Nuit d’angoisse à la maison funéraire

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Il est des métiers aussi difficiles et souvent méconnus que les pompes funèbres. Agent de sécurité, par exemple. Ce métier ne consiste pas seulement à prendre l’air patibulaire à l’entrée des magasins. Et parfois, les deux se rencontrent. Tranche de vie des métiers méconnus.

Funérarium nuit

L’intervenant m’attendait sur le parking de la maison funéraire. Autant je passai devant ce bâtiment de jour sans y prêter attention, autant là, à deux heures du matin, je lui trouvai un aspect sinistre.

J’étais rondier. Le rondier, c’est celui qui assure la permanence de l’agence la nuit, fermeture des sites, mise en place des agents, et rondes, donc. Plus renforts, si besoin, pour l’intervenant. L’intervenant, son travail était simple : il avait un téléphone relié à un central de sécurité. Quand une alarme sonnait, le signal arrivait au central, qui appelait l’intervenant. Ce dernier se rendait alors sur place pour voir ce qu’il se passait.

Et l’alarme avait sonné au centre funéraire. L’intervenant était arrivé sur place, avait vu une voiture juste devant la porte principale du bâtiment, s’était garé derrière pour la bloquer. Le temps qu’il sorte de la voiture, il avait vu trois ou quatre silhouettes s’enfuir dans le champ en friche qui jouxtait le funérarium. Il avait alors sorti son chien, un berger allemand. La porte d’entrée du funérarium était fracturée. C’était à ce moment que j’étais arrivé.

« Bon, on en est où ? » demandais-je.

Il me fit un topo de la situation. « Ils ne doivent pas être loin, on a leur bagnole. »

Je regardai le chien. Il est clair que, lorsqu’ils devraient venir chercher leur véhicules, ils feraient moins les malins. « Le chien les sent ? » demandais-je. Bien que je connaisse bien le toutou, je ne donnai pas son nom. Celui qui connaît le nom d’un chien a un certain pouvoir sur lui, de le faire douter suffisamment longtemps, déjà.

« Il les sent, ils sont quelque part, en face ».

Je scrutai la nuit, noire, qui s’étendait devant nous. Les individus étaient au-delà de la portée de nos lampes, en tout cas. « Bon, tu as été voir comment c’était, dedans ? » demandais-je en désignant la porte du funérarium.

Il me fit non de la tête. « C’est pas que j’ai peur des morts, hein… »

Je soupirai et allai voir. Au delà de la vitre brisée, l’alarme continuait de sonner, et seules les ténèbres cohabitaient avec le bruit. La seule chose que ma MagLite parvint à éclairer, c’était le tableau, avec le nom des défunts. L’ensemble était parfaitement sinistre. Pendant un instant, j’essayai de trouver le courage d’entrer, puis une idée me vint. « Hé, il y en a peut être un autre qui n’a pas eu le temps de sortir, si tu envoyais le chien voir ? »

L’intervenant soupira « Avec tout le verre brisé par terre, tu veux vraiment retirer les morceaux de ses coussinets, après, un par un ? »

Je considérai le molosse « Probablement pas » dis-je. Puis, vaincu, je fis ce qu’il fallait faire « Bon, de toute façon, il y a effraction, j’appelle la BAC ».

Les gars de la brigade anti-criminalité de nuit, à cette époque, étaient de vrais cow-boys. Ils débarquèrent cinq minutes après, s’arrêtèrent au frein à main sur le parking, et sortirent de leur bagnole. Pantalons et veste en jean, rangers, tee-shirts à l’effigie de marques de whisky, flingue apparent à la ceinture, ils se la racontaient. Mais c’étaient tout, sauf des comiques, plus d’un voyou brestois qui avait résisté à son interpellation l’avait appris à ses dépens.

Nous leur fîmes donc un topo.

« Ok » finit par dire le chef « C’est bon, on va prendre la relève. On va planquer un peu ici, et on les chopera quand ils viendront récupérer leur bagnole. Ça caille, ils ne vont pas rester dans le champ trop longtemps quand ils croiront qu’on est tous partis. En plus, avec leur immatriculation, on sait qui c’est de toute façon. C’est un client régulier ».

« D’accord » fis-je, juste, on a besoin de savoir si quelque chose a été volé, pour notre client »

« Vous n’avez pas été voir ? » demanda un des policiers.

« Ben non, » répondit l’intervenant « on ne savait pas si il y en avait encore à l’intérieur ».

« Ok, je vais voir » dit l’un des policiers. Il se dirigea vers la porte, main sur son arme, éclaira l’intérieur, fit mine d’entrer, hésita, puis, se retournant, d’une toute petite voix, demanda à son chef « Euh… tu viens avec moi ? »

Il s’avéra, au final, que seul le distributeur à l’entrée avait été fracturé, pour y voler de la monnaie. Les cambrioleurs furent arrêtés une demi heure après. Mais l’air de profonde angoisse des policiers en sortant du funérarium me fit rire, un peu jaune. Je me promis d’éviter de revenir à cet endroit. Cinq ans plus tard, j’y débutai une carrière dans le funéraire qui se poursuit encore aujourd’hui.

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