Ne pas se rendre aux obsèques, doit-on culpabiliser ?

1
114
ne pas se rendre aux obsèques

Dans la vie, nous faisons tous un tas de choses que nous n’aimons pas. Ça commence dès le biberon avec la soupe infâme aux légumes que l’on vous a amoureusement, préparée. Puis en grandissant on se retrouve à aller dormir alors qu’il ne fait même pas nuit. Puis les maths, passer à l’oral devant tout le monde, porter ce vêtement vraiment pas terrible et sans faire attention, nous voilà à dire bonjour avec un sourire qui sent bon l’hypocrisie à nos collègues de bureau ou dîner avec ce rencard complètement à côté de la plaque. Ne pas se rendre aux obsèques d’un proche, fait il de nous une mauvaise personne ?

Tout ça, se sont des considérations individuelles, cette nuance fine philosophique entre l’obligation (de soi) et la contrainte (sociétale, morale et étatique). En revanche, ne pas vouloir se rendre à un enterrement, c’est autre chose, les gens disent, les gens chuchotent, les gens racontent, les gens… bref, les autres.

Petit rappel de déculpabilisation à l’usage de la bienséance :

« En résumé ma mère va bientôt décéder en laissant seule ma grand-mère de 91 ans.
Je me rendrai aux obsèques pour soutenir ma grand-mère qui m’a élevée mais je refuse de faire semblant d’être triste. Je ne souhaite pas lire quoique ce soit à la cérémonie etc…
Trouvez vous cela choquant? Avez-vous déjà vécu cette situation? Je suppose que c’est mal perçu…. »

Vous avez été tous été très gentil à l’égard de ces questionnements. Pourtant, ailleurs, j’ai pu lire des choses d’un tout autre registre. « Tu y vas », « tu t’en occupes », « ça s’appelle le respect ». Oui… mais non. Le respect, tient au devoir, et le devoir c’est de pourvoir aux funérailles, voilà pourquoi la loi va chercher tous les héritiers d’un défunt. Après, se rendre aux obsèques, c’est autre chose.

La cérémonie : le rituel des vivants

Il y a deux trois trucs que je vous martèle sans arrêt, que les deuils sont tous différents, que j’adore la barbe à papa et que la cérémonie est pour les vivants. Donc si l’on suit le syllogisme, si la cérémonie est pour les vivants, nous ne sommes pas obligés d’y aller. C’est exactement comme un mariage finalement, si l’on a pas de proximité envers la personne au cœur de la cérémonie, n’est-ce-pas un profond irrespect de s’y rendre ? Pourquoi ? Pour qui ?

Lire aussi :  Rave party avant l'heure, la danse mortelle de Strasbourg

Pour faire plaisir à quelqu’un d’autre

Dans le cas précis  cette personne se rendra aux obsèques, pour sa grand mère, la cérémonie tient alors lieu d’hommage à quelqu’un d’autre. Le cœur du rituel bat et se déplace du défunt à un proche, un substitut. Votre présence devient alors un moyen d’accompagnement, un soutien, et non plus une vision personnelle et identitaire à l’égard du défunt.

C’est une question à laquelle j’ai déjà été confrontée. « Je sais que tu ne l’aimais pas, mais pour moi est-ce-que tu viendras ? » J’ai répondu non, et pourtant je n’y suis pas encore confrontée, peut-être changerais-je d’avis d’ici là, l’empathie prenant le pas sur tout le reste. Pas croyante pour un sous, je pense paradoxalement, que me rendre aux obsèques de quelqu’un pour lequel, non seulement je n’avais pas d’affection, mais au contraire beaucoup de colère est une sorte de blasphème. Je place l’hypocrisie en tête des défauts du monde, à quoi ressemblerais-je si j’y vais, si ce n’est à cette personne que je déteste.

Pour soi

S’il y a bien une chose qui est difficile à vivre dans la vie, ce sont les regrets, ils nous hantent si bien que beaucoup on fait du carpe diem un vrai leitmotiv pour ne pas avoir à subir leur propre conscience. Dans tous les cas, que vous vous décidiez à vous rendre aux obsèques ou non, sachez que cette question très intime vous appartient, nulle personne autour de vous, nul regard moralisateur ne doit interférer dans votre choix. La mort cachée, la mort tabou, crainte, exposée, et ici la mort devant laquelle on se met à genoux pour une question qui relève plus du fantasme religieux et historique qu’autre chose. Il y a à peine quelques années, il y avait des veillées partout et aujourd’hui lorsqu’on ose se demander si l’on se rend aux obsèques ou non, fatalement le décalage et l’irrespect moralisateur ne sont jamais loin.

Lire aussi :  Assemblée générale de la MUTAC : 2016, une année exceptionnelle !

Une mauvaise personne ?

Ne pas y aller, fait-il de nous une mauvaise personne ? le « toi tu n’es même pas venu », « toi tu n’as pas pleuré » -parce qu’il s’agit de ça finalement d’une marque de chagrin publique – qui nous rend vulnérables. Le pire dans tout cela c’est qu’on assiste à une mise en abîme du problème, non seulement nous ne souhaitons pas nous y rendre parce que nous n’aimons pas la personne, mais alors même qu’elle est morte, qu’elle n’est plus là pour nous dire quoique ce soit, son silence et sa seule présence dans la salle, vous font passer pour une mauvaise personne lorsque vous brillez par votre absence. N’est-ce-pas le comble ? Non vous n’êtes pas une mauvaise personne si vous ne faites pas semblant de pleurer devant le cercueil de quelqu’un qui vous a fait du mal à vous, ou à vos proches, ou même de quelqu’un qui vous indiffère.

Ne culpabilisez pas d’avoir plus de peine pour votre voisine que pour votre propre mère. Ne culpabilisez pas d’aimer un inconnu plus fort qu’un de vos proches. La famille n’a pas le même sens pour tous, « les liens du sang sont plus forts que tout ? » Non, l’amour est plus fort que tout. N’allez que dans des endroits où règne l’amour. Ça fait très Roi Lion, mais personne n’est là pour vous juger, alors soyez indulgents avec votre cœur, il le mérite.

 

1 commentaire

  1. « Le respect, tient au devoir ». Oui et non. On vit dans une société où le respect est dû et est considéré comme naturel. Or le respect véritable né de soi et du rapport aux autres. Si une personne ne se respecte pas, on aura du mal à la respecté. On s’efforcera de le faire car cela fait partie des valeurs inculquées dans notre culture, mais tacitement, ce respect de ne sera pas honnête et véritable. Se respecter soi, c’est le premier moyen d’autodéfense dans la vie et le vrai devoir que chacun a, c’est tout d’abord se respecter soi-même. Les autres, mériteront notre respect si c’est le cas. Je connais des personnes irrespectueuses et d’autres qui ne sont pas respectables. Je ne souhaite pas leur mort, mais je ne leur souhaite pas du bien non plus, je les ignore. Je cohabite avec eux par tolérance et non par respect. Tolérance, un autre mot à définir… Bref en tout cas merci pour votre article très pertinent.

LAISSER UNE RÉPONSE

Please enter your comment!
Please enter your name here