La Petite Mort sort aujourd’hui, pourquoi il faut absolument le lire

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Nous avons lu « La Petite Mort », de Davy Mourier, et, vous l’aurez deviné, vu le tapage qu’on en a fait, qu’à Funéraire Info, on a beaucoup aimé. Aujourd’hui que l’album sort, on vous explique pourquoi, et pourquoi il faut le lire.

9782756042565v La Petite Mort sort aujourd'hui, pourquoi il faut absolument le lireDavy Mourier va mourir à 16 H 30, à une date qui reste encore à définir. Ce scoop, première phrase de la préface d’Alexandre Astier, et entame du livre, vous éclaire sur le ton de l’album, que l’on pourrait résumer ainsi « On ne rit pas avec la mort, mais on fait ce qu’on veut en attendant qu’elle arrive ». Grosso modo, à la louche, à peu près, hein.

Mais de quoi ça parle ?

La Petite Mort, personnalisation anthropomorphique de notre trépas, parce que la mort, chez Davy Mourier, c’est quelqu’un, grandit entre maman Mort, dévouée et aimante, et papa Mort, tout aussi aimant mais avec un emploi du temps très chargé. La Petite Mort va à l’école, se fait des amis, à son corps défendant, tombe amoureux, malgré un corps défendu, aime son poisson rouge et son chat, et rêve de devenir fleuriste. Sauf que, bien sûr, il est destiné à reprendre l’affaire de papa.

Davy Mourier n’en fait d’ailleurs pas des tonnes sur cet aspect, et on lui en sait gré : les histoires de vocations contrariées sont légion, et se finissent toujours de la même façon. La Petite Mort finit par trouver une solution, elle aussi, mais à sa façon. L’histoire est ailleurs, et nous nous en voudrions de la déflorer.

Disons, pour faire court, que c’est l’histoire de l’apprentissage de la vie sous l’angle de la mort, du paradoxe de l’importance de la vacuité, de cette éphéméride des êtres qui partagent un instant d’éternité que l’on appelle la vie, et, au final, des choix douloureux à faire pour ce à quoi on tient. Oh, hé, dites, je viens de relire la phrase précédente, et il me semble important de signaler que c’est drôle. Très drôle, même.

Capture-d’écran-2013-08-22-à-18.43.561 La Petite Mort sort aujourd'hui, pourquoi il faut absolument le lireHumour noir, AOC

D’ailleurs, pour poursuivre sur le passage ci-dessus, c’est de l’humour noir, pas macabre, noir. Relisons ensemble la définition d’humour noir dans le dictionnaire : « Humour dénonçant l’absurdité du monde de manière cruelle et désabusée ». L’humour noir sert à souligner le côté cruel et absurde de nos existences, là ou l’humour macabre s’en fout comme de l’an quarante, tant que c’est gore et méchant.

Davy Mourier n’est jamais gore, jamais méchant gratuitement, et s’est fixé clairement pour objectif de proposer différents niveaux de lecture. Si vous avez envie de rire, La Petite Mort est pour vous. Si vous avez envie de réfléchir, un peu, ou plutôt trouver des sujets de méditations, et de rire, beaucoup, La Petite Mort est pour vous. Si vous avez juste envie de réfléchir, je vends mes livres de Kant en Garnier Flammarion parce que je viens de les racheter dans la Pleiade.

Il y a du Desproges dans cette Petite Mort, et ce n’est pas un compliment à prendre à la légère. Il y a aussi du Franquin, pas celui de Gaston Lagaffe, celui des Idées Noires. Il y a un mélange d’humour anglais, cette distanciation pince-sans rire face à l’absurde, et de l’humour juif, pour assaisonner le tout. D’ailleurs, après avoir fini de le lire, Pierre Desproges le conseillerait sûrement à Woody Allen.

Et l’humour noir tire sa force aussi de l’attachement, de l’empathie vis à vis de ses protagonistes. La fin, qui vous laissera une boule au fond de la gorge et les yeux qui piquent un peu, justifie le label. Je n’en dit pas plus, vous comprendrez.

Mais à quoi ça ressemble ?

Enchaînement de gags, La Petite Mort, ou histoire complète ? Les deux. L’album se présente sous la forme de strips, des gags en trois cases, mais dont la lecture continue forme une histoire complète. Je ne sais pas si vous avez essayé d’écrire, mais narrativement parlant, c’est un tour de force. Une fois que vous aurez lu la Bande Dessinée en entier, vous pourrez, lorsque la fantaisie vous en prendra, sortir de temps en temps l’album de votre bibliothèque, l’ouvrir au hasard, et lire un strip. Ou deux, ou trois, ou quatre, vous faites ce que vous voulez.

Publicités, irruption de pages en couleur, qui donnent l’impression (vite dissipée) de raconter une autre histoire, viennent régulièrement s’intercaler et casser toute velléité d’installation de la monotonie.

Graphiquement, c’est très joli. Davy Mourier a affirmé son coup de crayon par rapport aux premiers strips parus sur son blog, et affirme une véritable patte graphique à l’ensemble. Il fait partie de ces auteurs dont le style est reconnaissable au premier coup d’oeil.

L’album en lui-même est impeccable, soigné tant au plan de la maquette que de la qualité de présentation. Bon, il faut dire, les amateurs de BD opineront du chef, les Editions Delcourt ne plaisantent pas avec la qualité de leurs livres. Comme tous les albums de l’éditeur, celui-ci n’inspire qu’un seul commentaire : « Parfait, comme d’habitude ».

funéraire1-300x260 La Petite Mort sort aujourd'hui, pourquoi il faut absolument le lireLà, on dit du mal (mais pas trop)

Bon, allez, il faut bien dire du mal, et c’est la corvée à laquelle je vais me livrer maintenant. Il y a un point qui pêche dans l’album, c’est la réalité augmentée. Ceci, pour deux raisons, la première, idéologique et strictement personnelle, qui n’a donc pas sa place ici, et la deuxième, c’est que mon téléphone est un des rares modèles qui n’est pas compatibles, c’est tout aussi personnel, et c’est rageant.

Mais sachez, si, comme moi, vous n’aimez pas la réalité augmentée, qu’elle n’est nullement nécessaire à la lecture de l’album, les flashcodes ne menant que vers du contenu bonus, et que, si, au contraire, vous aimez ça, vous accéderez à des surprises amusantes et sympathiques. A noter, je me suis fait confirmer que c’était bien mon téléphone qui était à la rue, et que le système inclus dans l’album marche parfaitement.

Alors, c’est pour qui ?

D’habitude, nous concluons nos chroniques en expliquant à qui s’adresse le livre dont on parle. Mais ici, c’est différent. Ou beaucoup plus simple : vous savez lire ? Alors La Petite Mort est pour vous.

C’est aussi simple que ça. On parie que vous ne le regretterez pas. En tout cas, à Funéraire Info, nous sommes absolument tous devenus des fans inconditionnels, et nous attendons la suite avec impatience. Cette Petite Mort là, nous ne l’oublierons pas de sitôt.

Vous pouvez retrouver ici l’interview de l’auteur sur Funéraire Info

La Petite Mort, Davy Mourier, Editions Delcourt, 96 pages, sortie aujourd’hui, 4 septembre

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