Pic de décès : vers une canicule en hiver

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Y a-t-il une canicule en hiver ? C’est en tout cas ce que laissent croire de nombreuses informations qui nous parviennent de toutes les régions de France…
Pic des décès

… En effet, après une baisse remarquable dans le nombre de décès l’an dernier, sans doute dû à un hiver moins rigoureux, on aurait affaire à l’effet inverse cette années. Et si les médias traditionnels soulignent l’ampleur et la virulence de la grippe, nos remontées du terrain semblent indiquer qu’il n’y a pas que cela.

On peut d’ailleurs lancer plusieurs hypothèses : ce virus grippal succédant à une épidémie de gastro-entérite et frappant des organismes déjà affaiblis, voire même le décès des personnes qui ne sont pas décédées l’an dernier durant l’hiver exceptionnellement doux. On avait parlé, lors de la canicule, d’anticipation de décès sans doute destinés à survenir dans un proche avenir : peut on voir, cette année, l’effet inverse, une sorte de rattrapage de décès qui auraient dû survenir l’an dernier et n’ont pas eu lieu suite aux conditions climatiques clémentes ?

En tout cas, il est avéré qu’il est en train de se passer quelque chose.

L’avis des experts

Camille, de Comitam, l’a remarqué dans les demandes de devis en ligne « Pour nous, ça a commencé il y a un mois : nous avons dû relancer des pompes funèbres pour des demandes de devis par les familles, parce que les pompes funèbres elles-même étaient saturées, et n’avaient pas le temps d’y répondre. » Comitam a d’ailleurs, le temps de la crise, baissé ses canaux d’acquisition. Camille observe également que « Certaines pompes funèbres qui ont ouvert récemment ont des résultats qui vont bien au delà de la moyenne habituelle d’une phase de lancement. Les pompes funèbres mieux établies étant saturées, les familles se sont tournées vers eux ».

Claire Sarazin, thanatopractrice dans le Territoire de Belfort, enfonce le clou « Ca fait un mois qu’on ne voit pas le jour » avant de conforter notre théorie « avec une clientèle inhabituelle en cette période, pas forcément des personnes âgées, mais des gens dans la soixantaine, beaucoup d’infarctus… Nous avons également beaucoup d’interventions à l’IML, je n’ai jamais vu autant de découvertes de corps depuis la canicule ». La grippe, oui, mais pas seulement…

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Après consultation de ses bases de données, Camille confirme : « En février, nous avons une baisse de la moyenne d’âge de un an et quart par rapport à janvier ». Au temps, donc, pour ceux qui limitent ce phénomène à la grippe qui tue des personnes très âgées.

Le pic n’est pas une vue de l’esprit, puisqu’il est confirmé par l’Institut de Veille Sanitaire : « Depuis début 2015, une première estimation de la mortalité hivernale tous âges montre que celle-ci est supérieure de 17 % à la mortalité attendue calculée à partir des 8 années précédentes. » A noter que le phénomène est d’ailleurs constaté, et avéré par les agences de santé, au niveau européen.

Plusieurs professionnels nous ont fait observer qu’ils n’avaient pas connu une telle activité, avec saturation des chambres funéraires et équipes en action sur de longues plages horaires, depuis la canicule…

Vers une canicule en hiver ?

Le mot est lâché : aurait on affaire à une canicule inversée ? Cela y ressemble, en tout cas : médecins urgentistes, à la télévision, qui appellent à l’aide, reportages à la télévision (avec interview du patron de Funéraire Info) sur les services funéraires saturés… Et ministre de la santé absente.

Le profil ne semble pas être partout le même : si Claire Sarazin reçoit beaucoup de personnes d’une soixantaine d’années, d’autres traitent plus de personnes âgées, selon les régions. Différents facteurs peuvent expliquer cela : les conditions climatiques, au nombre desquelles l’amplitude thermique, les épidémies qui se répandent plus ou moins selon les endroits, en Bretagne, la gastro-entrite, par exemple, ayant été presque directement suivie de la grippe, qui a frappé des organismes déjà épuisés…

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depuis quand cela a-t-il commencé ? Depuis un mois, au niveau national, mais la situation s’est amorcée avant pour certains. Sur notre page Facebook, les témoignages de salariés et d’entrepreneurs du funéraire sont nombreux : « On est à environ +50% par rapport à 2014 et ce depuis le 15 décembre sans désemplir, surtout des gens de plus de 85 ans. » nous explique Julien « Bretagne – Côtes d’Armor : depuis Noël » nous dit Gilles. « Loire, très grosse augmentation depuis mi décembre » souligne Olivier.

Loire, Bretagne, Nord, Lorraine, Aquitaine… La France entière est concernée. Et si beaucoup d’entre vous ont surtout fait face au pic au mois de février, et que la majorité des décès concernés des personnes âgées, une quasi-unanimité se dégage : la grippe, si elle y participe, n’est pas la seule en cause. Emilie, dans le 77, confirme « 20 % de décès en plus, et pas de cas de grippe… ».

Causes et conséquences ?

Alors, si ce n’est pas que la grippe, qu’est-ce donc ? Une conjonction de facteurs, sans doute : la grippe, combinée à une épidémie de gastro-entérite qui avait déjà affaibli certains organismes. Des conditions climatiques difficiles, avec, à certains endroits, des variations thermiques importantes, et des organismes « déshabitués à l’hiver ». Peut être : seules les autorités ont les moyens statistiques de dresser la carte phénoménologique, et elles ne semblent pas outre mesure préoccupées par le phénomène pour le moment. Comme pour la canicule, d’ailleurs.

Tout ce que nous pouvons proposer en attendant, c’est de continuer à vous informer sur le phénomène tant qu’il durera, avant que nous ne puissions faire un bilan. N’hésitez pas, sur notre page Facebook ou ici, en commentaires, à laisser vos témoignages.

Et surtout, faites passer le mot : c’est le moment ou jamais de visiter, ou appeler, les personnes âgées, et/ou isolées de votre entourage.

Guillaume Bailly

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