Plaques funéraires : Les discounters de la Toussaint

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La Toussaint arrive, et avec elle fleurissent, non seulement les chrysanthèmes, mais aussi les publicités pour des plaques et accessoires funéraires au rabais. Tout à coup, votre marchand de saucisson discount se découvre une vocation de marbrier. Edito en immersion chez les croque-morts des jardineries.

C’était pourtant une journée qui commençait bien : je feuilletai distraitement les publicités qui avaient échouées dans ma boîte aux lettres. On ne sait jamais, une bonne affaire pouvait échapper à ma vigilance.

Donc, au détour d’un catalogue plein d’idées de génie, je tombai sur des plaques funéraires pour la Toussaint, entre une bassine en plastique thermoformée verte translucide et un pouf gonflable. Puis je tombai de ma chaise. La plaque était vendu cinq euros. Diantre, fichtre, par la malepeste, mais comment cela se pouvait-il ? Il me fallait vérifier.

Chez les discounters

Le rayon était bien fourni dans la bimbeloterie entre les magnifiques compositions florales en plastique non biodégradables, dont la durabilité dans le temps n’était pas à démontrer, malgré sa nette tendance à pâlir aux ultra-violets, et les fameuses plaques. Le tout sur un rayon, présentant des « produits de saison », quelques vestiges de rentrée scolaire et quelques guirlandes de Noël.

Je demandai donc au vendeur qui mettait en rayon des boîtes aux lettres (aux normes) « Tiens, vous avez un rayon Toussaint ? »

Oui, m’expliqua-t-il, le magasin proposait divers articles pour la Toussaint, qui était un événement de saison. Un peu comme ils vendaient des piscines en plastique gonflable pour l’été, ou des jouets en plastique pour Noël.

Les plaques n’étaient pas, elles, en plastique, mais dans un fort joli granit. Enfin, un granit très photogénique, sur le catalogue, tout du moins. Terne, en réalité, il s’effritait sous les doigts lorsqu’on le frottait sans forcer.

« De la poudre de granit reconstitué » m’expliqua un vendeur, ajoutant « enfin, un truc dans le genre, je crois ».

Il existe également la version gravée. Une fort jolie gravure, réalisée, très certainement, dans un pays du tiers-monde par un enfant handicapé en échange d’un bol de riz. Nulle trace d’inter, en revanche. Je posai la question, réponse du vendeur « C’est quoi, un inter ? ».

Dans la jardinerie

Autre rayon Toussaint, dans une jardinerie. Le rayon funéraire existe bien, caché derrière les pots pour plantes d’extérieures et arbrisseaux. Deux étagères, de quarante centimètres de large, présentant un entassement de plaques, et une petit présentoir ou étaient suspendus les inters classiques, « à mon papa », « à ma maman » etc.

Le vendeur m’expliqua, un peu blasé, que oui, il y avait un rayon articles funéraires, qu’il était là toute l’année, que les ventes étaient minimes, mais que quelques clients venaient le demander lorsqu’ils s’avisaient de le supprimer. Des plaques en granit chinois très bas de gamme, un tarif moyen de trente euros, un pied sous-dimensionné, on devine qu’au premier coup de vent, ça casse. Les plaques de la jardinerie, ils ne les vendent pas, ce sont les gens qui les achètent.

Bref, on sent que le sujet l’ennuie, mais il s’éclaire soudain quand on parle végétaux. Je ressort de sa jardinerie sans plaque, mais avec un cerisier du Japon.

Concurrence ?

Peut on dire que les bimbeloteries et jardineries font de la concurrence aux pompes funèbres en matière d’articles funéraires ? La réponse est claire et nette : non, vraiment pas.

D’un point de vue qualitatif et du point de vue de la durabilité, on n’est pas sur les même produits. On n’est pas non plus sur le même positionnement marketing, ni sur la même clientèle. Les personnes qui achètent des plaques funéraires à quinze ou trente euros pour la Toussaint, qu’elles n’aient pas envie d’investir plus ou qu’elles ne puissent pas le faire, ne viendraient, de toute façon, pas dans une pompe funèbres, persuadées, à tort ou à raison, que les articles y sont plus haut de gamme, et onéreux.

Ouvrir un rayon plaques bon marché aux pompes funèbres ? Peut être. Mais ce serait peut être titiller la fibre sensible de familles à petit budget complexées de ne pouvoir s’offrir une création élaborée à cent ou deux cent euros.

Pas de quoi paniquer, donc : les plaques vendues au supermarché, en bimbeloteries, ou en jardineries, sont des plaques que les pompes funèbres n’auraient, de toute façon, pas vendues. Elles sont, en quelque sorte, la « Toussaint pour tous ».

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