Pompes funèbres, avez-vous déposés vos devis en mairie ?

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Après avoir étudié toutes les possibilités de diffusion de ses devis en mairie, le croque-morts s’est résolu à y aller en personne. Aventures et mésaventures…

Le croque-morts était soulagé d’avoir des conseillers funéraires sur qui il pouvait compter : cela faisait trois jours qu’il arpentait les routes de son département, et il était a à peine plus de la moitié de son périple.

Cela se déroulait toujours de la même façon.

Trouver la mairie

Une ville de plus de 5000 habitants n’est pas juste un gros bourg : arrivé à cette densité de population, il y a des commerces, des entreprises, de l’activité, donc de la circulation, donc des voitures automobiles, donc des places de stationnement occupées par ces dernières. On dit que le trop grand nombre de véhicules dans les rues nuit à notre qualité de vie, c’est vrai, et le croque-morts le sait désormais.

Après avoir réussi à localiser la mairie, avoir trouvé une place de stationnement, s’y être faufilé au nez et à la barbe du quidam qui l’avait vu une micro-seconde après lui mais souhaitait toutefois s’en emparer, avoir marché jusqu’à la porte de la mairie, le croque-morts pensait son calvaire achevé.

Las, il n’en était qu’au début (et l’auteur, ici, se permet d’attirer à votre attention que « las ! » qui est utilisé comme abréviation soutenue de « hélas » présente une forte similitude dans sa sonorité avec « glas ». Pardon pour cette digression).

Les portes de la mairie

Derrière les portes de la mairie, entre l’agent d’accueil et le croque-morts, une petite foule attends son tour. Et personne ne cédera sa place au professionnel.

Le premier est un quadragénaire, venu refaire sa carte d’identité. Son temps est précieux : il a posé une demi-journée de repos afin de refaire le précieux papier, puis il doit se rendre à la préfecture, au service carte grises, pour le véhicule qu’il vient d’acheter. Autant dire que chaque minute, prélevée sur ses RTT, compte, et qu’il ne souhaite pas les gaspiller. L’homme se battra jusqu’à la mort pour conserver sa place dans la file et il abattra sans sommations quiconque essaiera de le gruger.

La seconde est une jeune fille âgée d’une vingtaine d’années qui vient régler un détail concernant l’aîné de ses cinq enfants, (parce qu’elle a déjà cinq enfants) : l’école a eu l’outrecuidance de lui facturer sept euros 93 de cantine, alors qu’en tant que mère isolée, il y a sûrement une loi qui lui donne droit à la gratuité. Elle compte faire le siège de l’employé municipal, et ne repartira pas tant que celui-ci n’aura pas parfaitement compris qu’il est hors de question qu’elle laisse ainsi bafouer ses droits. Au cours de la conversation, elle se retournera vers la file d’attente derrière elle, prendra note de leur agacement tout en tapotant sur son iPhone 6, et, une fois le problème réglé avec la cantine, pour le leur faire payer, elle attaquera sur le sujet de la chasse d’eau de son logement HLM pour lequel elle paie une soulte de loyer, aides déduites, de 11 euros : ladite chasse d’eau fait un « drôle de bruit », et on ne va tout de même pas s’imaginer qu’elle va faire venir un plombier à ses frais. Elle est prête à égorger à pleines dents quiconque aurait l’outrecuidance de lui faire remarquer qu’elle monopolise l »unique agent d’accueil depuis une demi-heure.

La troisième est une petite mamie qui vient se réinscrire sur les listes électorales. Elle est trop tard, et elle n’a pas les bons papiers, et elle le sait. Simplement, les « feux de l’Amour » sont finis, et il n’y a plus « Derrick ». il faut bien qu’elle s’occupe. Elle ne laissera pas non plus sa place au monsieur derrière elle, bien qu’il ait l’air pressé : à son âge, chaque minute compte. Si elle réalise que l’homme en question est un croque-morts, elle prendra trois fois plus de temps : à son âge, une allergie à cette profession a tendance à se développer.

Le Graal

Enfin, le croque-morts arrive devant l’employé de mairie, qui lui lance un regard torve, un « bonjour » ou l’on trouve autant de vie et de joie que dans un charnier, s’empare des devis, y jette un rapide coup d’oeil, ouvre un tiroir, sort une épaisse pochette, y glisse les devis, range la pochette dans le tiroir, et referme celui-ci.

Le croque-morts demande à l’agent d’accueil ce qu’il fait des devis. Réponse laconique, sur un ton aussi chaleureux que l’arctique en décembre « On donne la pochette aux familles pour qu’elles fassent leur choix » en esquissant machinalement un geste de la main en direction d’une seconde pochette, dans la panier réservé aux documents importants de l’agent d’accueil, qui ne semble contenir que deux devis ; elle est frappée du logo de la régie municipale.

La fin

De retour dans sa voiture, le croque-morts aurait bien envie d’un petit café. Soudain, il se rappelle qu’il n’a pas le temps. Il se rappelle qu’il en a déjà fait sept, et qu’il lui en reste encore cent soixante neuf. Pour la première fois en vingt ans, il éclate en sanglots.

Guillaume Bailly

1 commentaire

  1. pour ma part aucun devis déposé en Mairies car sur les 79 de mon secteur quai contacter auparavant, 78 m’ont dit poliment en gros rien a foutre de ton devis. Et une m’a dit si tu veut tu peut le déposer mais on en voit pas l’utilité. Bref encore une débilité de la loi car on sais que les rares familles non orientés par les établissements de soins ne viennent pas en mairie chercher ce type de devis.

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