Octobre 1915 : catastrophe meurtrière en plein Paris

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(capture site paristreizième.fr. journal Le petit parisien)

C’est au cimetière parisien du Père Lachaise, une stèle aujourd’hui peu lisible, une tombe municipale envahie de plantes sauvages. Celle renfermant les restes des victimes inconnues de l’explosion de la rue de Tolbiac. Ultime témoignage d’une incroyable catastrophe industrielle en plein Paris, il y a tout juste un siècle.

Tolbiac-225x300 Octobre 1915 : catastrophe meurtrière en plein ParisCette sépulture, creusée près de celles de victimes des bombardements de la Grande guerre, tombe dans l’oubli. Il ne reste rien non plus de l’usine de fabrication de grenades Billant qui tua 57 personnes au 174 de la rue, blessant une centaine d’autres, dévastant le quartier le 20 octobre 1915 peu après 14 heures.

Dans l’actuel XIIIe arrondissement de la capitale, l’ingénieur mécanicien Louis Billant, spécialiste d’instruments de précision, avait pu étendre sa petite usine au terrain vague adjacent. L’homme, un an après le déclenchement de la guerre, avait été sollicité par l’armée. But : fabriquer des grenades à la va-vite pour alimenter les soldats au front.

Ayant conçu une bien belle arme, il lança la production en grand. Certes, de précédentes et meurtrières explosions dans Paris avaient alerté. Aussi, des précautions avaient été prises rue de Tolbiac. La quantité d’explosifs stockée sur place était limitée, les magasins étaient séparés, les ateliers aussi. Douze baraquements. Et les grenades prêtes étaient enlevées régulièrement.

Mais la guerre réclamait encore, toujours plus de munitions. Et le 20 octobre 1915 se trouvaient entreposés dans l’usine au moins trois fois plus de grenades qu’autorisées. Les journaux de l’époque racontent que des ouvriers installaient des caisses d d’explosifs sur un camion. Soudain, l’une tombe, provoquant la déflagration et l’embrasement des autres. Les riverains ont entendu deux explosions, vu un épais nuage de fumée noire s’élever. Le souffle est ressenti à 500 mètres de là, arrachant portes, volets, toits des habitations alentours, abattant les murs. Dans les cris, on tente de se protéger en fuyant à l’aveugle. Des corps disloqués volent.

Très vite, une centaine de pompiers affluent. Douze lances aspergent le sinistre, rapporte la presse. Il faut empêcher que les flammes n’atteignent d’autres bâtiments à poudre. Les secouristes gagnent chaque mètre au milieu des grenades qui explosent, blessant, mutilant les hommes, qui doivent reculer. De ce champ de bataille, il faut retirer blessés et morts. Des femmes surtout, ouvrières, des militaires aussi, enfouis sous les décombres.

Dans l’après-midi, le président de la République Raymond Poincaré visite les lieux. Il se rend ensuite dans les hôpitaux. A la morgue, le lendemain, on cherche à identifier des corps carbonisés, méconnaissables, pas toujours entiers. Le préfet et l’assistance publique distribuent des aides d’urgence. Le quartier n’est plus qu’un vaste champ de ruines. Mais le front se rapproche de Paris, et déjà la production doit reprendre. L’ingénieur Billant poursuivra alors sa fabrication d’explosifs sur un nouveau site moins exposé, dans le Cher.

 

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