Pierre Mauroy, le coeur à gauche et son âme à Dieu

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rubicond Pierre Mauroy, le coeur à gauche et son âme à DieuIl est de Dieu une certitude : que l’on croie en lui ou non, de manière discrète ou flamboyante, l’on se pose, aux portes de la mort, la question de son existence et de la survivance de l’âme. On ne sait jamais. Nul n’y échappe, même les Premiers Ministres socialistes.

O tempora, o mores !

Ainsi, Pierre Mauroy, qui a tant décrié durant son mandat la maison de Dieu, aura des obsèques en la cathédrale Notre Dame de Lille. La nouvelle prête à – gentiment – sourire, tant le doute, loin d’être une faiblesse, est une qualité de l’Homme, et nous rend Pierre Mauroy encore plus sympathique, à la toute fin.

C’est dû à l’époque. Autrefois, l’on avait à cœur de vivre sa mort en toute conscience, ce pour une raison : l’on croyait mordicus qu’il y avait un Dieu, une âme et un Paradis, et qu’il aurait fait désordre de s’y présenter somnolent. Affronter la douleur n’était pas non plus seulement un acte de bravoure destiné à impressionner l’audience, puisqu’on mourait en public, mais une preuve apportée à Dieu que l’on croyait en Lui et qu’on lui faisait confiance pour soulager, dans l’au delà, la douleur. Comme le dit la réclame : mais ça, c’était avant.

De nos jours, deux hypothèses s’affrontent : soit Dieu est mort, mais ça, c’est pour les philosophes en mal de sensations fortes métaphysiques, soit il n’a jamais existé. L’on a remplacé la foi en Jésus par la foi en les tablettes numériques tactiles, tellement plus souples et moins exigeantes d’un point de vue spirituel. On meurt endormi dans des univers aseptisés, persuadé que la mort est comme une grande sieste du dimanche après-midi dont on ne se réveille pas.

Du moins, en théorie. Parce que s’il est bien un point auquel l’on ne peut se résoudre, c’est la possibilité de sa propre fin. Essayez, pour voir :

Expérience de métaphysique funeste appliquée :
Trouvez le point le plus silencieux ou vous puissiez confortablement vous allonger. Installez-vous y, sur le dos, les bras le long du corps, dans la tenue la plus confortable que vous ayez. Cette notion de confort n’est pas anodine : nulle gêne ne doit entraver le reste de l’expérience. Faites l’obscurité dans la pièce, installez-vous, fermez les yeux, et efforcez-vous de ne penser à rien. Le vide, le néant absolu, excepté ce mantra que vous ferez tourner jusqu’à le ressentir plutôt que de le formuler : « Je n’existe pas et c’est pour toujours ».

Terrifiant, n’est-ce pas ? Une mort sans Dieu, cela ressemble à cela, de très loin, puisque l’on n’y a même plus de conscience et qu’il est impossible de s’en sortir, mais cela est purement et simplement impossible à imaginer. Une fois mort, cela ne dérange pas, mais cette conscience du néant tend à gâcher les derniers moments de vie.

fa_ade_ext-225x300 Pierre Mauroy, le coeur à gauche et son âme à DieuMais créant… un monde nouveau (1)

Pierre Mauroy N’a pas fait grand-chose pour s’attirer des sympathie ecclésiastiques, durant la période ou il fut Premier Ministre. Il fallait avoir un athéisme fermement chevillé au corps, pour contrarier à ce point les ministres de Dieu.

Songez donc : Pierre Mauroy a nommé quatre ministres communistes, introduisant ainsi « un peu de Marxisme dans la politique Française » (2), bouffeurs de curés si il en fut, pour qui la religion était « l’opium du peuple ». Voilà qui ressemblait bien à une déclaration d’intention. Après voir fait déshériter par le Pape « la fille ainée de l’église » en remboursant l’IVG, il tenta d’abattre les écoles privées, traduisez catholique à l’époque, jetant dans la rue des millions de français. La réforme fut finalement rejetée, mais Pierre Mauroy s’imposa dans l’esprit comme le Premier Ministre du gouvernement le plus anticlérical de la cinquième république jusqu’à présent.

Difficile de croire, donc, qu’il s’agit du même homme qui, reprenant à son compte le Pari de Pascal, sera accueilli sur le parvis de la cathédrale Notre-Dame de La Treille par l’archevêque de Lille, Laurent Ulrich. Le président dont Pierre Mauroy fut Premier Ministre, Mitterrand, lui aussi, à la fin de sa vie, chercha des réponses dans les mystères de la foi, alors qu’il mangea, de son vivant, plus souvent du gigot d’agneau que de l’hostie consacrée.

Tout ceci est bien plus complexe, bien entendu, la mère de Pierre Mauroy était une fervente chrétienne, et une foi absolue en la laïcité, comme le fut cet homme d’état, n’est pas incompatible avec une pratique religieuse personnelle.

D’aucun diront que j’ironise ici avec facilité sur un mort : c’est tout le contraire. Mauroy montre simplement par là sa capacité à douter, sa peur du néant, bref, son humanité. Loin de la figure historique du premier Premier Ministre socialiste de la cinquième république, juste un homme comme vous et moi, qui aimerait que la vie ne s’arrête pas.

 

 

  1. La direction de Funéraire Info s’excuse pour ce jeu de mots douteux, le rédacteur récitera trois Pater et deux Avé pour le salut de Pierre Mauroy.
  2. Pour la bonne bouche, rappelons nous les dernières paroles de Karl Marx « Moi, au moins, je ne suis pas Marxiste ».

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