Nécrologie du professeur Largefeuille

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Le professeur Largefeuille et Hélène Brunelle

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Le professeur Largefeuille et Hélène Brunelle

Il est des personnages qui, dans leur métiers respectifs, ont su un jour se démarquer des autres et apporter une vision résolument moderne, novatrice et sans cesse renouvelée.

L’hommage Funèbre qui suit concerne une sommité de la thanatopraxie belge qui s’est éteinte il y a maintenant trois semaines à l’âge de 88 ans et qui a su faire passer son intérêt pour notre profession bien au-delà d’une commune mesure.

Certains d’entre nous en France, en Hollande, en Grande Bretagne, en Allemagne, en Italie ou ailleurs ont eu le privilège de recevoir son enseignement.

Voici donc l’histoire des trois vies du Professeur Charles Largefeuille …

Nous sommes le 6 mai 1925, Charles Largefeuille naît à Liège (Belgique), son père dirige une entreprise familiale de Pompes Funèbres déjà très connue car établie en 1802 !

Son enfance se déroule sans problème, il suit des cours de menuiserie durant deux années jusqu’au décès de son père qui survient le 31 janvier 1940 lorsque le jeune Charles a alors 14 ans mais les évènements géopolitiques mondiaux se précipitent jusqu’à ce que l’Allemagne envahisse la Belgique et les Pays-Bas  en même temps le 10 mai 1940.

Quatre jours auparavant, le jeune homme vient de recevoir l’autorisation officielle de gérer l’entreprise, il a tout juste 15 ans !

Le 18 juin de la même année un autre Charles (De Gaulle) lance un appel solennel aux français, dès lors ces derniers qui n’ont pu le rejoindre en Angleterre, écoutent chaque soir avec attention les messages codés en provenance de Radio Londres.

Ceux qui le côtoyait ont tour à tour évoqué avec lui ces souvenirs d’occupation mais l’homme n’était pas prolixe sur le sujet, il raconte toutefois une petite anecdote qui le conduisit un soir de couvre-feu et alors qu’il se trouvait dans la rue sans autorisation d’y être et dans laquelle il fut arrêté par la Gestapo qui le conduisit prestement dans une salle d’interrogatoire.

Après un long moment d’attente particulièrement anxiogène pour un « enfant » de cet âge, le Chef de la Gestapo en personne se déplaça et lui demanda la raison pour laquelle il s’était permis de sortir pendant le couvre-feu instauré par les autorités d’occupation.

Charles ne perdit pas son sang froid et répondit qu’il était entrepreneur de Pompes Funèbres et qu’il était simplement venu chercher un permis pour circuler et faire son travail pendant ces heures justement où il n’était permis à personne de sortir dans les rues.

Le Chef de la Gestapo lui fit rédiger immédiatement un permis sans poser plus de question…

Le conflit international qui voit la capitulation de l’Allemagne le 8 mai 1945 ouvre une nouvelle ère et une nouvelle vie à Charles qui a maintenant 22 ans, celui-ci se passionne pour le « speed-boat » (course de vitesse en bateau) et devient cinq fois le recordman mondial de la discipline aux commandes de son engin qui lui vaut le surnom de « The Flying Undertaker » (l’entrepreneur de Pompes Funèbres volant) .

C’est donc en 1947 et alors que Charles ne savait même pas nager, que ce dernier est victime d’un spectaculaire accident où d’une part il faillit se noyer et d’autre part que le bateau se désagrégea littéralement en lui causant un arrachement du cuir chevelu, il raconte d’ailleurs à ce propos que c’est à cette mésaventure qu’il doit ses cheveux gris qu’il acquis quasi instantanément !

L’année 1950 lui apporte l’un des plus beaux moments de sa vie , il épouse Andréa qui est professeur de littérature anglaise à l’Université de Liège, ils ne se quittèrent plus et vécurent ensemble jusqu’au décès d’Andréa en 1999, date à laquelle Charles décida de se séparer de l’entreprise familiale qui en 1940 assurait 70 convois annuel contre près de 950 en 1992.

De cette union naquit leur fille Anne, en 1962 mais qui décéda ensuite avant Andréa.

Ces années de course valurent à Charles des rencontres aussi variées qu’inoubliables, il entretenait d’ailleurs des liens très étroits avec les dirigeants de la Triumph Motor Cycle Company, la célèbre marque créée par l’allemand Siegfried Bettman en 1883 et qui vit naitre des bolides mythiques telles que la Thunder Bird (oiseau de tonnerre) et la « Triumph Bonneville » qui bâtit le record de vitesse dans dans le désert de sel de Bonneville Salt Flats en atteignant les 344 km/heure , record qui sera sans cesse battu puis inégalé depuis 1970 lorsque Gary Gabelich passa la barre des 1000 km / heure avec son Blue Flame, nul doute que Charles aurait apprécié ce grand moment d’adrénaline.

Durant ces périodes de rencontres, Charles fit la connaissance de l’une des plus importantes figures de l’Institut Britannique d’Embaumement (British Institute of Embalming) , c’est à lui que l’on doit le magazine « The Embalmer ».

Reg Maton le premier éditeur du mensuel devint alors très ami avec Charles Largefeuille et l’art de l’embaumement a été alors une révélation pour lui surtout lorsqu’il fit la connaissance de Archie Hall, une autre figure emblématique du BIE, c’est ainsi qu’il fut reçu membre de l’Institut en mars 1969.

C’est alors que sept autres étudiants belges furent diplômés ce qui donna l’idée à Charles de se tourner davantage vers l’enseignement de cet art en fondant l’International College of Mortuary Sciences (Collège de Sciences Mortuaires) formant ainsi des centaines de stagiaires issus de toute l’Europe.

Il devint professeur du BIE en septembre 1974 et en septembre 1981 il devint le Secrétaire et Représentant officiel du Conseil National de la Division Belge du British Institute of Embalming et reçu de la part du Président du BIE, Mickaël Wright un verre avec la mention « le verre de l’amitié ».

C’est aussi à cette même époque que fut créée l’Union Professionnelle des Embaumeurs Diplômés, actuellement reconnue par l’État Belge.

En 1985, Charles fut nommé « Fellow » du BIE (que l’on traduirait par « Compagnon »), un titre distinctif et honorifique, c’est aussi l’année où il fut élu comme premier Président de l’ European Association of Embalmers (l’Association Européenne des Embaumeurs).

Durant sa vie il traduisit plus de 400 pages d’articles au sujet de la technique de l’art restauratif, discipline dans laquelle il excellait et qui fit sa réputation.

Il fut l’ami du célèbre embaumeur Américain Bob Mayer à qui nous devons la « bible » du thanatopracteur « Embalming » , un must have de tout thanatopracteur qui se respecte.

Bob Mayer reçut le 8 août 2010 le médaillon d’honneur de la Fountain National Academy of Professional Embalmers des mains de son fondateur , Vernie R. Fountain en même temps que John Inman et Donald Sawyer (à titre posthume), un autre grand nom de l’embaumement.

Charles Largefeuille aimait à déclamer la devise de son illustre ami Bob Mayer, « Apprendre n’a pas de fin ».

Telle était la force cachée de Charles, c’est ainsi et sur ce principe qu’il dirigea toute sa carrière et vécut ses trois vies….

Régis Narabutin

Secrétaire Général du SPTIS et Thanatopracteur

Sources : Alain Koninckx, diplômé de :

  • Fountain National Academy of Professional Embalmers & Reconstructive Surgery

  • European International Examination Board of Mortuary Science de Liège (formé par le Professeur Largefeuille)

  • Master en Art Restauratif (formé par le Professeur Largefeuille)

  • Formateur en Art Restauratif

  • Formé à la plastination

  • Embaumeur Indépendant

Certains détails de cet article se retrouvent dans le magasine « The Embalmers » dans lequel son meilleur ami, Peter Ball, avait rédigé un article en 2008 en retraçant la carrière du Professeur Largefeuille.

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