Ne jamais faire de soins de thanatopraxie pendant les travaux

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valise thanato

Les funérariums, vous savez ce que c’est : du passage, une utilisation intensive, ajoutez à cela un besoin d’être toujours à la pointe de l’accueil, et ce qui doit arriver arrive : il faut faire des travaux. Et bricoleurs comme vous l’êtes, mieux vaut appeler des ouvriers. Mais l’ouvrier du bâtiment, on l’oublie souvent, cache sous son bleu de travail un petit cœur qui bat…

Thanatopracteur 1, ouvriers 0

« Il n’y a pas le choix, il faut le faire comme ça ! » on voyait que ça ne plaisait pas au patron, mais son ton était péremptoire.

Le thanatopracteur se voulait apaisant « Mais ça ne peut pas attendre ? »

« Non » affirma le patron « La famille est déjà en route, ils vont mettre, maximum, deux heures à arriver ici, Madame Chombier est déjà en case, elle attends, tu as juste le temps de faire les soins, la présentation et tout »

Le thanatopracteur fit un signe en direction de la salle de soins « Et eux ? Ils peuvent pas faire une pause le temps que je fasse les soins ? »

« Non, non, non, ils ne peuvent pas, ils sont déjà à la bourre, et si ils s’en vont ce soir sans avoir fini, ils ne reviendront pas avant trois semaines, et l’autre équipe est censée commencer demain »

Le thanatopracteur finit par se résigner. Il se dirigea vers le laboratoire, ou du moins, la partie délimitée par des rails métalliques censée être le laboratoire.

« Bonjour. Désolé, vraiment, les gars, mais une urgence ».

Les quatre ouvriers occupés à poser le placoplâtre rendirent le bonjour, et indiquèrent que ça ne les dérangeait pas.

Le thanatopracteur se dirigea alors vers les cases réfrigérées, en sortit le corps de Madame Chombier, l’installa sur la table, ouvrit la housse, et commença à installer son matériel. Les ouvriers se concentrèrent sur leur travail, s’efforçant de ne pas regarder le corps dénudé sur la table.

Après la toilette, le soin proprement dit commença. Le thanatopracteur fit la première incision. Au moment ou le bistouri entamait la peu de la jambe, il lui sembla entendre un « GLOUP » distinct. Mais, relevant la tête, il ne vit que les quatre ouvriers qui travaillaient, peut être un peu plus pâles, peut être un peu plus lentement.

Il procéda ensuite à l’incision au niveau du cou. Encore une fois, un « GLOUP » sonore se fit entendre, puis plus rien que le bruit des ouvriers travaillant. Le thanatopracteur observa qu’ils s’efforçaient de faire moins de bruit, et que certains avaient la tête rentrée dans les épaules, comme s’ils voulaient se faire petits.

Lorsque le thanatopracteur prépara le tube de ponction cardiaque, à nouveau, il entendit un « GLOUP » distinct. Cette fois-ci, il était en alerte, et repéra sa source. Un des ouvriers, le plus jeune, jetait de temps en temps un œil curieux sur ce qu’il se passait derrière lui. Il était grand, épaules larges, avec un physique de pilier de rugby surplombé par un visage aimable et des yeux curieux.

Le thanatopracteur prévient « Je serais vous, je ne regarderai pas, là » et entama la ponction cardiaque. Il y était depuis moins d’une minute qu’un Boum ! Sonore retentit. Sa première pensée fut « Je l’avais bien prévenu ».

L’ouvrier costaud gisait de tout son long sur le sol. Il avait vu, il avait tourné de l’oeil. Mais la catastrophe débuta à ce moment précis. Ses trois collègues, déjà sous tension, se retournèrent. Ils virent d’abord leur ami allongé au sol, puis leur regard glissa vers le thanatopracteur, comme attiré par un aimant. Ils le virent avec son masque et ses lunettes, le trocard enfoncé dans la poitrine de la défunte, et c’est fut trop. Un second s’assit par terre, pâle, le troisième couru vers les toilettes mais, à en croire les bruits de vomissements, n’eut pas le temps de les atteindre, et le quatrième s’xcusa rapidement « J’ai besoin de prendre l’air » avant de sortir.

Finalement, l’ouvrier fut réanimé, avec plus de peur que de mal. Le second retrouva ses couleurs, après avoir été faire un tour dehors, le quatrième aida le troisième à réparer ses dégâts. Tous quatre convinrent avec leur patron qu’ils prendraient une longue pause pendant la fin du soin et termineraient plus tard le soir.

Lorsque la famille de Madame Chombier arriva, à l’heure dite, ils s’extasièrent devant la présentation de la défunte. Son fils se tourna vers le thanatopracteur, qui finissait la mise en place quand ils étaient entrés dans le salon. « Elle est parfaite, c’est tout à fait elle. Vous n’avez pas eu de mal ? Il y a des choses auxquelles on doit faire attention ? »

Le thanatopracteur se remémora son après-midi « Non, non, rien de particulier à signaler. »

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