Pierre Goldman, Ton autre chemin…

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pierre goldman
Pierre Goldman

Il est un peu plus de douze heures, Pierre Goldman remonte tranquillement la rue de la colonie. Il n’y a pas longtemps qu’il est levé, couché à plus de cinq heures du matin, Pierre a passé la nuit à la chapelle des Lombards à boire des verres en écoutant et jouant de la musique salsa.

Perdu dans ses pensées, il rejoint son ami Pierre le journaliste, s’il a le temps, après il ira voir son épouse qui doit bientôt accoucher de leur enfant.

Il est si absorbé ses pensées que lorsqu’il arrive place de l’abbé Georges Henocque, il ne remarque pas cet homme qui l’observe en faisant semblant de lire son journal malgré la brume persistante.

Tout comme il ne prend pas garde aux deux personnes qui arrivent face à lui, pourtant l’un des deux porte de grosses lunettes de soleil en ce jour nuageux.

Arrivé à la hauteur de Pierre, ils sortent leurs armes et ouvre le feu.

Pierre Goldman s’effondre, tué sur le coup. Plusieurs projectiles dans la région cardiaque et hépatique.

Neuf coups de feu ont été tirés, Goldman a été touché à huit reprises.

Les trois individus partent en courant par la rue de la colonie, l’un d’eux crie en espagnol : Por aqui, hombres !1, ils passent ensuite par le passage Trubert-Bellier, là où demeure Pierre Goldman. Au bout de la rue, une voiture rouge les attend, ils s’engouffrent dedans, le véhicule part sur les chapeaux de roues.

C’est un commando de quatre hommes qui vient d’abattre à visages découverts et en plein Paris, le journaliste-écrivain et militant d’extrême gauche Pierre Goldman.

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Moins d’un quart d’heure plus tard un groupuscule d’extrême droite, Honneur de la police revendique l’attentat par ce communiqué : « Aujourd’hui jeudi 20 septembre à 12h30, Pierre Goldman a payé ses crimes. La justice du pouvoir ayant montré une nouvelle fois ses faiblesses et son laxisme, nous avons fait ce que notre devoir nous commandait. »

Car si il est dorénavant rangé des voitures, Pierre Goldman n’est pas inconnu des services de polices. Il fut accusé d’avoir participé en 1969 à un braquage où deux pharmaciennes furent tuées, un client et un gardien de la paix en civil —   Gérard Quinet —   furent eux blessés. Gérard Quinet, ainsi que d’autres témoins reconnaissent alors Goldman d’après photo puis en parade d’identification.

Arrêté, Goldman nie avoir participé au braquage meurtrier mais en reconnait trois autres. Soutenu par le milieu intellectuel de gauche, son procès déchaîne les passions. Tout d’abord condamné à perpétuité par la cour d’assises de Paris le 14 décembre 1974. Suite à ce procès, un comité de soutien est créé, une pétition est lancée, des personnalités comme Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Simone Signoret, Maxime Le Forestier prennent sa défense, Goldman est pour eux une victime. Le 20 novembre 1975, l’arrêt de la cour d’assises est cassé par la cour de cassation.

Le 4 mai 1976, au terme d’un second procès à Amiens devant la cour d’assises de la Somme —   où il est défendu par les avocats Georges Kiejman et Émile Pollak —   sa culpabilité n’est pas retenue pour les meurtres du boulevard Richard-Lenoir, mais il est condamné à douze ans de réclusion criminelle pour les trois autres braquages2.

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Par le jeu des réductions de peine et de la prise en compte de la détention provisoire déjà effectuée, il sort de la prison de Fresnes le 5 octobre 1976, bénéficiant d’une mesure de libération conditionnelle.

Plusieurs hypothèses furent envisagées suite à son assassinat : le groupuscule Honneur de la police, le GAL3, le grand banditisme, la DST4 et les RG5 sous la supervision du SAC6, un livre a même émit l’hypothèse qu’il soit à l’origine de son propre meurtre7

Il faudra attendre 30 ans pour connaitre la vérité.

Michel Despratx, journaliste d’investigation recueille le témoignage d’un homme qui se fait appeler Gustavo8, celui-ci dit avoir fait partie du commando qui a exécuté Goldman. Selon lui il y avait aussi un membre des RG un autre de la DST et le tout commandité par Pierre Debizet pour le SAC.

En 2012, Emmanuel Ratier dans Faits et documents, revue d’extrême droite bimensuelle d’actualité politique affirme que Gustavo serait en fait René Resciniti de Says dit « René l’élégant », mercenaire et militant nationaliste.

© Stanislas PETROSKY

1 Par ici les mecs !

2 Pascale Robert-Diard, Didier Rioux, Le Monde : les grands procès, 1944-2010

3 Les Groupes antiterroristes de libération (Grupos Antiterroristas de Liberación,) étaient des commandos para-policiers et para-militaires espagnols, actifs de 1983 à 1987, ayant comme objectif la lutte contre l’ETA, principalement sur le territoire français.

4 Direction et Surveillance du Territoire.

5 Renseignements Généraux.

6 Service d’Action Civiques.

7 La vie rêvée de Pierre Goldman Antoine WCasublo, éditions privée.

8 Canal plus investigation du 20 août 2011

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