrecarrer leur mission et risque d’avoir un impact psychologique désastreux : dépression, crise d’angoisse, suicide, abandon de la mission, etc.

Aux confins de nulle part

Les plus pratiques d’entre vous diront sûrement « on ouvre le sas et le cadavre se décompose dans le cosmos ». Mais nous ne sommes ni dans Armageddon ni dans l’Odyssée de l’Espace, ni dans aucun film qui vous tire une larmichette à chaque fois. La charte de l’ONU est très claire sur le sujet: interdiction d’envoyer des débris dans l’espace. Le corps humain est-il considéré comme un débris ? L’ONU explique « On entend par débris spatiaux tous les objets créés par l’Homme, y compris des fragments ou éléments de ces objets, que leurs propriétaires puissent être identifiés ou non, qu’ils se trouvent en orbite terrestre, ou qu’ils reviennent dans les couches denses de l’atmosphère, de caractère non fonctionnel et dont on ne peut raisonnablement escompter qu’ils puissent trouver ou retrouver la fonction pour laquelle ils ont été conçu ou toute autre fonction pour laquelle ils ont été ou pourraient être autorisés ». Voilà pourquoi la Société californienne Elysium Space qui propose d’envoyer une partie des cendres dans l’espace – impossible en France vu la législation sur l’interdiction de séparer les cendres– me semble déontologiquement peu compatible avec cette question des débris même si elle a été créée par un ancien membre de la NASA, Thomas Civeit.

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Imaginez, qu’un corps envoyé dans l’espace rencontre par accident un des nombreux engins spatiaux en orbite, la collision compromettrait toute la mission et pire encore contaminerait de fait toutes les surfaces sur lesquelles atterriraient l’engin en question. Impensable même si le désir d’immortalité terrestre d’atterrir aux confins de Pluton est tentant.

Promessa : le début d’une solution ?

Nous vous avons déjà parlé à plusieurs reprises de la promession. Ce procédé a été créé en Suède en 1999 par le Dr. Susanne Wiigh-Mäsak. En 2001, elle fonde la société Promessa afin d’exploiter et d’étendre le concept se spécialisant ainsi dans une solution de funérailles écologiques. Elle sillonne le monde pour faire des conférences en expliquant ce procédé novateur. Sollicitée, elle a été contactée par la NASA dans le cadre de leur mission sur Mars qui n’aura lieu que dans quelques années mais dont les questions bioéthiques soulevées plus haut, sont à traiter dès aujourd’hui. En 2005, un projet conceptuel voit le jour, il s’appelle « le Body Back » qui reprend la forme de la promession –à savoir la surcongélation et la vibration -. Il s’agit d’une sorte de sac de couchage vibrant fait à partir d’un tissu Gore-Tex , un tissu en membrane extrêmement résistant pour toutes sortes d’activités dans des conditions climatiques extrêmes. Le process serait ici d’exposer le corps à une température glaciale et ensuite de le soumettre à une vibration haute fréquence pour réduire le corps en fine particule de poudre. Pesant encore quelques kilogrammes, cette poudre serait alors stockée dans une cabine jusqu’à la fin de la mission.

Même si ça n’est pas encore pour tout de suite, les solutions sont en cours de développement afin de répondre au plus juste à toutes les questions bioéthiques que soulèvent la mort au delà de l’atmosphère.

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