Physiologie de la veuve de Anne Carol

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L’Histoire a un champ d’investigations infini : tous les sujets, du plus grand au plus petit, du plus commun au plus improbable, ont leur place dans cette discipline, dès lors qu’ils appartiennent à un passé plus ou moins proche. Certains sujets, quoique pointus, sont néanmoins passionnants. C’est le cas du livre D’Anne Carol, « physiologie de la veuve », une étude de la guillotine sous l’aspect médical et scientifique.

Évacuons d’emblée les jeux de mots : ce n’est pas parce que cet article traite d’un livre sur la Veuve razibus, sur Notre Dame de Monte-à-Regrets, et autre gais surnoms, qu’il sera raccourci.

CouvVeuveBOn1-191x300 Physiologie de la veuve de Anne CarolDrôle d’histoire

En fait, tout le livre tourne autour d’une question : la machine à décollation mécanique est-elle, oui ou non, un moyen humain d’ôter la vie ?

Le livre pose cette question dès son ouverture. Au fil des chapitres, l’auteure va nous décrire les principes qui ont fait opter pour ce moyen d’exécution, va nous expliquer son histoire, et nous expliquer ce point souvent négligé du grand public, à savoir comment l’on est passé d’un système de châtiments divers et variés dépendant de la faute commise et du rang social, à une mort unique, qui est une punition universelle socialement et auto-suffisante : plus question de faire souffrir un condamné, le tuer, mis eau ban ultime de la société, doit suffire. De là, la nécessité impérieuse de l’occire de façon prompte et nette.

Mais en fait, cette façon de tuer est elle aussi prompte et nette que cela ? Dans quelle mesure le condamné n’est il pas encore, après la chute de la lame, conscient et sensible ?

C’est la question que vont soulever des médecins, et des membres éminents de la société civile, à travers l’histoire, à des fins scientifiques, certes, mais aussi abolitionnistes ou au contraire dans le but de défendre les lames de la justice. Et c’est cette histoire que traite Anne Carol.

Un sujet intraitable, bien traité

Foin de gore ou de sensationnalisme, ici. Certes, il y en a, un peu, c’est inévitable, principalement dans l’abondante documentation. Mais jamais l’auteure ne succombe à la tentation de la facilité pour faire de son livre un best-seller. C’est une historienne qui traite avec méthode et prudence d’un sujet sérieux, et si son opus ne se vendra pas par charrettes entières, il a déjà gagné sa place bien en vue dans une bibliothèque de qualité.

Et on le constate au fil de la lecture, rien ne semble omis, ni passé sous silence. On notera quelque réticence, sur le chapitre consacré à la guillotine dans la culture populaire, mais Anne Carol s’en explique très bien, et n’évacue pas le sujet, traité de façon aussi exemplairement rigoureuse que le reste.

Et elle parvient à ouvrir le sujet : partant de la guillotine, l’on découvrira des passages passionnants sur la réalité de la mort selon les connaissances physiologiques de la médecine, ou le droit du condamné à disposer de son corps une fois le couperet tombé, la peine ayant été payée à la société.

Pour qui ?

Surprise, le livre est accessible. Anne Carol ne présuppose pas que ses lecteurs sont des universitaires spécialistes de la peine de mort, et prend le temps de contextualiser la mise en place de la guillotine, les raisons qui ont présidé à son adoption, ce qui la précédait et les alternatives. De même, elle ne traite, au fur et à mesure du livre, aucun sujet connexe comme si elle s’adressait à des spécialistes, mais prend le temps, pour chaque sujet, de bien le situer dans le contexte, sans, et c’est un exploit à souligner, digression hors-sujet.

De même le style, quoique dans un registre souvent soutenu, ne s’alourdit pas d’afféteries, et reste parfaitement intelligible pour tout lecteur régulier. Se munir d’un dictionnaire pourra être utile en une ou deux occasions, mais pas indispensable.

Alors, à qui le livre s’adresse-t-il ? Il est destiné, bien sûr, d’abord aux historiens spécialistes de la peine de mort ou de la médecine. Mais il contient suffisamment d’autres informations sur d’autres domaines de notre histoire, qui ont contribué aux évolutions de notre société, pour finalement intéresser tout un chacun. L’abondante documentation, le souci de l’auteur de traiter le plus précisément possible son sujet, le rendent bien plus captivant que beaucoup de romans.

Anne Carol semble s’être fait une spécialité de l’histoire de la médecine, et par conséquents de la connaissance de la mort dans l’histoire. Nul doute que nous en reparlerons dans Funéraire Info. Et au vu de la qualité de son travail, ce sera avec un grand plaisir.

« Physiologie de la Veuve, une histoire médicale de la guillotine » de Anne Carol, éditions Champ Vallon, collection « La chose publique »

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